Archive pour circulation routière

où le privé à la triste allure évoque son évasion

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , on juin 8, 2010 by michel brosseau

Heureux Yann-Erwann sirotant quelques bières tout en faisant un peu de ménage dans son appartement mis en désordre, si notre mémoire est bonne, pas plus tard que la veille (ou sinon l’avant-veille) par les investigations désordonnées d’Alfonsi et sa piteuse bagarre avec ces deux ombres hispanisantes qui hantent ce feuilleton sans jamais se laisser suffisamment approcher pour qu’on parvienne à les identifier, occupations domestiques qui par bonheur le tiennent éloigné de cette terrasse où sa « p’tite marquise » sortie deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures, cœur battant la chamade et gloussements d’admiration mêlés à ses petits cris enjôleurs évoqués précédemment, écoutait le privé faire le récit de son évasion. « Il faut rester modeste, vous savez… Parce que, si j’ai bien compris, ils étaient pas au courant au début pour la mort de votre marquis de mari… C’est pour ça qu’ils m’avaient enlevé d’après les quelques bribes de conversation que j’ai pu surprendre… Parce que je travaillais pour lui… Et donc contre eux, en quelque sorte… Ce qui est pas complètement faux… Mais une fois qu’ils ont su qu’il était mort, André de la Bôle, j’ai bien vu qu’ils ont drôlement relâché leur surveillance à mon égard… Sans vouloir jouer les susceptibles, je présentais comme qui dirait plus beaucoup d’intérêt… Par contre, le flic, là, Décembre qu’il s’appelle, lui ils le lâchaient pas d’une semelle… Rapport qu’ils ont l’air de vouloir piéger Lognon… J’ai pas tout compris quand ils causaient… La bascule, qu’ils répétaient tout le temps… La bascule !… Bascule de qui de quoi qu’est-ce, moi je pourrais pas vous dire !… N’empêche qu’à l’heure qu’il est j’aimerais pas être à la place du commissaire… Pas que je le plaigne !… Faut pas exagérer non plus… Mais bon, depuis le temps qu’on se connaît !… » Alfonsi allait raconter ses frasques de jeunesse du côté de Rancy-les-Garennes quand toute son attention fut captée par le gyrophare  magnétique bleu apposé sur le toit d’un véhicule banalisé qui venait de rétrograder en faisant craquer les pignons de boîte. Soudain aussi pâle que les glaçons qui fondaient au fond de son verre vide, il s’exclama : « Et dire que si ça se trouve, c’est la dernière fois que je l’aurai vu de ma vie !… »

où l’on s’aperçoit que la littérature n’est pas le biais le plus aisé pour rassurer le jeune Lapointe

Posted in flics et privés, marquise, Milan Moneste with tags , , , , , , , , , , , , on juin 3, 2010 by michel brosseau

Lognon préféra ne rien dire au jeune Lapointe, de la marquise deux jours plus tôt sortie de chez elle à dix-sept heures et de sa nièce slameuse. Qu’elles soient toutes deux attablées à une terrasse de bistrot en compagnie d’Alfonsi n’aurait pu que davantage perturber l’inspecteur, dont le visage désormais blême comme jamais le commissaire ne se souvenait en avoir vu témoignait des bouleversements et tiraillements psychologiques dont il était la proie. Ce garçon, à l’évidence, commençait à douter des chances de mener à bien cette mission, certes dangereuse et quelque peu inédite – ce n’était pas tous les jours que l’on avait à affronter des êtres fictifs – mais tout à fait à la portée d’un flic aussi expérimenté que Lassoupâh. Celui-ci, désireux de détendre son collègue, crut bon de s’adresser à lui en ces termes : « « Mais, dis-moi, par ta vie ! As-tu vu plus vaillant commissaire que moi sur toute la surface de la terre ? As-tu lu dans tous les polars qui s’écrivent – et Dieu sait s’il s’en écrit, et de beaucoup moins bons que ceux de Milan Moneste – as-tu lu qu’un autre ait eu plus d’intrépidité dans l’attaque, plus de résolution dans la défense, plus d’adresse à porter les coups, plus de promptitude à culbuter l’ennemi ? » Conservant l’œil sur la route et les mains sur son volant, le jeune Lapointe hésita quelques instants sur la réponse à donner, puis, après un long soupir dont nous ne saurions vous dire s’il était de dépit ou de soulagement, il déclara : «Je lis pas beaucoup de polars, en fait. Pour tout vous dire, j’ai pas beaucoup de temps pour bouquiner, vous savez. Vous comprenez, entre la maison, les gamins, et puis le boulot, hein !… Alors, comme on dit, les bouquins !… » « Simenon, Maigret, tout ça, tu connais quand même ? » « Simenon, ça me dit rien… Mais Maigret, ça passait à la télé quand j’étais gamin. » Décidément, rassurer le jeune Lapointe n’était pas aussi facile qu’il l’aurait cru. « Laisse moi t’expliquer… »

où l’on pourrait croire que de primesautier à perspicace il n’y a qu’un pas

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Milan Moneste with tags , , , , , , , , , , , on juin 1, 2010 by michel brosseau

La terrible contrariété qu’affichait le visage renfrogné de Lognon n’était nullement due aux propos du jeune Lapointe qui, ayant tout l’avenir devant lui – à moins que cette mission quelque peu aventureuse ne soit sa dernière et que demain dans le journal il n’y ait son portrait – pourrait corriger cette confusion entre fiction et réalité dont témoignaient ses dernières réflexions,  contrariété provenant encore moins du peu de perspicacité de son collègue qui, dans son raisonnement quelque peu primesautier, oubliait les coups distribués par les membres du collectif Burma à ce pauvre Alfonsi, privé de son état, mais contrariété trouvant son origine dans le spectacle que venait de capter, quelques secondes durant – le jeune Lapointe ayant été à ce moment précis obligé de ralentir en raison de la densité du trafic, balançant un coup de trois fébrile qui fit grincer les pignons de boîte – son regard porté machinalement en direction du trottoir : hallucination ou réalité, n’était-ce pas Emma de la Bôle et l’ineffable Marie-Mathilde, de son état nièce de la précédente et figure haute en couleur de la scène indépendante du slam parisien, attablées à une terrasse de café, et en pleine discussion avec – Lassoupâh n’osait le croire, mais qui d’autre aurait osé sortir avec un imperméable aussi crasseux et dépenaillé ? – le privé à la triste allure, Doumé pour les intimes, qui décidément ne reculait devant rien pour honorer le contrat qu’il avait passé avec la marquise sortie de chez elle deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures – soit environ 46 heures et 30 minutes auparavant – sa présence en ce débit de boissons attestant de son évasion d’entre les griffes de ses ravisseurs… À moins… À moins que le jeune Lapointe tout à l’heure n’ait été plus perspicace que primesautier… Et qu’Alfonsi n’ait été de mèche avec le collectif Burma ! Non !… La ficelle était trop énorme, comme aurait dit Milan Moneste. Beaucoup trop énorme !…

où l’on comprend que ça ne rigole plus

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , on mai 28, 2010 by michel brosseau

Que la marquise soit ou non sortie à cinq heures deux jours plus tôt importait peu aux yeux de Lognon. Il n’y avait pas un instant à perdre avec de telles pensées. Tout d’abord congédier l’ahuri armoricain en lui conseillant de demeurer dans la capitale et de se montrer extrêmement prudent. Ensuite, ne pas écouter ses propos syntaxiquement défaillants et le pousser jusqu’à la porte du bureau d’une ferme mais courtoise – décidément hautement dialectique, ce Yann-Erwann ! Puis passer dans son bureau et se munir de son calibre – deuxième occurrence d’une arme à feu dans ce polar, soit, pour 183 épisodes, une moyenne infinitésimalement faible susceptible de faire de ce feuilleton et de l’adaptation cinématographique qui en est prévue des œuvres destinées à un public familial. Ne pas oublier d’adjoindre les munitions adaptées au dit calibre indiqué précédemment. Rejoindre le jeune Lapointe qui attend dans la cour au volant d’une voiture banalisée. Lui demander d’éteindre la sirène hurlant plein gaz le temps de lui expliquer la situation. Lui expliquer brièvement celle-ci, ainsi que le plan adopté pour libérer Décembre. Bien lui faire comprendre que pour une mission de ce genre le nombre est souvent un frein à la réussite. Lui donner confiance en lui en l’assurant que deux flics de leur pointure étaient capables de miracles. Afin de lui occuper l’esprit sinon de le détendre définitivement, lui intimer de démarrer et de foncer. Ne surtout pas oublier de lui indiquer la destination. Méthodique, charger le calibre puis le soupeser en le regardant d’un air complice. Fumer une pipe avec lenteur, la goûtant pleinement, comme si ce devait être la dernière. Ne surtout pas mentionner ce détail au jeune Lapointe.

où le taxi a non seulement des oreilles mais aussi une langue

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , on mars 31, 2010 by michel brosseau

La marquise, sortant de chez elle aux environs de dix-sept heures, s’était sans doute aussitôt engouffrée dans un taxi. Ce qui ne fut pas le cas de Lognon et d’Alfonsi. Qui, eux, durent attendre sous la pluie qui commençait à s’abattre. Une pluie printanière qui néanmoins les trempa jusqu’aux os. Ce qui, vous vous en doutez, déclencha, chez le commissaire à l’épatant appendice, une série presque ininterrompue d’éternuements durant tout le trajet en taxi. Ce qui ne l’empêcha de tenter de mettre la pression sur le privé à la triste allure, lui rappelant à demi-mots l’épisode de Rancy-les-Garennes. Un as de la psychologie, ce Lognon. Il savait trouver les mots qu’il fallait. Les chemins détournés qui vous embarquaient son interlocuteur dans les méandres d’un passé refoulé. Mine de rien, avec l’air de ne pas y toucher, se lançant dans un comparatif des respectifs quant à la tenue de route de la deux chevaux Citroën et de la Renault 4 – conversation dans laquelle vint s’immiscer illico le taxi, ravi de cette aubaine de pouvoir discuter bagnoles. « Parce que les clients, souvent, hein, de quoi c’est qui causent, la majorité du temps ? Sinon de leurs histoires à eux, vous voyez ! Des machins persos, quoi !… Si je vous disais c’que j’peux entendre, des fois… Sciés, vous seriez, sciés !… Ah ! Comme j’dis souvent à ma femme, quand j’aurai l’temps à la r’traite, tiens !… J’pourrais en écrire, moi, des bouquins, avec tout c’que j’ai entendu… Et sans chercher à être indiscret ou quoi, hein ! Mais les gens, y font comme si on était pas là, des fois… Alors, bon, on entend !… Des trucs, des fois, mais t’y crois pas ! Tu t’dis, c’est pas possible… Tenez, l’autre jour, y’a pas plus tard qu’une semaine… Je monte trois clients… Une femme avec deux hommes !… Ah ! J’vous dis pas, les phénomènes !… » Alfonsi souriait, ravi de la diversion !

où il est question d’une 4L et de Rancy-les-Garennes

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , , on mars 28, 2010 by michel brosseau

Ses parents ne jouissant pas d’une fortune comparable à celle de la marquise de la Bôle qui, à l’heure qu’il est, élude encore, malgré les efforts du jeune Lapointe, ce qu’avait pu être son emploi du temps deux jours plus tôt, entre seize et dix-sept heures, horaire jusqu’alors prétendu de la sortie de son appartement, le jeune Doumé dut se résoudre à travailler dans l’agence paternelle. Les premières affaires qui lui furent confiées avaient été choisies pour leur facilité. Simple mise en jambes, pourrait-on dire. Quelques loyers impayés, des paris non remboursés… Rien de bien méchant ! Tout se gâta lorsqu’il se vit confier une affaire un tantinet plus délicate : aller réclamer le paiement de leurs dettes de zinc aux membres du moto-club de Rancy-les-Garennes. Pas des gars vraiment méchants, mais plutôt butés. Et puis, pas vraiment enclins à la conversation. Des sages, qui savent parfaitement qu’un mot en entraîne un autre et qu’on n’en finit plus dès qu’on commence à discuter. L’ont d’ailleurs très efficacement fait comprendre au pauvre Doumé, que sa fréquentation de l’Université n’avait guère préparé au combat de rue. Lui, tout ce qu’il en connaissait, c’était sous la forme d’un 45 tours que lui avait offert un de ces cousins plus âgé que lui : le Street fighting man des Stones. Mais il a très vite compris que ça pouvait lui être d’aucune utilité face à ces molosses qui le battaient comme plâtre. Alors, évidemment, pas d’autre solution que le repli stratégique, dans des situations pareilles. Et ça là que ça s’est gâté. Quand il a sauté dans sa 4L et a foncé fond de deux dans la rue Jean Jaurès, le pauvre Doumé. La gueule en sang et les yeux clos par les coups, lèvres béantes et le corps tout parcouru de tremblements nerveux. Fuir ! Il avait plus que ça en tête ! Fuir loin de ces brutes cromagnonesques à favoris et chevalières qui font si mal quand elles vous tâtent les arcades ou les lèvres! Fond de deux, le Doumé… Embraye… Pousse le manche tout droit pour enquiller la trois… C’est là qu’il a compris… mais trop tard… le type qui sortait de la boulangerie… sa baguette elle est venu cogner contre le pare brise… d’après le bruit, le gars il a rebondi sur le toit… Du rude, quoi ! Le gars, le lendemain, il disait qu’il était mort dans le journal… Une affaire de règlement de comptes, qu’ils disaient les journalistes… Que c’était sûrement pour ça, le délit de fuite… Que tout ça c’était en rapport avec un trafic de drogue… Parce que tout le monde le savait que c’étaient des drogués les chevelus du moto-club… Mais tout ce qu’elle racontait, la presse, c’était pas le plus important… L’essentiel, c’était le dossier que le commissaire Lognon gardait au frais dans un tiroir de son bureau… Avec le numéro de la plaque… Ce dossier qu’il s’était gardé sous le coude en cas de besoin…

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la culture musicale de Doumé:

où la notion de bavure fait son apparition

Posted in Jean Valgrand, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , on février 9, 2010 by michel brosseau

Abasourdie depuis l’entrée en scène de cet énergumène quasi édenté qui déclarait se nommer Jean Valgrand (ce sourire qu’il avait affiché tout à l’heure, quelle horreur !), la marquise ne songeait nullement à sortir comme elle l’avait fait la veille, aux environs de dix-sept heures. Non, sa seule préoccupation était désormais de gérer la présence de cet individu bien connu des services de police et de certains milieux interlopes. « Valgrand ! C’est l’nom d’ma mère !… Jean, c’était une idée à Maigret… son père qui s’appelait comme ça !… Jean Valgrand !… Mais personne m’appelle par mon nom… Partout, c’est J.V. qu’on dit !… J.V. l’givré pour les intimes !… Mais trêve de déblatérations !… Aux faits !… Voilà!… J’ai conscience de ma part de responsabilité !… Si ! si !… J’ai ma part !… Parce que la voiture… Richard Lenoir, le boulevard… C’est simple, j’étais allé chez une connaissance à moi… L’épouse d’un militaire !… Mais chut !… Discrétion !… Que voulez-vous, c’est la nature…. Tel père, tel fils !… Mais moi, j’ai pas d’enfants, moi!… Non!… Bref!… Un officier qui fait crapahuter ses gars en Afghanistan… Vous connaissez l’Afghanistan ? C’est joli, là-bas… Enfin bref, j’ai un peu abusé, quoi… Moi, l’afghan, c’est… Comment on dit, déjà ? Mon péché mignon !… Enfin vous voyez, quoi ! J’vous fais pas un dessin… Avec le mari de la dame qui s’trouve sur place !… Bref ! J’abuse un peu… Je m’amuse aussi… Et paf ! comme ça m’arrive des fois !… Je gère pas bien !… Mal dans ma tête ! Ce gros con à chapeau qui r’vient sans arrêt ! Y m’cause mal… Y m’dit des trucs… C’est à cause de la pipe à beu, en fait… J’ai fixé la pipe, et j’l’ai vu qui apparaissait… et puis qui grossissait, qui grossissait… énorme qu’il était… J’ai trop pris d’trucs dans ma vie… Trop ! trop !… alors comme ça, des fois, j’disjoncte !… Il était là à m’asticoter !… J’entendais ma mère qui pleurait… L’horreur ! l’horreur !… Alors, ni une ni deux, j’t’ai foncé à l’appartement… Parce qu’il est à moi c’t’appartement ! Enfin, il devrait être à moi !… dégueulasse… l’avoir légué aux bonnes œuvres de la police !… rien à foutre que son gamin couche sous les ponts… merde, et la maison de Meung sur Loire ? J’aurais dérangé personne, là-bas !… mais non, que dalle ! Crève, Jeannot ! Crève ! Alors, vous comprenez, la voiture en contre-sens, c’était moi qu’y v’naient chercher, les poulagas… J.V. l’givré qui tapait son scandale !… Mais j’vous aid’rai à prouver qu’c’est une bavure ! J’vous aid’rai ! »