Archive pour apéro

où Lognon réagit aux propos de l’épisode précédent

Posted in flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , on mai 8, 2010 by michel brosseau

Kärcher par ci, Kärcher par là, de quoi rester coi et souhaiter qu’illico la marquise à cinq heures sorte de chez elle et qu’ainsi tout rentre rapidement dans l’ordre, ou tout au moins dans le prévisible. Parce qu’estomaqué, le commissaire. Éberlué comme rarement et la bouche bée. « Alfonsi, vous vous rendez compte de la gravité de vos… de vos… » Ne savait quel mot employer, le pauvre Lognon. Insinuations… accusations… délires… ignominies… Plutôt que parler, puisque ne trouvant quoi dire, s’en mouchait de rage et d’impuissance. Alfonsi se moquait de lui, c’était certain. Il préférait raconter n’importe quoi plutôt que lui livrer ne serait-ce que le début d’une information susceptible de l’aider. Mais il ne perdait rien pour attendre ! Une épave, ce type… Une râclure persuadée qu’il suffit de porter un imperméable pour mener une enquête… Il allait voir ce que c’était qu’un flic, un vrai !… Et un du service public, en plus ! Et à la tête d’un service prestigieux ! Pas en train de végéter dans l’une de ces troufignolesques agences privées où l’on fait quoi, sinon s’imbiber aux frais du client ? Sûrement pas que l’allure de triste !… Une mentalité fallait voir comme !… « Alfonsi, vous êtes… vous… ah ! tiens si j’osais, je… » Heureusement, Lognon qui venait de se lever brusquement s’étrangla et, pâle comme un linge, toisa du regard celui qu’il venait de mentalement jeter aux gémonies – lesquelles, soi dit en passant, témoignent du caractère extrêmement soft de ce feuilleton, où certes l’on strangule, mais où l’on n’expose pas les corps et encore moins les jette au fleuve. Le commissaire demeura figé pendant quelques instants, avant de remettre son mouchoir dans une poche de son pantalon – signe d’un trouble certain, car dans les épisodes précédents il le plaçait dans la poche de son imper, avec son paquet de tabac – puis de s’éloigner d’un pas décidé, ne prenant pas même la peine de régler les tournées servies à sa table, tout obnubilé qu’il était à l’idée d’interroger Yann-Erwann… Celui-ci serait à coup sûr un client plus facile qu’Alfonsi !

où le nom de qui vous allez deviner reste tu

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , on mai 7, 2010 by michel brosseau

Emma de la Bôle, marquise, tante d’une Marie-Mathilde en compagnie de laquelle elle se trouvait quelque part dans Paris, sans que je puisse vous en dire beaucoup plus, non par nécessité narrative, mais par totale ignorance, ou même, osons vous le confesser, lecteur, parce que le cadet de nos soucis ce qui peut bien lui arriver en ce moment à Emma de la Bôle, et où elle pose ses escarpins, ombre tutélaire la marquise, mais pas plus tout de même qu’une ombre, silhouette lointaine que même son penchant pour Yann-Erwann, éminent tennisman et néanmoins breton qui, à l’heure actuelle, non pas croupissait dans les geôles de la République, mais attendait patiemment dans le bureau du jeune Lapointe que l’on daigne enfin lui poser quelques questions, se demandant si Emma voudrait encore de lui après sa fuite en Bretagne, Emma qui l’aimait (c’était ce qu’elle disait !) mais l’avait mis, plus qu’en émoi, en mauvais pas, Emma veuve et sortie deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures en ignorant qu’elle l’était déjà, Emma qui, pour être franc avec vous, lecteur, importait peu au moment où Alfonsi, ayant fait signe au serveur de la brasserie voisine de lui amener un autre verre – son neuvième double pastis –, se penchait vers Lognon et lui déclarait entre deux soupirs anisés : « Commissaire, une mission terrible qu’ils avaient confié au marquis !… Un jeune retraité comme lui !… Une décision du ministre en personne ! Pas celui d’aujourd’hui, non !… C’était avant !… Du temps de qui vous savez… Promis à un bel avenir, comme on dit !… Mais chut !… Que son nom soit tu !… Pas même d’initiales, rien !… Comprenons-nous à demi-mots, commissaire !… Bref ! Pour en revenir à la mission du défunt marquis à sa marquise, il s’agissait ni plus ni moins de faire place nette !… En gros, du nettoyage au Kärcher, quoi !… »

où le lecteur gêne le bon déroulement de cette histoire (ce qui est infiniment regrettable !)

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , on mai 6, 2010 by michel brosseau

Son huitième double pastis ingurgité cul sec – si vous ne me croyez pas, lecteur, allez faire un tour à la brasserie voisine du Quai des Orfèvres, non pas pour retrouver Alfonsi et Lognon attablés, ça non, vous ne pourrez pas, avant l’instauration de l’interdiction de fumer dans les lieux publics qu’ils s’y trouvaient, ce qui signifie début 2007 – d’ailleurs, autant vous le dire pendant que j’y pense, nos deux héros s’étaient placés dans la zone fumeurs, et Lognon avait allumé une pipe suite aux dernières confidences d’Alfonsi, et celui-ci avait déjà écrasé plus d’un mégot dans le cendrier jaune pastaga qui trônait au milieu de la table – en revanche, à défaut de les y retrouver, parce que remonter le temps n’est pas donné à tout le monde, vous pouvez interroger le serveur qui s’occupait de leur table ce jour-là, un grand brun qui se met du gel dans les cheveux, un gars drôlement sympa qu’a toujours le mot pour rire, et puis efficace question boulot, vous pouvez demander au patron, d’ailleurs il y bosse encore, je vous dis, à la brasserie voisine, allez-y, et posez lui la question rapport au huitième double pastis qu’Alfonsi a avalé cul sec, vous verrez bien ce qu’il vous répondra, puisque vous mettez en doute ce que je vous raconte, allez-y, mais laissez-moi tout de même auparavant vous dire deux petites choses : et d’un, qu’avec vos doutes qui ne sont pas loin de frôler le sarcasme quant à la vraisemblance de ce qui vous est ici raconté, vous nous empêchez de poursuivre les confidences du privé, et de deux, que vous n’avez pas tant fait la fine bouche quand il a été question que la marquise soit sortie à cinq heures ! – il fallait que cela fût dit ! – non mais alors !… – donc, son huitième double pastis ingurgité cul sec, et tandis que le commissaire Lognon trempait ses lèvres dans son verre de Chartreuse, Alfonsi reprit : « Tonnerre de Dieu ! ça fait du bien par où ça passe !… »

où, tandis que le lecteur attend des révélations, Alfonsi poursuit ses confidences

Posted in marquis, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , on mai 5, 2010 by michel brosseau

« La marquise à cinq heures, comme c’est que je l’appelle, qui se casse de chez elle sans même vouloir dire où que c’est qu’elle est allée, même à moi, qu’elle a pourtant embauché, en bonne et due forme, et pour un prix tout à fait raisonnable… parce que, vous comprenez, autant pour son mari j’avais mis le paquet question de mes honoraires, vu que j’ai vite fait compris qu’il s’agissait de la poule aux œufs d’or, le marquis !… qu’il avait qu’à se baisser pour aller puiser dans les mannes du trésor public, comme qui dirait… Non, avec la marquise, j’y suis allé cool question tarifs et notes de frais, parce que moi, j’en fais une histoire personnelle de cette affaire, rapport à la bonniche qui m’a fait le coup de l’immeuble à double entrée… Vous vous rendez compte, commissaire, me faire ça à moi !… Après toutes ces années d’expérience, me retrouver humilié comme un simple débutant… Parce qu’elle aussi, elle me prenait pour un con, la Vanessa !… Comme vous, comme la marquise, comme tout le monde !… Mais je vais vous dire un truc, moi : c’est que moi, je m’en fous !… Vous entendez ?… Je m’en tape de ce que vous en pensez de ma tronche !… Parce que je sais très bien que sans moi, vous vous en sortirez pas !… Parce que le défunt marquis à sa marquise, autant vous dire que c’est d’une drôle de mission qu’il avait héritée !… D’ailleurs, entre nous, c’est pas bien de confier des boulots comme ça à un jeune retraité !… Parce qu’attendez, c’était pas du boulot pépère qu’ils lui avaient refilé, vos copains du ministère de l’intérieur… Et oui ! Parce que tout part de là !… Et tout y ramène !… Mais tremblez pas comme ça, personne nous entend !… On est entre nous !… Mais je cause, je cause, et j’ai comme qui dirait le palais qui s’ensable… Vous reprendrez bien quelque chose, commissaire !… Tiens ! Puisque je suis parti sur les confidences, autant continuer : je déteste boire seul !… »

où Alfonsi se décide à parler

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , on mai 4, 2010 by michel brosseau

« Vous aussi, commissaire, vous vous dites sûrement que si cette satanée de marquise avait pas foutu les pieds en dehors de chez elle sur les coups de cinq heures, on serait pas dans la mouise jusqu’au cou, vous et moi, hein ! » C’était bien la peine que Lognon, lui si fatigué, au bord de l’épuisement tant intellectuel que nerveux, déploie de tels efforts d’attention afin de déceler le moment propice pour questionner Alfonsi. Son septième double pastis ingurgité, aussitôt s’était affiché sur le visage émacié du privé une sorte de rictus nerveux que le commissaire connaissait bien : à plusieurs reprises, en effet, il avait pu constater que cette légère torsion de la lèvre supérieure, accompagnée d’un imperceptible clignement de l’œil gauche et d’un non moins discret mais néanmoins bien réel plissement des rides frontales, annonçait systématiquement que l’heure des confidences avait sonné. « Parce qu’on y est bel et bien, dans la mouise ! Qu’on sait même plus comment que c’est qu’on pourrait s’en sortir… Vous, avec votre grand patron qui vous cogne sur les doigts !… C’est qu’on met pas le nez dans les affaires d’une marquise sans s’attirer des ennuis !… Surtout quand ladite de marquise était maquée à un ancien ambassadeur itinérant à la retraite mais néanmoins chargé d’une mission plus que spéciale… C’est lui-même qui me l’a dit ! Vous voyez Lognon, je me fous pas de votre gueule, comme on dit, hein !… Je déballe ! Et du lourd, encore que je déballe !… Et vous savez pourquoi ? Je sais bien ce que vous pensez… Que j’ai atteint ma dose, mon seuil limite… Qu’au septième double pastis, c’est toujours comme ça… Que de toute façon, avec un minable dans mon style… Mais non, commissaire, c’est pas la peine de le nier !… Je sais bien comment que c’est que vous me considérez… Ou plutôt, comment que c’est que vous me considérez si peu !… »

où Lognon sait se montrer patient (et le lecteur aussi !)

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , on mai 3, 2010 by michel brosseau

Sans doute la marquise, sortie l’avant-veille de chez elle sur les coups de cinq heures, aurait-elle plus que peiner à remonter le gosier en pente du privé. Déjà trois double pastis qu’il venait d’avaler cul sec, claquant de la langue dès que son verre était vide et faisant aussitôt signe au serveur, verre levé bien haut de la main gauche et pouce droit renversé vers celui-ci. Alfonsi avait soif, ce qui, Lognon le savait pertinemment, était plutôt bon signe. Le tout était d’arriver à repérer le moment où il serait opportun de le questionner, ni trop tôt, ni trop tard, car ce serait tout bonnement, dans les deux cas, courir au désastre le plus certain. Aussi le commissaire observait-il en silence le privé à la triste allure, attentif au moindre détail, tant dans son regard et l’expression de son visage que dans sa manière de se tenir assis, à l’affut de ce moment si fragile où ce pauvre Doumé, ayant atteint le niveau d’imprégnation éthylique adéquat, serait à la fois détendu et en possession de toutes ses facultés intellectuelles, avant, quelques verres plus tard, de sombrer dans l’incohérence puis le mutisme le plus complet. Ainsi Lognon attendait-il patiemment –tout comme vous lecteur–, sirotant sa Chartreuse à coup de minuscules et minutieuses gorgées, et grignotant du bout des dents les cacahuètes qu’Alfonsi désormais ignorait – c’était là un premier signe qui n’avait pas échappé à la sagacité du commissaire…

où sonne l’heure de l’apéro

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , on mai 2, 2010 by michel brosseau

Mieux valait, tant pour se changer les idées que pour espérer obtenir des informations de la part d’Alfonsi qui, comme tout privé qui se respecte, ressentait une sorte de malaise diffus chaque fois qu’il se retrouvait dans les locaux de la police, mieux valait donc sortir de ce bureau, et par là même imiter Emma, marquise de la Bôle, qui deux jours plus tôt avait quitté son domicile aux environs de dix-sept heures, mais l’imiter d’une façon bien lointaine, l’heure du thé étant encore loin, tandis que celle de l’apéro sonnait, expression certes maladroite – mais quelle autre choisir ? – car sujette à des interprétations diverses de la part du lecteur, posant ainsi de façon aigüe le problème de la réception du présent épisode, l’heure à laquelle débute ce rituel socio-éthylique étant susceptible de varier de manière significative au sein d’un même lectorat, les uns, arguant qu’il n’y a pas d’heure pour les braves, n’hésitant pas à démarrer dès onze heures, les autres repoussant l’heure des hostilités aux environs de midi, plus raisonnables peut-être, ou empreints d’une plus grande retenue, dont les motivations, vraisemblablement des plus diverses, constitueraient, à coup sûr, un passionnant sujet d’analyse, analyse à laquelle nous ne pourrons malheureusement pas nous livrer ici, désireux de ne pas priver chacun des rebondissements qu’il attend, et ce à juste titre, car un feuilleton sans rebondissements et coups de théâtre ne serait plus un feuilleton. Mais nous nous égarons, et avons presque perdu de vue l’homme à l’épatant appendice et celui à la triste allure. Non ! Ils sont là… Au fond de la salle, dans la brasserie voisine… Une table un peu à l’écart… Assis l’un en face de l’autre et picorant des cacahuètes…