Archive pour missions spéciales

où Lapointe reprend conscience et où celle-ci reprend son flux

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , on juin 16, 2010 by michel brosseau

Le jeune Lapointe crut que son esprit lui jouait des tours quand il ouvrit péniblement les yeux, encore sonné par le coup que le ventru rougeaud lui avait asséné sur la nuque, apercevant réunis autour de lui tous les protagonistes de l’enquête : oui, tous étaient là, de Vanessa à Alfonsi en passant par Binet et Yann-Erwann, et même Emma de la Bôle marquise sortie deux jours plus tôt à il ne savait plus trop quelle heure parce que quand même ce salopard de petit gros l’avait pas raté et que s’il pouvait le tenir dans un coin entre quatre z’yeux il lui ferait comprendre comment qu’il s’appelait et que sûr qu’il le regretterait l’enfant de salop de l’avoir cogné comme ça en traître et pendant le service en plus que si il voulait il pourrait ramasser un max d’indemnités et peut-être même une rente à vie que ça serait bien mérité parce que quand on voit les risques qu’on prend et puis comment que c’est qu’on est remercié y’a des fois on a envie de dire stop et de tout plaquer parce que c’est bien gentil de travailler avec une vedette comme Lognon mais qui c’est qui reçoit les honneurs et qui fait la une des journaux pendant que vous vous vous prenez des coups sur la gueule et vous passez votre temps à taper des rapports à la con et que de toute façon écrire ça a jamais été votre truc à vous et que si vous avez fait flic c’était sûrement pas pour faire de la littérature qui finit au fond d’un placard dans le bureau du grand patron et puis quand voit des fois comment que les juges y jugent et ben c’est à vous dégoûter et que si vous l’aimiez pas ce boulot ou que si c’était que vous auriez su quoi faire d’autre y a longtemps que vous vous seriez tiré et puis sans hésitation ni ça de regret encore parce que les coups tordus et les missions à la mords-moi le nœud quand tu bosses avec un mec comme Lognon faut pas dire mais t’étais servi et même plus souvent qu’à ton tour et que si un jour il racontait tout ce qu’il savait sur comment c’est que ça se passe en vrai avec Lognon et ben y en a plus d’un qui serait surpris et que ça ferait du bruit dans la presse et tout si c’est qu’y causait un jour de ce qui savait que même ça en intéresserait plus d’un et qu’un de ces jours il hésiterait pas qu’il balancerait tout parce que y a un moment ça suffit les conneries…

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où l’on pourrait croire que de primesautier à perspicace il n’y a qu’un pas

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Milan Moneste with tags , , , , , , , , , , , on juin 1, 2010 by michel brosseau

La terrible contrariété qu’affichait le visage renfrogné de Lognon n’était nullement due aux propos du jeune Lapointe qui, ayant tout l’avenir devant lui – à moins que cette mission quelque peu aventureuse ne soit sa dernière et que demain dans le journal il n’y ait son portrait – pourrait corriger cette confusion entre fiction et réalité dont témoignaient ses dernières réflexions,  contrariété provenant encore moins du peu de perspicacité de son collègue qui, dans son raisonnement quelque peu primesautier, oubliait les coups distribués par les membres du collectif Burma à ce pauvre Alfonsi, privé de son état, mais contrariété trouvant son origine dans le spectacle que venait de capter, quelques secondes durant – le jeune Lapointe ayant été à ce moment précis obligé de ralentir en raison de la densité du trafic, balançant un coup de trois fébrile qui fit grincer les pignons de boîte – son regard porté machinalement en direction du trottoir : hallucination ou réalité, n’était-ce pas Emma de la Bôle et l’ineffable Marie-Mathilde, de son état nièce de la précédente et figure haute en couleur de la scène indépendante du slam parisien, attablées à une terrasse de café, et en pleine discussion avec – Lassoupâh n’osait le croire, mais qui d’autre aurait osé sortir avec un imperméable aussi crasseux et dépenaillé ? – le privé à la triste allure, Doumé pour les intimes, qui décidément ne reculait devant rien pour honorer le contrat qu’il avait passé avec la marquise sortie de chez elle deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures – soit environ 46 heures et 30 minutes auparavant – sa présence en ce débit de boissons attestant de son évasion d’entre les griffes de ses ravisseurs… À moins… À moins que le jeune Lapointe tout à l’heure n’ait été plus perspicace que primesautier… Et qu’Alfonsi n’ait été de mèche avec le collectif Burma ! Non !… La ficelle était trop énorme, comme aurait dit Milan Moneste. Beaucoup trop énorme !…

où le nom de qui vous allez deviner reste tu

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , on mai 7, 2010 by michel brosseau

Emma de la Bôle, marquise, tante d’une Marie-Mathilde en compagnie de laquelle elle se trouvait quelque part dans Paris, sans que je puisse vous en dire beaucoup plus, non par nécessité narrative, mais par totale ignorance, ou même, osons vous le confesser, lecteur, parce que le cadet de nos soucis ce qui peut bien lui arriver en ce moment à Emma de la Bôle, et où elle pose ses escarpins, ombre tutélaire la marquise, mais pas plus tout de même qu’une ombre, silhouette lointaine que même son penchant pour Yann-Erwann, éminent tennisman et néanmoins breton qui, à l’heure actuelle, non pas croupissait dans les geôles de la République, mais attendait patiemment dans le bureau du jeune Lapointe que l’on daigne enfin lui poser quelques questions, se demandant si Emma voudrait encore de lui après sa fuite en Bretagne, Emma qui l’aimait (c’était ce qu’elle disait !) mais l’avait mis, plus qu’en émoi, en mauvais pas, Emma veuve et sortie deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures en ignorant qu’elle l’était déjà, Emma qui, pour être franc avec vous, lecteur, importait peu au moment où Alfonsi, ayant fait signe au serveur de la brasserie voisine de lui amener un autre verre – son neuvième double pastis –, se penchait vers Lognon et lui déclarait entre deux soupirs anisés : « Commissaire, une mission terrible qu’ils avaient confié au marquis !… Un jeune retraité comme lui !… Une décision du ministre en personne ! Pas celui d’aujourd’hui, non !… C’était avant !… Du temps de qui vous savez… Promis à un bel avenir, comme on dit !… Mais chut !… Que son nom soit tu !… Pas même d’initiales, rien !… Comprenons-nous à demi-mots, commissaire !… Bref ! Pour en revenir à la mission du défunt marquis à sa marquise, il s’agissait ni plus ni moins de faire place nette !… En gros, du nettoyage au Kärcher, quoi !… »

où Alfonsi se décide à parler

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , on mai 4, 2010 by michel brosseau

« Vous aussi, commissaire, vous vous dites sûrement que si cette satanée de marquise avait pas foutu les pieds en dehors de chez elle sur les coups de cinq heures, on serait pas dans la mouise jusqu’au cou, vous et moi, hein ! » C’était bien la peine que Lognon, lui si fatigué, au bord de l’épuisement tant intellectuel que nerveux, déploie de tels efforts d’attention afin de déceler le moment propice pour questionner Alfonsi. Son septième double pastis ingurgité, aussitôt s’était affiché sur le visage émacié du privé une sorte de rictus nerveux que le commissaire connaissait bien : à plusieurs reprises, en effet, il avait pu constater que cette légère torsion de la lèvre supérieure, accompagnée d’un imperceptible clignement de l’œil gauche et d’un non moins discret mais néanmoins bien réel plissement des rides frontales, annonçait systématiquement que l’heure des confidences avait sonné. « Parce qu’on y est bel et bien, dans la mouise ! Qu’on sait même plus comment que c’est qu’on pourrait s’en sortir… Vous, avec votre grand patron qui vous cogne sur les doigts !… C’est qu’on met pas le nez dans les affaires d’une marquise sans s’attirer des ennuis !… Surtout quand ladite de marquise était maquée à un ancien ambassadeur itinérant à la retraite mais néanmoins chargé d’une mission plus que spéciale… C’est lui-même qui me l’a dit ! Vous voyez Lognon, je me fous pas de votre gueule, comme on dit, hein !… Je déballe ! Et du lourd, encore que je déballe !… Et vous savez pourquoi ? Je sais bien ce que vous pensez… Que j’ai atteint ma dose, mon seuil limite… Qu’au septième double pastis, c’est toujours comme ça… Que de toute façon, avec un minable dans mon style… Mais non, commissaire, c’est pas la peine de le nier !… Je sais bien comment que c’est que vous me considérez… Ou plutôt, comment que c’est que vous me considérez si peu !… »

où la notion de bavure fait son apparition

Posted in Jean Valgrand, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , on février 9, 2010 by michel brosseau

Abasourdie depuis l’entrée en scène de cet énergumène quasi édenté qui déclarait se nommer Jean Valgrand (ce sourire qu’il avait affiché tout à l’heure, quelle horreur !), la marquise ne songeait nullement à sortir comme elle l’avait fait la veille, aux environs de dix-sept heures. Non, sa seule préoccupation était désormais de gérer la présence de cet individu bien connu des services de police et de certains milieux interlopes. « Valgrand ! C’est l’nom d’ma mère !… Jean, c’était une idée à Maigret… son père qui s’appelait comme ça !… Jean Valgrand !… Mais personne m’appelle par mon nom… Partout, c’est J.V. qu’on dit !… J.V. l’givré pour les intimes !… Mais trêve de déblatérations !… Aux faits !… Voilà!… J’ai conscience de ma part de responsabilité !… Si ! si !… J’ai ma part !… Parce que la voiture… Richard Lenoir, le boulevard… C’est simple, j’étais allé chez une connaissance à moi… L’épouse d’un militaire !… Mais chut !… Discrétion !… Que voulez-vous, c’est la nature…. Tel père, tel fils !… Mais moi, j’ai pas d’enfants, moi!… Non!… Bref!… Un officier qui fait crapahuter ses gars en Afghanistan… Vous connaissez l’Afghanistan ? C’est joli, là-bas… Enfin bref, j’ai un peu abusé, quoi… Moi, l’afghan, c’est… Comment on dit, déjà ? Mon péché mignon !… Enfin vous voyez, quoi ! J’vous fais pas un dessin… Avec le mari de la dame qui s’trouve sur place !… Bref ! J’abuse un peu… Je m’amuse aussi… Et paf ! comme ça m’arrive des fois !… Je gère pas bien !… Mal dans ma tête ! Ce gros con à chapeau qui r’vient sans arrêt ! Y m’cause mal… Y m’dit des trucs… C’est à cause de la pipe à beu, en fait… J’ai fixé la pipe, et j’l’ai vu qui apparaissait… et puis qui grossissait, qui grossissait… énorme qu’il était… J’ai trop pris d’trucs dans ma vie… Trop ! trop !… alors comme ça, des fois, j’disjoncte !… Il était là à m’asticoter !… J’entendais ma mère qui pleurait… L’horreur ! l’horreur !… Alors, ni une ni deux, j’t’ai foncé à l’appartement… Parce qu’il est à moi c’t’appartement ! Enfin, il devrait être à moi !… dégueulasse… l’avoir légué aux bonnes œuvres de la police !… rien à foutre que son gamin couche sous les ponts… merde, et la maison de Meung sur Loire ? J’aurais dérangé personne, là-bas !… mais non, que dalle ! Crève, Jeannot ! Crève ! Alors, vous comprenez, la voiture en contre-sens, c’était moi qu’y v’naient chercher, les poulagas… J.V. l’givré qui tapait son scandale !… Mais j’vous aid’rai à prouver qu’c’est une bavure ! J’vous aid’rai ! »

où le collectif Burma explicite ses intentions

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on février 2, 2010 by michel brosseau

Selon les dernières informations en notre possession, madame la marquise de la Bôle, lorsqu’elle sortit, la veille, aux environs de dix-sept heures, ignorait encore l’existence du collectif Burma, et ne se doutait sans doute même pas que son marquis de mari ait pu avoir pour mission de traquer de pareils individus. Fatale ignorance ! Fatale insouciance ! Comment avait-elle pu ainsi vaquer à ses aventures extraconjugales (sans néanmoins trouver là source à l’écriture d’une ribambelle de romans, faisant ainsi preuve d’une retenue que l’on ne peut que louer) tandis que dans l’ombre de quelques appartements miteux, qui sait même, peut-être dans des caves d’habitations à loyer modéré, ou dans les arrière-salles de quelques gargotes interlopes, de mystérieux activistes fomentaient leurs noirs et terribles desseins, ainsi que pouvait le constater Lognon qui, discrètement, venait de se placer près du patron afin de lire par-dessus son épaule la lettre retrouvée par Alfonsi dans l’une de ses poches, tandis que, quittant l’appartement de Yann-Erwann, etc. :

PARIS, LE 24 AVRIL 2007

NOUS, MEMBRES DU COLLECTIF BURMA, PASSÉS À LA CLANDESTINITÉ POUR FUIR LES ACTIONS BARBOUZARDES DE L’ÉTAT FRANÇAIS, AFFIRMONS NOTRE INTENTION DE LIBÉRER LE CHAMP POLITIQUE DE TOUTES LES FORMES DE FICTIONS ACTUELLEMENT EN COURS.

NOUS NOUS ENGAGEONS NOTAMMENT À TOUT FAIRE POUR QUE LA FICTION, TEMPORAIREMENT DEVENUE L’ARME DES PUISSANTS, SOIT ARRACHÉE À CEUX-CI ET REDEVIENNE L’ARME DE SUBVERSION QU’ELLE N’AURAIT JAMAIS DÛ CESSER D’ÊTRE !

NOUS NOUS DÉCLARONS PRÊTS À UTILISER TOUS LES MOYENS À NOTRE DISPOSITION POUR LUTTER CONTRE :

L’ÉCRITURE DU ROMAN NATIONAL ET DE SON PENDANT IDENTITAIRE

L’ACCAPAREMENT DU PICARESQUE POUR LE MARKETING POLITIQUE

LES ÉPOPÉES GUERRIÈRES ET ANTI-TERRORISTES

LES FEUILLETONS JUDICIAIRES

LE DÉTOURNEMENT DU TRAGIQUE À DES FINS D’ANALYSES ÉCONOMIQUES…

LE TEMPS DE L’INSURRECTION RHÉTORIQUE EST VENU !

Même s’il n’avait pu que survoler les dernières lignes, son épatant appendice nasal l’ayant obligé – qui, parmi vous, ne l’avait deviné ? – à s’écarter brusquement de son supérieur hiérarchique, Lognon était désormais convaincu qu’il se trouvait chargé d’une affaire hors norme. Quand Milan Moneste apprendrait ça !…

où l’on épargne des redites au lecteur, et où celui-ci en apprend un peu plus sur le marquis de la Bôle

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , on février 1, 2010 by michel brosseau

Lognon se devait de commencer par le commencement : la marquise, la veille, était sortie de chez elle aux environs de dix-sept heures, pour aller à la gare Montparnasse où, etc. Vous comprendrez aisément, lecteur, que nous coupions illico court à ce récit, préférant perdre énormément en réalisme plutôt que vous importuner par des redites ! Bref, en un mot comme en cent, allons à l’essentiel, et intéressons-nous à ce que déclara le commissaire quelques minutes plus tard : « L’affaire se corse, patron… Jamais, au départ, je n’aurais imaginé qu’elle prenne un tour aussi complexe. Parce que, si Jean Valgrand est mêlé à cette histoire…. J’ai comme un mauvais pressentiment. Rien de précis, pour l’instant, mais… Parce que vous comprenez, la mort d’un homme comme le marquis de la Bôle… Un homme de sa stature… Ce n’est tout de même pas rien, qu’un ambassadeur itinérant… Vous voyez ce que je veux dire ? Et puis ses relations !… Je ne sais pas, mais, on me dirait que le marquis n’est pas mort accidentellement… Qu’on a forcé un peu le destin, si vous voyez ce que je veux dire… Parce que les hasards s’accumulent, tout de même ! Ils s’accumulent même trop, à mon goût… Allez m’expliquer ça : primo, la bonne du marquis qu’on retrouve strangulée le jour où André de la Bôle meurt dans cet… « accident »… deuzio, l’amant de sa femme qui disparaît sans laisser de traces jusqu’à ce jour, et troizio, dans l’appartement de celui-ci, qui retrouve-t-on comme par hasard ? Le privé Alfonsi, employé par le marquis de la Bôle pour surveiller sa bonne… Alfonsi, assommé dans une baignoire, avec dans sa poche une lettre signée par un certain collectif Burma… » Le patron pâlit soudainement. Réajustant son nœud de cravate tout en se levant de son fauteuil, il vint tapoter l’épaule de Lognon et, le toisant de toute sa hauteur, lui déclara d’un ton paterne : « Je vois que vous en savez déjà beaucoup, commissaire. Encore une fois, vous avez su montrer à quel point vous êtes un fin limier, comme l’on dit dans les romans populaires !… Et je ne peux que vous en féliciter. Mais il est aussi de mon devoir de vous avertir, et ce, tout autant afin de vous protéger que de permettre à l’enquête de se dérouler au mieux : vous touchez là à un domaine extrêmement sensible, mon brave Lognon. Comment vous dire ? Ce collectif… » Le patron fit quelques pas dans son bureau, comme hésitant à poursuivre. Puis, après avoir glissé sur le parquet avec l’aisance du danseur mondain, il se campa devant Lognon et lui dit : « Inutile de tergiverser !… Au vu de ce que vous savez déjà, autant ne rien vous cacher ! André de la Bôle n’était pas un retraité ordinaire. Connaissant ses états de service irréprochables, quelques-unes des plus hautes personnalités de la République avaient décidé de lui confier une importante mission, une mission capitale : monsieur le marquis était chargé de surveiller les agissements du collectif Burma, et même d’employer tous les moyens nécessaires pour en éliminer les membres. Oui, les éliminer Lognon. Parce que ce collectif Burma représente un immense danger, Lognon. Immense !… Mais, dites-moi, cette lettre…»