Archives de nervous breakdown

où faire preuve de cœur n’empêche pas les piques

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , on mai 1, 2010 by michel brosseau

Peu scrupuleux quant à la morale, Alfonsi n’était néanmoins pas privé de cœur, comme en témoigne sa réaction au piteux spectacle qu’offrait Lognon, effondré au plus creux de ses tourments intérieurs, aspirés par l’angoisse de sombrer corps et âme dans la fiction : « Allons, mon vieux Lognon, c’est quand même pas une marquise qui va vous mettre dans des états pareils, même sortie à 5 heures !… Du nerf, commissaire !… Tout n’est pas perdu… Du moins si on agit assez vite ! » À ses mots, celui que son oncle Édouard surnommait affectueusement Lassoupâh releva soudain la tête et, après avoir, d’un geste précis et mécanique, décongestionné l’épatant appendice qui ornait son visage, déclara : « Ce qui signifie ?… » « Ce qui signifie, ce qui signifie… Vous en avez de bonnes ! Si vous croyez que c’est facile de discuter comme ça, le gosier à sec… Surtout que ça risque d’être un peu long… Parce que pas la peine de me faire un dessin : je sais bien que vous allez me menacer de me retirer ma licence si je vous révèle pas tout ce que je sais… Je suis pas plus con qu’un autre… D’ailleurs, sans vouloir offenser personne, mais n’importe quel lecteur de polars aurait déjà deviné ce que vous vous apprêtiez à me dire, avant de tomber dans vos songeries… » Lognon hocha la tête tout en tapotant un dossier à la couverture jaunie par le temps : « Moi aussi, j’ai roulé en 4L… » Le privé à la triste allure ne lui laissa pas le temps de poursuivre : « C’est bien ce que je disais, on devrait pouvoir s’entendre ! » Le commissaire répliqua tout en allumant sa pipe : « Se comprendre, Alfonsi… se comprendre ! »

où Lognon n’est pas loin de faire pleurer le lecteur

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , on avril 30, 2010 by michel brosseau

Sans cette marquise sortie à cinq heures de l’après-midi deux jours plus tôt, sans doute Lognon ne serait-il pas dans cet effroyable état de détresse morale et de fatigue extrême dans lequel le découvrit Alfonsi lorsque le jeune Lapointe l’emmena dans le bureau du commissaire afin d’être interrogé : il ne semblait en effet pas bien fringant, l’homme à l’épatant appendice, les deux mains enserrant sa tête, le regard fixe posé sur sa table de travail, un de ces regards vides, pas même tourné vers l’intérieur, non, simplement accroché à un détail inutile et vide de sens, l’un des objets qui s’étalaient devant lui, trombone ou couverture cartonnée d’un dossier, peu importe, n’importe quoi ferait l’affaire, n’importe quoi mais quelque chose, quelque chose qui le raccroche au réel, qui le maintienne parmi les hommes et la vie qui va tout autour, n’importe quel objet qui l’ancre, le retienne, se sentait tellement vide alors le pauvre Lognon – oui, lecteur, vous avez bien lu, le pauvre Lognon, parce que même derrière le flic, ne jamais oublier l’humain ! Allons, un effort, lecteur… On ne vous réclame pas de larmes, juste un peu d’empathie – se sentait tellement creux alors, incapable qu’il était de faire progresser son enquête, un pied dans la fiction et l’autre qu’il sentait déjà glisser, oui, il basculerait de l’autre côté, il le franchirait le miroir, puisque trop difficile tout ça, Vanessa strangulée et le marquis décapité, Yann-Erwann qui s’était enfui en Bretagne et Alfonsi passé à tabac, ce tocard de J.V. le givré et ce mystérieux collectif Burma auquel il ne comprenait rien, mais alors rien, sans compter le grand patron qui, sur ordre du ministère, venait de lui remonter les bretelles par voie téléphonique, et sans même prendre la peine de le convoquer, suprême insulte, fruit du bras long de la marquise et de sa nièce à la langue bien pendue, oui, il basculerait, puisque c’était comme ça, il basculerait et on n’en parlerait plus, et ce serait sans doute mieux comme ça…

où il est aussi question d’amour (un peu)

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , on avril 8, 2010 by michel brosseau

Le taxi put enfin terminer son histoire qui, il nous faut bien l’avouer, n’avait strictement aucun rapport avec la sortie de la marquise, deux jours plus tôt, aux environs de dix-sept heures. Une histoire toute bête, d’ailleurs, que nous allons vous résumer, craignant la tendance à la digression du chauffeur, et conscient que le temps de la narration a beau être élastique, ce trajet entre Meudon et le quai des Orfèvres prend l’allure d’une odyssée. Donc, en gros, la météo avait vite tourné à l’orage, entre les trois. Vous vous souvenez ? Deux gars, une fille. La donzelle en question était maquée avec un des deux. Seulement, le gars, c’était pas son truc, le baratin qu’elle aime bien, les gonzesses. Lui, c’était le genre de mec un peu revenu de tout. Faut dire, aussi, rien ni personne n’avait voulu de lui. Ni l’école, ni le boulot ! Pas même ses parents, c’est vous dire… Y avait bien eu la taule, pendant un temps, mais ç’avait pas duré… Alors, vous comprenez, l’amour avec un grand A, comme elle lui disait la fille… Lui, il avait qu’un mot à la bouche, tout l’temps : « Ça m’dégoûte », qu’il répétait. Au sujet de tout : « Ça m’dégoûte ! » La fille, ça l’a énervé, à la fin. Surtout que l’autre mec qu’était là, ça le faisait marrer de la voir s’énerver. Il mettait de l’huile sur le feu, comme on dit. À la fin, le gars qu’aurait dû jouer l’amoureux transi, mais qui se sentait surtout en transit, avec passage obligé dans un labyrinthe où qu’on se cogne la tête contre les murs, il lui a fait, comme ça, à la fille : « Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi ?… Eh bien, entre toi et moi, y a toute la vie… » Dans le genre efficace pour lui clouer le bec, à la pétasse, c’était plutôt pas mal trouvé. Sans doute de devoir se taire qui l’a énervée comme c’est pas possible. Et qui lui a fait sortir le flingue qu’était dans sa poche de blouson. Son « gun », comme elle disait. Comme si de le dire à la sauce Shakespeare, ça changeait quelque chose. Comme si ça rendait plus fort. Comme dans les films ou dans les clips. Que ça vous faisait un autre, d’une certaine façon. Quelqu’un qui serait pas vraiment vous et qui serait embarqué dans une histoire. Mais voilà déjà que c’est reparti pour la digression ! Alors autant laisser terminer le chauffeur : « Moi, quand j’l’ai vue, dans l’rétro, en train de brandir son engin, j’vous prie d’me croire qu’je m’suis arrêté fissa… qu’ils se barrent, je me disais… qu’ils se barrent… coup de bol, que j’m’arrête, ça l’a comme qui dirait fait revenir à elle, la fille… alors, bon, ils sont gentiment descendus, sans me demander combien y m’d’vaient, mais ça, hein ! l’pognon !… ah ! quand j’y r’pense !… une chance encore qu’elle ait pas tiré ! parce qu’à une époque, hein ! bang ! et salut m’sieurs dames, on n’en parlait plus du gamin… parce qu’attendez, hein !… quand même fait quinze ans la nuit, le gars qui vous cause !… alors, bon, des pétards et compagnie, si j’vous racontais tout c’que j’ai vu !… »

où Vanessa s’était faite chair

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , on mars 17, 2010 by michel brosseau

Emma qui, deux jours plus tôt, dans un mélange d’enjouement, d’inquiétude et d’impatience, quittait son domicile de marquise aux environs de dix-sept heures (du moins le prétendait-elle) pour tenter de rencontrer son amant tennisman mais néanmoins breton et mystérieusement volatilisé, témoignant par là même d’une conception modulable et aléatoire de la fidélité conjugale, ce en quoi elle perpétuait une tradition bien ancrée dans la noblesse française, depuis toujours écartelée entre bondieuserie et libertinage (c’est du moins l’image qu’on en a, nous autres, de l’extérieur), pâlissait maintenant à vue d’œil, elle si volubile jusqu’alors désormais silencieuse, le regard perdu, en proie à de terribles pensées. Elle revoyait cette scène si longtemps refoulée, où, dans le couloir qui menait aux combles, elle avait aperçu André de dos, parfaitement immobile, appuyé d’une main au chambranle de la porte entr’ouverte de Vanessa, le regard de son marquis de mari, comme perdu, fixant la silhouette de cette traînée qui, d’évidence, se croyait seule, attifée dieu sait comme, à la sortie de sa douche, d’une sorte de pantalon de marin, pantalon large, courte veste échancrée qui laissait voir ses bras nus, – de ces façons de se vêtir quand elle n’était pas en service ! – lui immobile, comme statue, n’en perdant pas une miette, la dévorant des yeux, postée devant la glace de l’armoire qu’on avait mise à sa disposition, tordant maintenant ses cheveux humides, mouvement d’une touffe brune au creux de ses bras, pli sombre au creux de ses seins, tenant ses épingles dans sa bouche serrée, tête renversée de ses doigts ployait les touffes souples, averse pâle de sa gorge entr’aperçue, corps ferme et élastique, animalité pure faite pour la paume, Vanessa faite chair… Et le visage d’André quand il s’était enfin retourné et avait compris qu’elle l’observait depuis quelque temps déjà, s’éloignant sans un mot… Madame de la Bôle en était là de ses pensées lorsqu’elle déclara soudain entre deux sanglots : « Vous n’avez pas le droit de salir ainsi la mémoire de mon mari !… Vous m’entendez !… Ce que vous faites est absolument odieux… Si André espionnait Vanessa, ce n’est pas pour ce que vous croyez… pas du tout !… parce que lui, au moins, il savait pertinemment que cette… cette… que cette petite garce, elle en était, du collectif Burma… »

où l’on quitte une porte pour une autre

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , on février 16, 2010 by michel brosseau

Quel piteux spectacle, que Lognon ignorait, trop occupé qu’il était à attendre, quelque part dans le vaste Paris, que Milan Moneste ouvre enfin sa porte: cette fille portrait craché de Vanessa, portant imperméable identique, l’air égarée comme guère permis, le teint aussi terreux qu’Alfonsi était pâle, à croire qu’il avait vu un spectre, et la marquise, parce que justement certaine d’en avoir vu un, gisant évanouie dans le hall, n’ayant trouvé de meilleure solution, puisque sortir par cette porte, comme elle l’avait fait, la veille, vers dix-sept heures, était impossible, le passage se trouvant barré par cette fille qui regardait, éberluée, la scène qui s’offrait à ses yeux, ce porte-flingue à la tremblote sévère, portant imperméable déchiré et dégageant une haleine fortement anisée, cette femme tombée en syncope sans prévenir, la maîtresse des lieux sans doute, l’autre guignol ce qu’il faisait là, mystère, mais trop miteux pour habiter un tel appartement, la classe, oui, la classe, Vanessa l’avait bien dit au téléphone quand elle s’était fait embaucher ici, « classieux d’chez classieux », qu’elle disait, mais de là à imaginer pareil appart avec portraits des ancêtres accrochés aux murs, certes classieux mais louche, parce que pourquoi qu’ils avaient pas ouvert tout de suite, et pourquoi qu’il avait un flingue l’autre gugusse, et pourquoi qu’il la regardait comme ça, que si elle avait été un fantôme ça aurait pas été pire, et pourquoi que c’était pas Vanessa qu’était venue ouvrir, elle était passée où la frangine d’abord, c’était bien elle, ça, vous donner rendez-vous dans un bistrot et à peine on l’a vue qu’elle se barre précipitamment, sans même après prendre la peine d’écouter ensuite la dizaine de messages qu’on lui a laissés sur son portable, à croire qu’elle se foutait de tout, des gens comme de son boulot, mais elle avait quand même pas fait la connerie de laisser tomber ce boulot, quand même, pour une fois qu’elle dégotait quelque chose d’un peu stable, remarque, elle a toujours été comme ça, déjà toute petite, ça a toujours été dans son style de se retrouver dans des stories pas possibles, mais là apparemment elle avait décroché le pompon, vraiment pas évident une frangine pareille, et en plus devoir lui courir après un jour de gastro, ça franchement, top du top… « Heu… vous m’excuserez, vous ne me connaissez pas, je suis Sofia Aldobrandi… et, bon, je cherche Vanessa, parce que, voilà, elle m’avait dit qu’elle travaillait ici et… »

où la porte s’ouvre sur d’effarantes perspectives

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , on février 14, 2010 by michel brosseau

Flingue en main, Doumé se tenait devant cette porte franchie la veille par la marquise, vers dix-sept heures environ, mais qu’importe maintenant, qu’elle soit sortie ou qu’elle soit restée était de bien peu d’importance après ce que la lentille du judas avait révélé au regard d’Alfonsi qui, plus que jamais, méritait d’être surnommé le privé à la triste allure, pâle comme un linge, les yeux exorbités et les mains prises d’un tremblement convulsif, bouleversé jusqu’aux tréfonds de son être comme il l’a écrit depuis dans son autobiographie*, et pris d’une soif comme il n’en avait jamais connu, rêvant d’un breuvage suffisamment fort pour le remettre d’aplomb, lui donner la force d’affronter celle qui – mais quel nom donner à cette vision sépulcrale ? –, debout sur le palier, les traits crispés et le visage livide, venait de se remettre à sonner d’une main frénétique, s’acharnant sur le bouton qui actionnait le timbre électrique, puis, ses yeux fixes maintenant tournés sur cette porte qu’elle s’était soudainement mise à frapper de ses deux poings, tambourinait d’un mouvement lent et mécanique, et commençait à pousser quelques cris brefs et suraigus, cognant, hurlant, cognant encore, s’acharnant échevelée sur cette porte qui résistait aisément, blindée qu’elle était et protégée par des verrous à quintuple ancrage**, détail rassurant auquel se raccrochait tant bien que mal la pauvre Emma, veuve inconsolée qui, terriblement bouleversée par ce qu’elle vit, mais ayant aussi sans doute compris à quel point l’auteur ne craignait ni le manque de suite ni les coupures, capable qu’il était de continuer tant qu’il y aurait des mots, préféra abréger sa terrible souffrance morale et s’évanouit brutalement aussitôt qu’Alfonsi, dans un mouvement brusque et irréfléchi, s’en remettant soudain à son instinct et à sa bonne étoile, crut bon d’ajouter aux tambourinades et cris funèbres le grincement de la porte d’entrée, faisant se découper dans l’encadrement de la porte une jeune femme au teint terreux, à la longue chevelure brune tombant sur l’imperméable, ce même imperméable qu’elle portait lorsqu’elle était partie, la veille, aux environs de seize heures, elle qui, pourtant, pas plus tard que ce matin même à la morgue…

*Dominique Alfonsi, Un cave se débriefe, aux éditions L’Égo Land (à paraître en mai 2010). Des discussions sont en cours avec l’auteur, ainsi que son éditeur, afin que nous puissions publier ici quelques-unes des bonnes feuilles que nous avons eues l’immense honneur et privilège de lire en avant première.

** Voir l’épisode du 6 février : où, affirmative, la marquise monologue en flux de conscience

où, affirmative, la marquise monologue en flux de conscience

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on février 6, 2010 by michel brosseau

La marquise aurait très certainement aimé sortir de son appartement comme elle l’avait fait vingt quatre heures plus tôt, au lieu de rester là, tétanisée par la peur, fixant d’un regard où s’exprimaient autant l’effroi que l’interrogation cet inconnu surgi elle ne savait d’où – mais l’esprit allant si vite dans de telles circonstances extrêmes et inattendues, et l’individu entré dans le bureau marchant à très petits pas, tel un funambule s’avançant au dessus du vide, Emma vit surgir de sa mémoire, tel un flash dans la nuit, l’image étonnamment précise de porte d’entrée blindée lorsqu’elle était revenue tout à l’heure, cette porte que, dans sa précipitation, elle avait repoussée, oui, sans prendre le soin d’actionner ces verrous à quintuple points d’ancrage, lubie d’André qui les avait fait installer, oui, il y avait environ trois semaines, trois semaines, oui c’était bien cela, trois semaines, oui, tout à fait, comment n’y avait-elle pas pensé plus tôt, oui, ces verrous, cette lubie si soudaine, oui, tellement étonnant de la part d’André, lui qui ne craignait rien ni personne, oui, tellement étrange tout cela, oui, André si fort, si aguerri au close combat, et à l’image de la porte d’entrée et de ses verrous négligés vint se superposer l’image d’un parc de château, oui, la première fois, cette première fois où, oui, André, alors si jeunes tous deux, oui, il s’était approché d’elle ainsi, oui, cette démarche si assurée, que lui avait-il pris alors, oui, une oie blanche à cette époque, oui, sa lèvre supérieure légèrement fendue, oui, il l’avait embrassée, oui, se souvenait du goût du sang, oui, rien qu’une légère blessure, André, oui, venu là pour un stage, oui, s’entraîner au service d’ordre, oui, pas froid aux yeux alors, oui, des utopistes tous deux, oui, portés par ce rêve d’un monde meilleur, oui, tellement plus pur, oui, foulaient aux pieds la République, oui, peur de rien, André, oui, si loin tout cela, et cet énergumène qui s’approchait toujours, chasser ces pensées, oui, les chasser vite, cette image du pauvre André à la morgue, oui, et s’il avait su pour Yann-Erwann, oui, mais celui-ci, oui, qui était-il, continuant de s’avancer à petits pas, oui, lui voulait quoi, si au moins Alfonsi était là, oui, c’était bien la peine, oui, avoir été entourée de flics toute la journée, oui, Alfonsi, Lognon, oui, Décembre, belle brochette, oui, et là toute seule, oui, mais inutile d’appeler, André, oh, André…