Archive pour taxi

où s’achève une course poursuite

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on mai 24, 2010 by michel brosseau

La marquise, la même qui sortait de chez elle à dix-sept heures et qui bientôt devenue veuve et sans bonniche, etc. etc., venait de glisser sur le pavé que la bruine avait transformé en une véritable patinoire, et cherchait à quatre pattes le talon de sa chaussure gauche qui s’était malencontreusement brisé lors de sa chute. « Emma ! Ils arrivent !… » C’est alors que, boosté par la peur et son amour (chacun adoptera le dosage à sa convenance), Yann-Erwann arracha les chaussures d’Emma, la releva fougueusement et de nouveau l’entraîna dans sa course folle. Emma, pieds nus, et le visage noyé de larmes, criait éperdue le prénom de son marquis de mari, persuadée qu’avec lui les deux escogriffes hispanisants lancés à leur poursuite auraient depuis longtemps été mis hors d’état de nuire. Ne l’avait-elle pas rencontré alors qu’il suivait un stage de close combat ? « Annnnnnnndrééééééééééééé ! » Yann-Erwann n’en pouvait plus. Elle qui criait. La chaussée qui glissait. Les deux autres qui se rapprochaient. Tenir bon. Là-bas. Oui, c’était bien ça. Une station de taxi. Vite ! « Encore un effort, Emma ! Nous y sommes presque !… » « Je n’en puis plus !… » « Emma, je vous en prie ! » Véritablement à bout de forces, essoufflée et la plante des pieds lacérée par cette fuite effrénée, la marquise de la Bôle s’effondra dans les bras du tennisman armoricain. « Tou es foutu, amigo ! » Ils n’étaient déjà plus qu’à quelques mètres. Que faire ? Oui, pas d’autre solution. Saisissant le bras d’Emma, il la fit basculer sur son épaule et reprit sa course. Aller jusqu’au bout de la rue. Plus qu’une dizaine de mètres. Leurs respirations. Oui, il pouvait même entendre leurs respirations maintenant. Vite ! Quelques mètres seulement. Attention au mental ! Ne pas craquer. Plus que quelques mètres. La balancer à l’arrière du taxi. Oui, c’est ça. Portière. La balancer. Mince, sa tête ! « Gare Montparnasse, s’il vous plaît !»

où Lognon, enfin, se retrouve d’aplomb

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , , on avril 17, 2010 by michel brosseau

« Longtemps tu t’es focalisé sur cette marquise sortie à cinq heures !… Bien trop longtemps !… Oh, mais c’est qu’une réaction s’impose, mon Lognon !… Si tu ne veux pas que le collectif Burma fasse de toi une pure fiction, mieux vaudrait que tu cesses le laisser la proie pour l’ombre !… Rends-toi compte !… L’assassin de la petite Aldobrandi, venu de son plein gré s’asseoir dans ton bureau… Le mystérieux stranguleur de la bonniche enfin entre tes mains !… » Certes, l’expression est malheureuse, mais qu’importe ! L’essentiel étant ici que Lognon – et ce après avoir avalé cul sec et sans sucre les six expressos serrés que venait de lui monter le flic de service à l’accueil, envoyés quelques épisodes plus tôt jusqu’à la brasserie voisine – se retrouve enfin en possession de toutes ses facultés intellectuelles, comme en témoigne son monologue intérieur, et puisse par conséquent faire avancer cette enquête. « Dommage que l’orthographe de Décembre soit toujours aussi déplorable !… Passons !… Marrant ça, comme nom… Bref !… Né à Illiers, le 17 avril 1975… C’est quoi cette parenthèse : désormais Illiers-Combray… Qu’est-ce ça fout que le patelin ait changé de nom ?… Un minutieux, Décembre !… Le sens du détail, toujours… Oh ! mais c’est t-y pas beau, ça, monsieur ! Crime passionnel… Drame de la jalousie… Ben voyons !… Pour ça qu’tu l’as étranglée, l’Aldomachin… Marre qu’elle te trompe !… Un sensible !… Comme quoi l’espèce est pas encore perdue !… Nous nous somes disputé au sujet de son retart inexpliqué. C’est halors que j’ai perdu le contraule de ma volonté. Lorsque je suis revenu a moi, j’étais à calife fourchon au dessus de son corp innanimé, mes deux main tenant fermement son cou. C’est alors que j’ais compris que je l’avais tué. Les Assises pour une histoire de cul, j’vous jure !… Dommage qu’elle l’ait pas rencontré, la nénette du taxi… Elle en aurait eu du violon, avec monsieur Swann… » Mais le commissaire n’eut pas le temps de poursuivre plus avant lecture, commentaires et réflexion, la porte de son bureau s’ouvrant brutalement. Même Swann, qui pendant tout ce temps n’avait cessé de regarder ses mains stranguleuses, sursauta et, levant la tête, posa ses yeux hagards sur ce visage tendu à l’extrême, et, aussitôt, fut attiré par deux lèvres dont l’impérieuse mobilité faisait étrangement ressortir un délicieux rouge à lèvres carmin.

où il est aussi question d’amour (un peu)

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , on avril 8, 2010 by michel brosseau

Le taxi put enfin terminer son histoire qui, il nous faut bien l’avouer, n’avait strictement aucun rapport avec la sortie de la marquise, deux jours plus tôt, aux environs de dix-sept heures. Une histoire toute bête, d’ailleurs, que nous allons vous résumer, craignant la tendance à la digression du chauffeur, et conscient que le temps de la narration a beau être élastique, ce trajet entre Meudon et le quai des Orfèvres prend l’allure d’une odyssée. Donc, en gros, la météo avait vite tourné à l’orage, entre les trois. Vous vous souvenez ? Deux gars, une fille. La donzelle en question était maquée avec un des deux. Seulement, le gars, c’était pas son truc, le baratin qu’elle aime bien, les gonzesses. Lui, c’était le genre de mec un peu revenu de tout. Faut dire, aussi, rien ni personne n’avait voulu de lui. Ni l’école, ni le boulot ! Pas même ses parents, c’est vous dire… Y avait bien eu la taule, pendant un temps, mais ç’avait pas duré… Alors, vous comprenez, l’amour avec un grand A, comme elle lui disait la fille… Lui, il avait qu’un mot à la bouche, tout l’temps : « Ça m’dégoûte », qu’il répétait. Au sujet de tout : « Ça m’dégoûte ! » La fille, ça l’a énervé, à la fin. Surtout que l’autre mec qu’était là, ça le faisait marrer de la voir s’énerver. Il mettait de l’huile sur le feu, comme on dit. À la fin, le gars qu’aurait dû jouer l’amoureux transi, mais qui se sentait surtout en transit, avec passage obligé dans un labyrinthe où qu’on se cogne la tête contre les murs, il lui a fait, comme ça, à la fille : « Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi ?… Eh bien, entre toi et moi, y a toute la vie… » Dans le genre efficace pour lui clouer le bec, à la pétasse, c’était plutôt pas mal trouvé. Sans doute de devoir se taire qui l’a énervée comme c’est pas possible. Et qui lui a fait sortir le flingue qu’était dans sa poche de blouson. Son « gun », comme elle disait. Comme si de le dire à la sauce Shakespeare, ça changeait quelque chose. Comme si ça rendait plus fort. Comme dans les films ou dans les clips. Que ça vous faisait un autre, d’une certaine façon. Quelqu’un qui serait pas vraiment vous et qui serait embarqué dans une histoire. Mais voilà déjà que c’est reparti pour la digression ! Alors autant laisser terminer le chauffeur : « Moi, quand j’l’ai vue, dans l’rétro, en train de brandir son engin, j’vous prie d’me croire qu’je m’suis arrêté fissa… qu’ils se barrent, je me disais… qu’ils se barrent… coup de bol, que j’m’arrête, ça l’a comme qui dirait fait revenir à elle, la fille… alors, bon, ils sont gentiment descendus, sans me demander combien y m’d’vaient, mais ça, hein ! l’pognon !… ah ! quand j’y r’pense !… une chance encore qu’elle ait pas tiré ! parce qu’à une époque, hein ! bang ! et salut m’sieurs dames, on n’en parlait plus du gamin… parce qu’attendez, hein !… quand même fait quinze ans la nuit, le gars qui vous cause !… alors, bon, des pétards et compagnie, si j’vous racontais tout c’que j’ai vu !… »

où l’auteur tient à décliner toute responsabilité quant aux effets de ce feuilleton sur ses lecteurs

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , on avril 7, 2010 by michel brosseau

La soi-disant sortie de la marquise, à dix-sept heures, deux jours plus tôt, était bien loin des préoccupations de Lognon et d’Alfonsi durant ces quelques instants de silence qui, lourds de menaces et gros d’un déchaînement prochain d’une violence attisée par la rivalité, suffirent au taxi pour reprendre sa narration, ignorant qu’il était, tout comme Alfonsi, et comme vous aussi, lecteur, que le commissaire venait d’apprendre de la bouche du jeune Lapointe deux informations capitales : d’une part, qu’une dénommée Marie-Mathilde Saint-Nazère, nièce de la veuve Emma de la Bôle, s’était présentée aux quais des Orfèvres en exigeant une libération immédiate de sa tante adorée, demoiselle au bras soi disant long et à la langue à coup sûr bien pendue ; d’autre part, qu’un individu demeurant dans un immeuble sis rue de la folie-Méricourt était venu spontanément se constituer prisonnier, déclarant être l’assassin par strangulation de la demoiselle Aldobrandi. Ce qui, lecteur, vous en bouche assurément un coin, et va vous éviter plaintes et récriminations quant à l’action qui ne progresserait pas et autres balivernes du même acabit, témoignages flagrants d’une impatience maladive, voire d’une tendance à l’anxiété que nous ne pouvons que vous conseiller de surveiller, peut-être même de soigner, vous signalant au passage que le simple fait de suivre chaque jour le nouvel épisode du présent feuilleton traduit un phénomène d’addiction inquiétant, et au sujet duquel nous tenons à décliner toute responsabilité. D’ailleurs, bientôt, il faudra changer le bandeau de ce blog. D’ailleurs, on y songe ! Et pour de vrai !… Serait sans doute bienvenu, à titre préventif et histoire d’ouvrir le parapluie, d’appliquer le principe de précaution en annonçant clairement de quoi qu’il en retourne !… Comme sur les paquets de cigarettes ou les bouteilles de bibine : que la littérature de genre, ça nuit gravement à la santé, y compris morale, et que ça se consomme avec modération, ou au moins en cachette !… Parce que, nous, vous comprenez, on voudrait pas avoir d’histoires !…

où l’on est à deux doigts d’en venir aux mains

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , , on avril 6, 2010 by michel brosseau

Lognon avait à peine raccroché que, déjà, le privé à la triste allure l’interrogeait, en prenant un air faussement dégagé : « Alors commissaire, ce gamin de Lapointe lui a fait cracher le morceau, sur son horaire de sortie, à la marquise ? Parce qu’entre nous, depuis le début, moi je la trouve louche, la mémère !… » Cette tentative aux buts multiples, effectuée tant dans un espoir de capter de l’information que de faire diversion, voire même de séduire, ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. Le commissaire, rangeant son portable dans la poche de son imperméable qui, malgré le chauffage poussé à fond par le taxi, n’avait pas encore eu le temps de sécher, se retourna vers le privé à la triste allure en affichant un étrange sourire, tandis que le chauffeur tapotait de ses doigts nerveux sur son volant, traduisant ainsi son désappointement de n’avoir pu terminer son récit quant au trio monté route des Gardes à Meudon : « Il faudra que nous parlions, tout à l’heure… Que nous parlions, en privé, comme on dit !… » Quelques instants de silence s’ensuivirent, silence lourd et plein de menaces, les deux hommes se jaugeant du regard dans un accès de pure animalité, fauves aux abois, retroussant babines et chaque muscle du corps tendu à l’extrême, douloureusement bandé, chacun regroupant ses forces et estimant celles de l’adversaire, comparables aux loups ou à ces chiens de traineaux qui, dans le Grand Nord, se lancent dans de déchirants combats pour décider lequel deviendra le chef de la meute ou de l’attelage. Lognon comme Alfonsi souhaitaient en effet prendre la main dans cette enquête, le premier afin de ne pas basculer définitivement dans la fiction, le second afin de laver son honneur professionnel qui avait été si lamentablement bafoué pendant sa filature ratée de Vanessa Aldobrandi. Sans doute le privé à la triste allure revoyait-il à ce moment l’immeuble à double entrée grâce auquel Vanessa était parvenue à se volatiliser, et, remontant encore plus loin dans le passé, entendait-il le bruit mat de la baguette s’écrasant sur le toit d’une 4L.

où l’on se questionne sur l’appel reçu lors de l’épisode précédent

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , on avril 5, 2010 by michel brosseau

Si Lapointe, cette fois, se fendait d’un appel, sans doute était-ce parce que l’information qu’il avait à transmettre était d’une importance autrement plus capitale que la révélation, transmise au moyen d’un simple message, quant à l’horaire de sortie de la marquise deux jours plus tôt. De quoi s’agissait-il ? Telle était la question que se posait Alfonsi, prêtant l’oreille aux quelques mots prononcés par le commissaire, et que nous ne rapporterons pas, convaincu de l’inutilité absolue d’une telle démarche après avoir constaté que le privé à la triste allure n’avait rien pu en tirer. Que faire, en effet, de ces quelques mots et onomatopées égrenés en un chapelet chaotique ? Décidément méfiant, ce Lognon ! Même son visage demeurait impassible, n’exprimant ni surprise ni inquiétude. Alfonsi avait beau scruter les traits du digne successeur de Maigret, rien ne transparaissait. Et pourtant !… Comme le privé l’a confié depuis dans son autobiographie*, la révélation était de taille :

Quoi qu’on en pense, ce Lognon m’a paru, à cette occasion, véritablement fortiche. Vous excuserez l’adjectif, suranné je l’admets, mais comment traduire autrement ce mélange si subtil du professionnalisme le plus avéré et du ridicule poussé à ses limites extrêmes ? Autant de jugeote et d’intuition, autant de ringardise et de self control, réunis dans un même homme, me laissait, je l’avoue, parfaitement pantois. Que rien n’apparaisse, tant dans son propos que dans son expression, de l’importance de ce qui lui était alors confié, me semble la preuve plus qu’évidente d’un immense talent que d’aucun ne pourrait que lui envier. Respect, commissaire !…

Qu’ajouter, après pareil témoignage, et qui plus est de la part d’un homme du métier ?

*Dominique Alfonsi, Un cave se débriefe, aux éditions L’Égo Land (à paraître en mai 2010). Un grand merci aux responsables des éditions L’Égo Land de nous avoir permis de reproduire ici ce court extrait prometteur.

où le téléphone vibre de nouveau et déclenche des confidences

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , on avril 4, 2010 by michel brosseau

« D’un côté, continua le taxi, ça m’a étonné qu’à moitié qu’la donzelle elle s’soit baladée avec un flingue dans la poche, parce que franchement, autant, des fois, dans c’boulot-là, on rencontre des femmes classieuses, de la haute, quoi, style actrices et tout, ou même des marquises ou je ne sais quoi, moi, enfin, bon, hein !… du genre qu’ont rien d’autre à foutre que de sortir pour aller boire leur thé sur les coups de cinq heures de l’après midi… ou faire du shoppingue, comme elles disent… remarquez, ma femme aussi, elle aime ça… pas le thé, hein !… le lèche-vitrines, elle, qu’elle appelle ça… et vas-y que j’te fais chauffer la carte bleue !… » C’est à ce moment précis que, de nouveau, dans la poche de l’imperméable du commissaire Lognon, se mit à vibrer son téléphone portable, objet fabuleux s’il en est pour qui raconte des histoires, et dont nous avons le sentiment d’abuser peut-être un peu, sentiment tenant sans doute au fait que nous n’approchons qu’extrêmement rarement ce type d’appareil, n’ayant que très peu d’affinités avec la communication téléphonique – et, puisque nous voilà sur la pente douce de la confidence, sachez, lecteur – et vous aussitôt de vous frotter les mains, parce qu’avouez que ça vous plaît d’en connaître davantage sur l’auteur, peut-être même allez-vous bientôt (d)ébaucher une vague théorie psychanalysante, renonçant en catimini honteux aux leçons du Contre Sainte-Beuve, lorsque vous apprendrez que nous évitons souvent de répondre aux appels provenant de ce que l’on nomme depuis quelque temps le fixe – terme qui, de notre point de vue, conviendrait nettement mieux au portable en raison de l’addiction qu’il génère parfois. Tout ça pour vous dire que Lognon venait, sinon de décrocher – terme convenant parfaitement pour le fixe, mais ici quelque peu inadapté voire incongru – du moins d’appuyer sur une quelconque touche OK, et, de sa voix nasillarde, énonçait son rituel « Commissaire Lognon, à l’appareil » qui, lorsque le jeune Lapointe débuta dans le service, le faisait immanquablement sourire : un peu de désuétude, en effet, n’était pas pour lui déplaire.