Archive pour autobiographie

où la porte s’ouvre sur d’effarantes perspectives

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , on février 14, 2010 by michel brosseau

Flingue en main, Doumé se tenait devant cette porte franchie la veille par la marquise, vers dix-sept heures environ, mais qu’importe maintenant, qu’elle soit sortie ou qu’elle soit restée était de bien peu d’importance après ce que la lentille du judas avait révélé au regard d’Alfonsi qui, plus que jamais, méritait d’être surnommé le privé à la triste allure, pâle comme un linge, les yeux exorbités et les mains prises d’un tremblement convulsif, bouleversé jusqu’aux tréfonds de son être comme il l’a écrit depuis dans son autobiographie*, et pris d’une soif comme il n’en avait jamais connu, rêvant d’un breuvage suffisamment fort pour le remettre d’aplomb, lui donner la force d’affronter celle qui – mais quel nom donner à cette vision sépulcrale ? –, debout sur le palier, les traits crispés et le visage livide, venait de se remettre à sonner d’une main frénétique, s’acharnant sur le bouton qui actionnait le timbre électrique, puis, ses yeux fixes maintenant tournés sur cette porte qu’elle s’était soudainement mise à frapper de ses deux poings, tambourinait d’un mouvement lent et mécanique, et commençait à pousser quelques cris brefs et suraigus, cognant, hurlant, cognant encore, s’acharnant échevelée sur cette porte qui résistait aisément, blindée qu’elle était et protégée par des verrous à quintuple ancrage**, détail rassurant auquel se raccrochait tant bien que mal la pauvre Emma, veuve inconsolée qui, terriblement bouleversée par ce qu’elle vit, mais ayant aussi sans doute compris à quel point l’auteur ne craignait ni le manque de suite ni les coupures, capable qu’il était de continuer tant qu’il y aurait des mots, préféra abréger sa terrible souffrance morale et s’évanouit brutalement aussitôt qu’Alfonsi, dans un mouvement brusque et irréfléchi, s’en remettant soudain à son instinct et à sa bonne étoile, crut bon d’ajouter aux tambourinades et cris funèbres le grincement de la porte d’entrée, faisant se découper dans l’encadrement de la porte une jeune femme au teint terreux, à la longue chevelure brune tombant sur l’imperméable, ce même imperméable qu’elle portait lorsqu’elle était partie, la veille, aux environs de seize heures, elle qui, pourtant, pas plus tard que ce matin même à la morgue…

*Dominique Alfonsi, Un cave se débriefe, aux éditions L’Égo Land (à paraître en mai 2010). Des discussions sont en cours avec l’auteur, ainsi que son éditeur, afin que nous puissions publier ici quelques-unes des bonnes feuilles que nous avons eues l’immense honneur et privilège de lire en avant première.

** Voir l’épisode du 6 février : où, affirmative, la marquise monologue en flux de conscience