Archives de témoins

où intervient l’un de ces événements bien utiles pour relancer l’action

Posted in flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , on mai 27, 2010 by michel brosseau

Vers quelles horreurs allait l’entraîner cette satanée marquise sortie de chez elle deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures? Lognon demeurait bouche bée, immobile au milieu de l’indescriptible désordre qui caractérisait le bureau du jeune Lapointe, sous les yeux étonnés, voire même consternés et vaguement inquiets du tennisman et néanmoins breton qui pensait qu’on allait lui proposer de s’en aller maintenant qu’il avait dit tout ce qu’il savait de l’affaire (c’est-à-dire pas grand-chose), Yann-Erwann qui, manquant décidément d’imagination, ne pouvait envisager pourquoi le commissaire à l’épatant appendice se tenait ainsi le regard fixe et la mine défaite – non de la fatigue et de la tension accumulées durant ces dernières 48 heures, cette fois c’était autre chose, mais cela aussi l’armoricain ne le savait pas – faisant sautiller son téléphone portable au creux de sa paume large et puissante – car contrairement à Swann le stranguleur, Lassoupâh possédait de véritables mains d’étrangleur –, marmonnant quelques propos incompréhensibles desquels ne se détachait qu’un mot revenant semblait-il plus souvent que les autres : « … pourquoi ?… » Demeuré dans cet état de trouble intense pendant quelques minutes, le commissaire finit enfin par se reprendre. Sortant un de ses légendaires mouchoirs de la poche gauche de son pantalon, la droite servant depuis toujours à abriter son briquet de secours, au cas où un malotru lui aurait dérobé le sien, ce qui arrivait fréquemment, car nombreux sont les mauvais esprits qui s’enorgueillissent de parvenir à tromper la vigilance et l’esprit d’observation quasi mythique de ce flic hors pair, Lognon se moucha bruyamment, signe qui, pour tous ceux qui le connaissaient, traduisait son retour à un état de pleine conscience. Puis, après avoir composé un numéro sur son téléphone et attendu quelques secondes à peine, il prononça ces paroles que Yann-Erwann eut bien du mal à reconstituer quand, dans un souci de réalisme et d’exactitude, nous avons pris soin de l’interroger sur ce qui s’était passé à ce moment-là, et dont il avait été le seul témoin. « Allo ! Lapointe ?… Lognon au bout du fil… Une mauvaise nouvelle, mon petit !… Décembre… » En prononçant le nom de son fidèle collègue, le commissaire aurait, selon les dires du tennisman et néanmoins breton, eu un tremblement dans la voix. « Décembre… J’arrive pas à y croire… Tu te souviens des deux types qui ont enlevé Sofia Machinchose… Oui, l’espèce de nom rital, oui… C’est ça ! Aldobrandi… Ils ont réussi à kidnapper Décembre, les salauds !… »

où Binet verbalise ce dont il a été le témoin

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , on février 11, 2010 by michel brosseau

La marquise n’eut pas à sortir comme elle l’avait fait, la veille, aux environs de dix-sept heures, occupée qu’elle était à lire et relire, circonspecte, les noms qui figuraient sur la liste établie par son marquis de mari. Circonspecte, oui, et même affichant une moue franchement dubitative. Mais laissons-la à ses réflexions et relectures, trop respectueux que nous sommes de cette nécessaire méditation sur le texte, et rejoignons Alfonsi qui, à tout hasard, s’est rendu au buffet de la gare d’Austerlitz après que Binet lui ait fait quelques révélations. Celui-ci avait en effet aperçu, peu de temps après le passage du privé, deux hommes aux vêtements plus que défraîchis entrer dans l’immeuble du bellâtre aux raquettes (c’est ainsi que l’homme au tour à bois nomma Yann-Erwann lorsqu’il fut en confiance avec Doumé). Deux types qui avaient l’air bizarre au moment de leur arrivée, et qui étaient carrément plus que louches à leur sortie de l’immeuble. Comme paniqués, un peu. On sentait bien qu’il s’agissait d’un départ précipité. Et en plus, ils étaient pas d’accord tous les deux. Pour parler simple, on aurait même pu dire qu’ils s’engueulaient. Non pas que Binet ait cherché à entendre ce qu’ils disaient, mais comme ils étaient sur le trottoir de l’autre côté de la rue, pile poil en face de chez lui… Ce qu’ils se racontaient exactement, il n’en savait trop rien. Parce qu’ils avaient un accent drôlement marqué, genre espagnol ou Amérique du sud. Mais il avait bien vu comment qu’ils gigotaient des bras et des mains comme deux gars en colère. Il lui avait même semblé à un moment que le petit gros – parce qu’il y avait un petit gros plutôt rougeaud de teint, et puis un grand échalas tout maigre, l’air malade du foi, bruns tous les deux – que le petit gros, il expliquait à l’autre que c’étaient pas des méthodes comme il fallait en avoir aujourd’hui que de cogner comme ça… Que ça se terminerait forcément mal un jour, toutes ces bagarres à la moindre occasion. Ils s’étaient engueulés cinq dix minutes comme ça, et puis après ils avaient essayé de choper un taxi. Sans succès ! Trois ou quatre taxis qui étaient passés. Et libres, pourtant ! Mais pas un seul qui s’était arrêté. Faut dire aussi, vu la dégaine des deux lascars !… Avec un peu de chance, ils étaient arrivés d’Espagne il y a peu. Comme vous pouvez le constater, ça gambergeait dans la tête d’Alfonsi. Si habillés comme des clodos, plutôt en train qu’en avion. Se remarquait pareil duo. Avaient peut-être pris quelque chose au buffet en arrivant. Interroger les taxis aussi. C’était quand même pas des manières d’assommer les gens comme ça!

où, paradoxalement, le commisssaire Lognon parle davantage que madame la marquise

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , on janvier 26, 2010 by michel brosseau

Une fois déglutie la dernière miette du jambon beurre, et ce grâce à l’aide d’une grande lampée de bière, la marquise, peu habituée à ce genre de nourriture mais néanmoins, comme elle l’écrira sans doute plus tard dans ses Mémoires, absolument charmée par ce pique-nique impromptu dans les locaux de la police, retrouva non pas ce teint de pêche dont elle avait le secret et qu’elle affichait encore fièrement la veille lorsqu’elle était sortie aux environs de dix-sept heures, mais tout au moins un visage un peu plus présentable. Assis en face d’elle, le commissaire Lognon se balançait nonchalamment sur son siège, les yeux perdus dans la fumée de sa pipe, instrument fumatoire qu’Emma l’avait aimablement autorisée à allumer du fait de la continuelle tabagie de son défunt mari de marquis qui, la veille encore, etc. Après quelques instants d’un silence gêné, la marquise enfin rompit la glace, lançant comme on se jette à l’eau : « Je vous dirai tout, monsieur le commissaire, absolument tout ! Mais à une seule condition : que vous me juriez sur ce que vous avez de plus cher au monde de ne jamais rien révéler à quiconque. Jurez-le-moi, commissaire, je vous en prie ! Commissaire, ne soyez pas insensible à la demande d’une veuve ! » « Allons, allons ! Du calme !Dites-moi plutôt ce que vous avez à me dire ! Et surtout, sans rien omettre, hein !… » La marquise se lança alors dans une longue complainte au sujet d’une certaine presse qui, peu scrupuleuse, n’hésitait pas à bafouer ce qu’il y avait de plus beau et de plus pur dans le cœur d’une femme, etc. J’ose espérer, lecteur, que vous avez saisi les raisons de ses circonvolutions oratoires et où elle voulait en venir, au bout du compte. D’ailleurs, même le commissaire l’avait compris. Posant sa pipe sur l’un des nombreux dossiers qui traînaient sur sa table de travail (car, si, sur de nombreux points, l’oncle Edouard avait eu une influence tout à fait positive sur le jeune Lognon, le fantasque inventeur lui avait en revanche transmis le déplorable exemple d’un désordre sans bornes), l’homme à l’épatant appendice nasal déclara d’une voix qu’il voulut bourrue, mais qui ne fut que nasillarde : « Inutile de vous fatiguer, madame la marquise. Vous avez été aperçue, hier soir, sur les quais de la gare Montparnasse. On a beau dire, mais la vidéo-surveillance, ça a tout de même du bon ! Sur les quais, oui, madame. Gare Montparnasse. Ne niez surtout pas, nous avons récupéré une copie des enregistrements. On vous y voit, en train de déambuler, visiblement inquiète, pendant toute la soirée. Vous n’avez quitté la gare que passé onze heures. Et cela, après avoir arpenté les quais chaque fois qu’arrivait un train en provenance de Brest. Le nierez-vous ? Et ce n’est pas fini, ma pauvre dame. Une autre révélation : l’un de mes inspecteurs, tout à l’heure, pendant que nous nous acheminions ici, m’a envoyé un texto, que je vous cite mot pour mot… Disparition Le Bris Yann-Erwann. Vous voyez que je ne vous cache rien, moi ! Disparu, monsieur votre professeur de tennis. Un homme charmant qui, comment dire, poussait semble-t-il le dévouement pédagogique jusqu’à vous recevoir chez lui plusieurs fois par semaine. Ne dites surtout rien ! Décembre, c’est le nom de mon inspecteur, m’a fait brièvement son rapport, pendant que je vous laissais appeler votre avocat et je ne sais quel directeur de cabinet du ministère de je ne sais quoi !… Ah ! La donne change, madame la marquise ! Finis les airs hautains et le mépris affiché ! Encore une fois, surtout ne dites rien !… Écoutez plutôt ce que m’a confié Décembre : alerté par la boîte aux lettres remplie à ras bord du dénommé Le Bris, il a interrogé un de ses voisins. Oh ! Vous le connaissez certainement. Au rez-de-chaussée de l’immeuble d’en face, un petit bonhomme plutôt âgé qui passe ses journées derrière sa fenêtre, soi-disant en train de bricoler sur son tour à bois. Me dites pas que vous ne l’avez jamais vu ! Lui vous connaît, en tout cas. Il vous a vu souvent avec le monsieur sportif, un grand gaillard toujours en survêtement… Vous alliez parfois manger au restau chinois qui fait le coin, d’après lui. Hé ! hé !… La donne change, madame la marquise, la donne change ! Surtout que c’est pas fini ! Ça ne fait presque que commencer !… » Là, le commissaire retira une pipe froide du présentoir qui ornait sa table de travail et, avec application, en emplit le fourneau. « C’est pas fini !… Et non !»