Archive pour monologue

où, affirmative, la marquise monologue en flux de conscience

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on février 6, 2010 by michel brosseau

La marquise aurait très certainement aimé sortir de son appartement comme elle l’avait fait vingt quatre heures plus tôt, au lieu de rester là, tétanisée par la peur, fixant d’un regard où s’exprimaient autant l’effroi que l’interrogation cet inconnu surgi elle ne savait d’où – mais l’esprit allant si vite dans de telles circonstances extrêmes et inattendues, et l’individu entré dans le bureau marchant à très petits pas, tel un funambule s’avançant au dessus du vide, Emma vit surgir de sa mémoire, tel un flash dans la nuit, l’image étonnamment précise de porte d’entrée blindée lorsqu’elle était revenue tout à l’heure, cette porte que, dans sa précipitation, elle avait repoussée, oui, sans prendre le soin d’actionner ces verrous à quintuple points d’ancrage, lubie d’André qui les avait fait installer, oui, il y avait environ trois semaines, trois semaines, oui c’était bien cela, trois semaines, oui, tout à fait, comment n’y avait-elle pas pensé plus tôt, oui, ces verrous, cette lubie si soudaine, oui, tellement étonnant de la part d’André, lui qui ne craignait rien ni personne, oui, tellement étrange tout cela, oui, André si fort, si aguerri au close combat, et à l’image de la porte d’entrée et de ses verrous négligés vint se superposer l’image d’un parc de château, oui, la première fois, cette première fois où, oui, André, alors si jeunes tous deux, oui, il s’était approché d’elle ainsi, oui, cette démarche si assurée, que lui avait-il pris alors, oui, une oie blanche à cette époque, oui, sa lèvre supérieure légèrement fendue, oui, il l’avait embrassée, oui, se souvenait du goût du sang, oui, rien qu’une légère blessure, André, oui, venu là pour un stage, oui, s’entraîner au service d’ordre, oui, pas froid aux yeux alors, oui, des utopistes tous deux, oui, portés par ce rêve d’un monde meilleur, oui, tellement plus pur, oui, foulaient aux pieds la République, oui, peur de rien, André, oui, si loin tout cela, et cet énergumène qui s’approchait toujours, chasser ces pensées, oui, les chasser vite, cette image du pauvre André à la morgue, oui, et s’il avait su pour Yann-Erwann, oui, mais celui-ci, oui, qui était-il, continuant de s’avancer à petits pas, oui, lui voulait quoi, si au moins Alfonsi était là, oui, c’était bien la peine, oui, avoir été entourée de flics toute la journée, oui, Alfonsi, Lognon, oui, Décembre, belle brochette, oui, et là toute seule, oui, mais inutile d’appeler, André, oh, André…

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