Archive pour romans policiers

où l’on retrouve le commissaire Lognon ligoté et en petite forme

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Milan Moneste, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , , on juin 12, 2010 by michel brosseau

Très certainement notre marquise sortie deux jours plus tôt aux environs de cinq heures soi disant pour cause de salon de thé aurait-elle affiché un sourire de satisfaction si, par l’un de ces hasards rocambolesques auxquels nous nous refusons d’avoir recours, soucieux que nous sommes de conserver à ce feuilleton, comme en témoigne notamment le post précédent, un fort ancrage dans le réel, elle eût aperçu Lognon, assis à même le sol cimenté de l’entrepôt, attaché au moyen de cordes grossières et néanmoins fortement serrées à un pilier métallique que la rouille commençait à ronger insidieusement, gagnant progressivement du terrain tout comme le doute et peut-être même le désespoir, ou du moins un sentiment qui y ressemblait fortement, et qui lentement mais sûrement s’immisçaient au plus profond  du commissaire. La paupière alourdie par le manque de sommeil, l’esprit agité par mille suppositions, hypothèses et conjectures qui, à peine s’étaient-elles présentées, se voyaient chassées par les faits implacables qu’il avait soin de se remémorer aussi souvent qu’il le pouvait, ce qui n’était pas une sinécure étant donné que nous voilà tout de même parvenu au quarante-quatrième épisode, et les nerfs mis à rude épreuve non seulement à la vue du pauvre Lapointe abandonné inconscient à quelques mètres du pilier auquel on l’avait ligoté, mais aussi à l’idée qu’il ne pourrait pas fumer de pipe avant un long moment, ce qui, pour le fumeur invétéré qu’il est ne représente pas la moindre des épreuves, sans oublier son estomac vide puisque, depuis les sandwiches de la nuit précédente, il n’avait pas pris le temps d’avaler quoi que ce soit, trop pris par son enquête, professionnel jusqu’au bout de ses forces, et ne rentrant pas comme certain que nous ne nommerons pas ici déjeuner auprès de bobonne, Lassoupâh broyait du noir, accablé par l’impuissance à laquelle il se voyait réduit. Si seulement il avait pu se saisir de son téléphone portable et prévenir par texto Milan Moneste… Lui saurait très certainement comment le sortir de ce guêpier… Ses romans ne regorgeaient-ils pas de situations aussi inextricables que celle-ci, auxquelles à chaque fois il trouvait une solution ? Ah ! si seulement… Lognon en était là de ses pensées quand soudain, entendant des pas qui s’approchaient il leva les yeux et, ne croyant pas ces derniers, crut l’espace d’un instant que la folie s’était emparée de son esprit : là, à quelques mètres devant lui, cet homme qui s’avançait… mais… et cette femme à ses côtés… cette jeune femme que Milan ou son sosie ou quoi qu’est-ce tenait par la taille… n’était-ce pas ?… mais comment était-ce possible?… et pourtant, cette mèche brune qu’elle venait de relever négligemment…

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où l’on sait enfin ce que Lognon reproche au commissaire Maigret

Posted in flics et privés, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , on juin 5, 2010 by michel brosseau

La marquise sortie à cinq heures ignorait certainement tout autant que le jeune Lapointe les aventures du commissaire Maigret, peu encline qu’elle était à la lecture de cette littérature populaire dont les sœurs de Notre-Dame de l’Estuaire lui avaient appris à se méfier comme de la peste. Le récit entrepris par Lognon ne lui aurait certainement pas donné le goût de ces opuscules que feu son étêté marquis de mari lisait parfois en cachette, dissimulant sous son journal quotidien ces couvertures aux couleurs criardes où s’étalaient assassins aux couteaux brandis et révolvers braqués, créatures libidineuses et flics vêtus d’imperméables été comme hiver. Peut-être ce pauvre André, qui appréciait tant cette littérature sans majuscule ni particule,  se serait-il souvenu, du temps où il avait encore la tête sur les épaules, de cette enquête qu’évoquait en ce moment le flic à l’épatant appendice, où Maigret à la poursuite d’un Letton et néanmoins jumeau avait démontré son absolu manque de professionnalisme – comme tant d’autres, Lognon appréciait beaucoup ce terme – et même de pragmatisme – difficile de ne pas associer les deux – en étant, d’une part, responsable de l’assassinat de l’inspecteur Torrence, jeune Français méritant et promis à une belle carrière, mais stoppé net sur le chemin de la gloire par des voyous étrangers aux noms imprononçables, et, d’autre part, en laissant l’ignoble Letton se coller une balle dans la bouche afin d’échapper à la justice de notre belle République, montrant une nouvelle fois de quel côté penchait son cœur, du côté d’un misérabilisme naïf et arrosé de bons sentiments, d’un rousseauisme aveugle aux réalités socio-économiques qui font du monde dans lequel nous vivons une jungle où tous les coups sont permis, car il avait suffi au Letton d’étaler complaisamment sa vie de raté qui n’avait jamais su plus que pu prendre en main son destin et s’engager sur la voie de la réussite pour que le gros Jules le laisse en dehors de toute déontologie commettre l’irréparable… « Mais, rassure-toi, mon petit Lapointe, avec moi je peux te dire que ça marche pas comme ça !… D’abord, tu me connais un peu quand même maintenant… Combien de temps qu’on travaille ensemble au jour d’aujourd’hui ? »

où, fidèle à ses habitudes et solidaire du commissaire Lognon, l’auteur se refuse d’écorcher l’anguille par la queue

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , on juin 4, 2010 by michel brosseau

N’étant pas du genre à écorcher l’anguille par la queue, Lognon rappela d’emblée au jeune Lapointe que sans cette fameuse marquise sortie à cinq heures, tout deux ne seraient pas en ce moment dans cette voiture, en train de s’acheminer vers une mission à haut risque. « Bien sûr, patron ! Mais, tout à l’heure, vous parliez de Maigret, tout ça… C’est quoi que vous vouliez dire, au juste ? » Après quelques propos sur la nécessité de commencer par le début afin d’être clair, circonvolutions oratoires dont vous n’aurez pas même le résumé, ceci afin de ne pas abusivement ralentir le rythme de ce feuilleton, le commissaire toussota afin de s’éclaircir la voix puis, pipe d’une main et paquet de tabac de l’autre, déclara tout en bourrant sa pipe : « Tu sais mon petit, ce n’est pas pour me vanter mais, si tu veux connaître la grande différence entre moi et le gros Maigret, et ce en toute modestie… parce que, comme disait l’oncle Édouard… je t’ai déjà parlé de mon oncle Édouard ?… et bien, l’oncle Édouard, il citait souvent un proverbe qu’il avait ramené là-bas, de l’Asie lointaine, quand il a participé à la croisière jaune… c’est connu, les proverbes chinois et compagnie, hein !… ça va loin… ça va loin… donc, en toute modestie, la différence entre moi et Maigret, si tu veux que je te dise, et bien c’est que moi en bientôt quarante ans de carrière, mon petit Lapointe, quarante ans, tu m’entends bien ?… quarante ans et jamais un pépin, tu vois… jamais !… des bastos, j’en ai entendu siffler et sans doute même plus souvent qu’à mon tour… parce que, sans parti pris aucun, qui c’est qu’on envoyait à chaque fois sur les coups durs pendant que Maigret faisait le malin ?… parce que, je sais pas si t’as remarqué, mais ce gars-là, il pousse le vice jusqu’à enquêter pendant ses vacances !… et pourquoi, d’après toi ?… oh ! pas la peine d’aller chercher  bien loin, mon petit !… si le gros Jules, il travaillait pendant ses vacances, c’est primo qu’il préférait se trouver face aux caves de province plutôt qu’avoir à faire avec les durs que je me suis à chaque fois coltinés !… et deuzio, c’est qu’il lui restait sûrement de l’énergie pour bosser pendant ses vacances, vu qu’il en faisait quand même pas lourd quand il était sur Paris !… Je sais pas si je me fais bien comprendre ?… Et pourquoi qu’il en faisait jamais bien lourd sur Paris ?… Tu veux que je te le dise ?… » Là, Lognon s’interrompit pour allumer sa pipe.

où l’on s’aperçoit que la littérature n’est pas le biais le plus aisé pour rassurer le jeune Lapointe

Posted in flics et privés, marquise, Milan Moneste with tags , , , , , , , , , , , , on juin 3, 2010 by michel brosseau

Lognon préféra ne rien dire au jeune Lapointe, de la marquise deux jours plus tôt sortie de chez elle à dix-sept heures et de sa nièce slameuse. Qu’elles soient toutes deux attablées à une terrasse de bistrot en compagnie d’Alfonsi n’aurait pu que davantage perturber l’inspecteur, dont le visage désormais blême comme jamais le commissaire ne se souvenait en avoir vu témoignait des bouleversements et tiraillements psychologiques dont il était la proie. Ce garçon, à l’évidence, commençait à douter des chances de mener à bien cette mission, certes dangereuse et quelque peu inédite – ce n’était pas tous les jours que l’on avait à affronter des êtres fictifs – mais tout à fait à la portée d’un flic aussi expérimenté que Lassoupâh. Celui-ci, désireux de détendre son collègue, crut bon de s’adresser à lui en ces termes : « « Mais, dis-moi, par ta vie ! As-tu vu plus vaillant commissaire que moi sur toute la surface de la terre ? As-tu lu dans tous les polars qui s’écrivent – et Dieu sait s’il s’en écrit, et de beaucoup moins bons que ceux de Milan Moneste – as-tu lu qu’un autre ait eu plus d’intrépidité dans l’attaque, plus de résolution dans la défense, plus d’adresse à porter les coups, plus de promptitude à culbuter l’ennemi ? » Conservant l’œil sur la route et les mains sur son volant, le jeune Lapointe hésita quelques instants sur la réponse à donner, puis, après un long soupir dont nous ne saurions vous dire s’il était de dépit ou de soulagement, il déclara : «Je lis pas beaucoup de polars, en fait. Pour tout vous dire, j’ai pas beaucoup de temps pour bouquiner, vous savez. Vous comprenez, entre la maison, les gamins, et puis le boulot, hein !… Alors, comme on dit, les bouquins !… » « Simenon, Maigret, tout ça, tu connais quand même ? » « Simenon, ça me dit rien… Mais Maigret, ça passait à la télé quand j’étais gamin. » Décidément, rassurer le jeune Lapointe n’était pas aussi facile qu’il l’aurait cru. « Laisse moi t’expliquer… »

où s’éclairent les précédentes paroles de la marquise (même si cela a bien peu d’importance)

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Milan Moneste, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on mai 26, 2010 by michel brosseau

Yann-Erwann venait de terminer son récit par une déchirante scène d’adieux sur un quai de la gare Montparnasse, sa « p’tite marquise » qui avait la manie de sortir de chez elle à cinq heures encore sous le choc, pleurant de chaudes larmes sur l’épaule de son tennisman et néanmoins breton d’amant, s’excusant d’une voix entrecoupée de sanglots d’avoir eu le mauvais goût et l’extrême indélicatesse de ne rien trouver de mieux à faire en des instants si terribles, et tandis que son armoricain chéri se battait comme un diable et la sauvait des griffes de l’hispanisant hépatique et de son collègue ventru, d’appeler à la rescousse son marquis de mari qui, au moment des faits, avait encore la tête sur les épaules. « Les faits ! Toujours les faits !… Sinon, hein, on divague, et voilà-t-y pas qu’on complique tout alors que c’est déjà suffisamment tordu comme ça !… » Yann-Erwann regarda le commissaire d’un air interrogateur. Où voulait-il donc en venir ? « Ce n’est rien, mon petit !… Ce n’est rien ! Je pense, et paf !… Ne jamais trop penser ! Jamais ! Surtout dans ce métier !… Ça nuit ! Et pas qu’à la carrière !… Ça nuit tout court !… » Préciser que Lognon ne prit pas la peine de citer Maigret et son célèbre « Moi, je n’ai pas d’idées ! » n’étonnera guère le lecteur. Il est des sources auxquelles on s’abreuve sans jamais rien en dire. La relation complexe qu’entretenait Lassoupâh envers celui qu’il se complaisait à appeler « le gros », mélange d’admiration, de rancune et de haine, l’empêchait de reconnaître la dette qu’il avait envers lui. Combien d’heures avait-il pourtant passé à lire et relire le récit de ses aventures ? Même à Milan Moneste il n’avait jamais voulu en parler…

où faire preuve de cœur n’empêche pas les piques

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , on mai 1, 2010 by michel brosseau

Peu scrupuleux quant à la morale, Alfonsi n’était néanmoins pas privé de cœur, comme en témoigne sa réaction au piteux spectacle qu’offrait Lognon, effondré au plus creux de ses tourments intérieurs, aspirés par l’angoisse de sombrer corps et âme dans la fiction : « Allons, mon vieux Lognon, c’est quand même pas une marquise qui va vous mettre dans des états pareils, même sortie à 5 heures !… Du nerf, commissaire !… Tout n’est pas perdu… Du moins si on agit assez vite ! » À ses mots, celui que son oncle Édouard surnommait affectueusement Lassoupâh releva soudain la tête et, après avoir, d’un geste précis et mécanique, décongestionné l’épatant appendice qui ornait son visage, déclara : « Ce qui signifie ?… » « Ce qui signifie, ce qui signifie… Vous en avez de bonnes ! Si vous croyez que c’est facile de discuter comme ça, le gosier à sec… Surtout que ça risque d’être un peu long… Parce que pas la peine de me faire un dessin : je sais bien que vous allez me menacer de me retirer ma licence si je vous révèle pas tout ce que je sais… Je suis pas plus con qu’un autre… D’ailleurs, sans vouloir offenser personne, mais n’importe quel lecteur de polars aurait déjà deviné ce que vous vous apprêtiez à me dire, avant de tomber dans vos songeries… » Lognon hocha la tête tout en tapotant un dossier à la couverture jaunie par le temps : « Moi aussi, j’ai roulé en 4L… » Le privé à la triste allure ne lui laissa pas le temps de poursuivre : « C’est bien ce que je disais, on devrait pouvoir s’entendre ! » Le commissaire répliqua tout en allumant sa pipe : « Se comprendre, Alfonsi… se comprendre ! »

où le commissaire Lognon réfléchit, divague, et de nouveau réfléchit

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Milan Moneste, Uncategorized, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on avril 29, 2010 by michel brosseau

Le commissaire Lognon en était là de ses réflexions, à peine 48 heures après que la marquise soit sortie de chez, déclenchant intempestive le cours de ce récit sinon les événements qui le composent. Il la tenait son explication, tout du moins le début de celle-ci : de bonniche, Vanessa se transformait en criminelle de grande classe, une beauté rebelle et fatale à tous ceux qui l’approchaient, une héroïne insaisissable toujours prête à défendre la fiction. C’est Milan Moneste qui allait être content ! Pas tous les jours qu’on vous livre sur un plateau un personnage d’aussi grande classe. Il allait se régaler, c’était certain. Il la qualifierait d’égérie du monde fictionnel en révolte. Il aimait bien ce genre de formule, le grand Moneste. Un peu comme l’oncle Édouard, en fait. Étrange que Lognon n’ait jamais fait le rapprochement auparavant. Maintenant qu’il y songeait, ça lui paraissait tellement évident. Si seulement il avait eu le temps d’écrire ses mémoires avant de mourir. Avec une vie aussi bien remplie et ce goût pour la langue qui rutile, les mots qui claquent et les pensées qui bousculent… Le commissaire divagua quelques instants, puis, vidant le fourneau de sa pipe dans le cendrier placé sur sa table de travail, et apercevant les mégots laissés là par Décembre, se leva d’un bond et se mit à tourner dans son bureau. Pourquoi donc n’y avait-il pas songé plus tôt ? La fatigue, sans doute. Avoir oublié que Décembre avait été chargé de retrouver Sofia Aldobrandi, après que celle-ci ait été enlevée sous ses yeux et ceux d’Alfonsi, tous deux réduits à la même impuissance par ce duo d’hispanisants qui avaient déjà démontré leur talent en assommant le privé à la triste allure dans l’appartement de Yann-Erwann, tennisman et néanmoins breton, amant d’Emma de la Bôle qui, au même instant, ou presque – tout s’accélérant d’une manière significative, lecteur, sinon signifiante – franchissait le seuil du Quai des Orfèvres, numéro 36. Non, si ces deux sbires qui, très vraisemblablement, appartenaient au collectif Burma, l’avait enlevée, Sofia ne pouvait être Vanessa, la première citée était donc encore vivante et la seconde le macchabée qui reposait dans un tiroir de la morgue avant que la marquise ne s’évanouisse dans les bras du commissaire. Lognon soupira longuement. Décidément, cette affaire était d’une complexité…