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où l’on apprend où se rendent le commissaire Lognon et le jeune Lapointe

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , on mai 31, 2010 by michel brosseau

Mieux vaudrait pour la marquise que personne de la maison n’ait à payer les pots cassés de sa sortie de chez elle, deux jours plus tôt, sur les coups de cinq heures. Lognon voyait le visage de celle-ci flotter devant ses yeux, la maudissant intérieurement tandis que le jeune Lapointe, la gorge serrée et les deux mains crispées sur le volant, tentait de rejoindre le plus rapidement possible la zone industrielle nord de Vitry-les-Ulis. C’était là qu’il se rendait, suite aux indications reçues par le commissaire. Celui-ci, appelant Décembre à la fin de l’interrogatoire de Yann-Erwann, avait eu la mauvaise surprise d’entendre, au lieu de la voix de son fidèle inspecteur, un inconnu au fort accent hispanique : rendez-vous était donné dans une friche industrielle. « Le colétif Bourma aimerait discouter oune petit peu avec vous, commissaire… » Décembre se trouvant entre leurs mains, il fallait se montrer prudent. Et s’il décidait de l’éliminer, ces illuminés terroristes sortis on ne savait d’où ? À moins qu’ils ne veuillent se servir de l’inspecteur comme d’une monnaie d’échange. Mais contre qui ? Contre quoi ? Ou bien était-ce un piège destiné à faire définitivement basculer Lognon du côté de la fiction ? « Patron, je voulais vous dire… J’ai encore pas osé jusqu’à maintenant mais… Enfin voilà… L’autre jour, je réfléchissais et… Ben voilà, j’ai tapé Burma sur Google, et puis j’ai vu que… Vous, vous connaissez sûrement, le gars-là qui met le mystère KO… Alors je me suis dit comme ça, que si ça se trouve, le collectif, là, et ben ça serait des privés qui nous cherchent des noises que ça serait peut-être pas si étonnant que ça… » Lognon se contenta d’hocher la tête, visiblement extrêmement contrarié.

où le commissaire Lognon devient un modèle de patience pour le lecteur

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, marquis, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on mai 21, 2010 by michel brosseau

Lognon bourrait tranquillement sa pipe, certain qu’au final le récit entamé par Yann-Erwann éclairerait d’un jour nouveau ce qui s’était passé deux jours plus tôt, quand, peu de temps après que la marquise Emma de la Bôle née Saint-Nazère ait quitté son appartement, aux environs de dix-sept heures, Vanessa Aldobrandi, bonniche de son état se faisait stranguler par son amant jaloux, et ce non loin du boulevard Richard Lenoir où le marquis André de la Bôle était mort au volant de sa Bentley percutée de plein fouet par un véhicule de police circulant à contre sens et toute sirène hurlante, soi disant parce que ce dégénéré de Jean Valgrand tapait son scandale biannuel dans l’ancien appartement du gros Maigret !… « Oh ! pour ça, « ma p’tite marquise », on peut dire qu’elle était coquette !… Mais jamais vulgaire, hein !… De l’éducation, je vous dis pas !… Où que c’est qu’elle disait que ses parents ils l’avaient envoyée, gamine, pour faire ses études et tout et tout… » Pourvu que Moneste accepte de lâcher le morceau, cette fois-ci… L’occasion était trop belle ! La vérité sur la vie du commissaire… Tout sur son fils caché… Jean Valgrand… Drogué ! Givré ! Tatoué ! Se retournerait dans sa tombe, le vieux Jules !… Mais concentrons-nous ! Il en est où maintenant, notre tennisman armoricain ? « Emma, vous comprenez, elle aimait bien m’accompagner, des fois, à mes entraînements… Parce que, bon, hein, comme on dit… » Patience ! Le laisser faire… Il finirait bien par raconter ce qui s’était passé ce jour-là… Et avec un peu de chance avant qu’il fasse nuit !… N’en auraient plus pour longtemps, ensuite, tous ces lascars du collectif Burma… Plan épervier !… Opération coup de poing !… Et hop ! en cabane, les guérilléros de la fiction ! Parce que le jeu avait assez duré comme ça !… « On arrivait au gymnase Jean Moulin quand ils se sont décidés… Comment que je dirais ? À passer à l’action, en quelque sorte, hein !… »

où le commissaire Lognon se trouve soudain ragaillardi

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , on mai 17, 2010 by michel brosseau

Que les deux en question, mais aussi en suspens, soient, selon les dires de Yann-Erwann, dotés d’un fort accent hispanique, n’étonnera guère ceux qui, depuis janvier, suivent les tribulations de la marquise sortie de chez elle sur les coups de cinq heures. Lognon en aurait mis sa main à couper : il s’agissait des mêmes qui avaient mis une trempe à ce pauvre Alfonsi lors de sa visite dans l’appartement de Yann-Erwann. Et qui avaient donc subrepticement, ou profitant de sa perte de conscience passagère suite aux coups qu’ils lui avaient infligés – les deux hypothèses me semblent personnellement tout aussi valables l’une que l’autre – glissé dans la poche du privé à la triste allure le fameux message signé du collectif Burma. Il la tenait sa piste ! C’était du solide que lui amenait le tennisman mais néanmoins breton… Certainement les mêmes qui, sous les yeux de Décembre et d’Alfonsi, avaient enlevé de façon magistrale l’énigmatique Sofia Aldobrandi, soi disant jumelle de la Vanessa du même nom, elle même bonniche d’Emma de la Bôle retrouvée strangulée rue de la Folie-Méricourt après pétage de plomb passionnel du sentimental et jaloux monsieur Swann. Fabuleux ! Extraordinaire ! L’enquête avançait… Le piège, à coup sûr, allait lentement se refermer sur le collectif Burma… Mais attention!… Pas d’affolement ni de précipitation!… De la méthode !… C’était ça qu’il fallait en pareil moment… De la méthode ! Toujours de la méthode !… L’oncle Édouard, dans sa grande sagesse, n’avait-il pas coutume de dire que rien ne sert de courir pour qui part à temps en sachant où il va… Avant tout continuer de faire parler Yann-Erwann… Qu’il dise tout ce qu’il sait sur ces deux individus… Ensuite contacter Décembre pour lui demander s’il avait retrouvé la piste de la Sofia Aldo machin chose… Mais surtout ne rien transmettre au grand patron !… Lui mettrait à coup sûr des bâtons dans les roues… Un risque à prendre !… Faire éclater la vérité au grand jour !… Pas toujours bonne à dire, certes… Mais pas d’autre solution s’il ne voulait pas sombrer corps et âme dans la fiction !… Et puis, Milan Moneste avait déjà tant fait pour lui !…

où Lognon n’est pas loin de faire pleurer le lecteur

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , on avril 30, 2010 by michel brosseau

Sans cette marquise sortie à cinq heures de l’après-midi deux jours plus tôt, sans doute Lognon ne serait-il pas dans cet effroyable état de détresse morale et de fatigue extrême dans lequel le découvrit Alfonsi lorsque le jeune Lapointe l’emmena dans le bureau du commissaire afin d’être interrogé : il ne semblait en effet pas bien fringant, l’homme à l’épatant appendice, les deux mains enserrant sa tête, le regard fixe posé sur sa table de travail, un de ces regards vides, pas même tourné vers l’intérieur, non, simplement accroché à un détail inutile et vide de sens, l’un des objets qui s’étalaient devant lui, trombone ou couverture cartonnée d’un dossier, peu importe, n’importe quoi ferait l’affaire, n’importe quoi mais quelque chose, quelque chose qui le raccroche au réel, qui le maintienne parmi les hommes et la vie qui va tout autour, n’importe quel objet qui l’ancre, le retienne, se sentait tellement vide alors le pauvre Lognon – oui, lecteur, vous avez bien lu, le pauvre Lognon, parce que même derrière le flic, ne jamais oublier l’humain ! Allons, un effort, lecteur… On ne vous réclame pas de larmes, juste un peu d’empathie – se sentait tellement creux alors, incapable qu’il était de faire progresser son enquête, un pied dans la fiction et l’autre qu’il sentait déjà glisser, oui, il basculerait de l’autre côté, il le franchirait le miroir, puisque trop difficile tout ça, Vanessa strangulée et le marquis décapité, Yann-Erwann qui s’était enfui en Bretagne et Alfonsi passé à tabac, ce tocard de J.V. le givré et ce mystérieux collectif Burma auquel il ne comprenait rien, mais alors rien, sans compter le grand patron qui, sur ordre du ministère, venait de lui remonter les bretelles par voie téléphonique, et sans même prendre la peine de le convoquer, suprême insulte, fruit du bras long de la marquise et de sa nièce à la langue bien pendue, oui, il basculerait, puisque c’était comme ça, il basculerait et on n’en parlerait plus, et ce serait sans doute mieux comme ça…

où le commissaire Lognon réfléchit, divague, et de nouveau réfléchit

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Milan Moneste, Uncategorized, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on avril 29, 2010 by michel brosseau

Le commissaire Lognon en était là de ses réflexions, à peine 48 heures après que la marquise soit sortie de chez, déclenchant intempestive le cours de ce récit sinon les événements qui le composent. Il la tenait son explication, tout du moins le début de celle-ci : de bonniche, Vanessa se transformait en criminelle de grande classe, une beauté rebelle et fatale à tous ceux qui l’approchaient, une héroïne insaisissable toujours prête à défendre la fiction. C’est Milan Moneste qui allait être content ! Pas tous les jours qu’on vous livre sur un plateau un personnage d’aussi grande classe. Il allait se régaler, c’était certain. Il la qualifierait d’égérie du monde fictionnel en révolte. Il aimait bien ce genre de formule, le grand Moneste. Un peu comme l’oncle Édouard, en fait. Étrange que Lognon n’ait jamais fait le rapprochement auparavant. Maintenant qu’il y songeait, ça lui paraissait tellement évident. Si seulement il avait eu le temps d’écrire ses mémoires avant de mourir. Avec une vie aussi bien remplie et ce goût pour la langue qui rutile, les mots qui claquent et les pensées qui bousculent… Le commissaire divagua quelques instants, puis, vidant le fourneau de sa pipe dans le cendrier placé sur sa table de travail, et apercevant les mégots laissés là par Décembre, se leva d’un bond et se mit à tourner dans son bureau. Pourquoi donc n’y avait-il pas songé plus tôt ? La fatigue, sans doute. Avoir oublié que Décembre avait été chargé de retrouver Sofia Aldobrandi, après que celle-ci ait été enlevée sous ses yeux et ceux d’Alfonsi, tous deux réduits à la même impuissance par ce duo d’hispanisants qui avaient déjà démontré leur talent en assommant le privé à la triste allure dans l’appartement de Yann-Erwann, tennisman et néanmoins breton, amant d’Emma de la Bôle qui, au même instant, ou presque – tout s’accélérant d’une manière significative, lecteur, sinon signifiante – franchissait le seuil du Quai des Orfèvres, numéro 36. Non, si ces deux sbires qui, très vraisemblablement, appartenaient au collectif Burma, l’avait enlevée, Sofia ne pouvait être Vanessa, la première citée était donc encore vivante et la seconde le macchabée qui reposait dans un tiroir de la morgue avant que la marquise ne s’évanouisse dans les bras du commissaire. Lognon soupira longuement. Décidément, cette affaire était d’une complexité…

où Lognon lit quelques lignes

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , on mars 23, 2010 by michel brosseau

Drôle de patchwork qui s’était affiché sur l’écran, ces phrases sans queue ni tête, où pas une seule fois n’apparaissait la moindre référence, même déguisée, ni à la marquise ni à sa sortie à cinq heures : ça a débuté comme ça / dans ce bureau de crasse et de sommeil, dans ce décombre de ville momifiée et recuite dans son immobilité ruineuse, c’était comme une lézarde de ténèbres entr’ouverte en plein midi, comme le cauchemar pourri de ce sommeil séculaire qui crevait, qui se levait devant nous, qui descendait les marches / quelquefois pourtant, un curieux se haussait par-dessus la haie du jardin, et apercevait avec ébahissement cet homme à barbe longue, couvert d’habits sordides, farouche, et qui pleurait tout haut en marchant / il cessa d’éprouver comme un scandale d’être entouré d’éléments qui n’étaient pas à leur place, car, ayant pris conscience d’un monde différent, il comprit que cette vision pouvait s’étendre à la rue, à la Galera, à son complet bleu marine, à son emploi de la soirée, à son bureau demain matin, à sa décision de faire des économies, à ses vacances d’été, à son amie, à sa vieillesse, à l’heure de sa mort / comme c’était loin déjà, mille fois plus lointain que le souvenir de son premier amour ou de sa mère mourante, eût-il dit ! / la voiturette de la marchande de glaces et de sucettes était toujours à la même place, contre le mur de l’ancienne caserne, et, de son banc, il pouvait voir les enfants se presser autour, se bousculant, se haussant sur la pointe des pieds pour essayer de voir à l’intérieur de la glacière, quand la femme soulevait un des étincelants couvercles en forme de chapeau chinois, plongeait le bras et le ramenait avec au bout de la palette la motte de glace aux couleurs pâles : rose, vert d’eau ou jaune. Lognon ne poursuivit pas sa lecture plus avant. Birotteau avait certainement raison. Tout cela était codé. De l’anodin en apparence qui vous emmenait sûrement beaucoup plus loin. Le commissaire poussa un profond soupir. Quelle affaire ! « Birotteau, évidemment, vous me tenez au courant dès que vos gars ont pu décrypter ne serait-ce que le début d’un petit quelque chose… Je dois filer ! Il faut que j’aille jusqu’à Meudon… l’ancienne bonne chez les de la Bôle… J’y vais à tout hasard… Au point où on en est !… »

où les disques durs confirment qu’on n’a pas à faire à des tendres

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , , on mars 22, 2010 by michel brosseau

Les yeux fixés sur l’écran de l’ordinateur, teint pâle de fatigue et les traits tendus à l’extrême, Lognon semblait ne pas comprendre, lisant les uns à la suite des autres tous ces noms des membres du collectif Burma, pseudonymes plutôt, pas un seul ne manquant de faire référence à la littérature, improbable liste de personnages romanesques, tout aussi improbable que cette marquise qui s’obstinait à sortir à cinq heures. Cette affaire, décidément, bousculait trop ses habitudes. Cette façon qu’avait le réel de basculer sans prévenir du côté des bouquins. Trop de fantômes dans cette enquête, et même lui qu’on tentait d’attirer du côté des ombres. Il n’irait pas. Il résisterait. S’accrocherait. C’est la voix de Birotteau qui le tira de ses réflexions confuses. « Et ce n’est pas tout, commissaire ! Non seulement nous avons trouvé la liste de votre groupe terroriste, mais nous avons aussi réussi à accéder à un document qui pourrait fort bien correspondre aux actions qu’envisageait de mener le collectif Burma. Je vous rassure tout de suite, le marquis, prudent, avait stocké le fichier sur un disque dur externe banalisé doté d’un système de protection particulièrement élaboré. Je vous passe les détails, mais les gars du service info en ont bavé, croyez-moi. Et ce sont pourtant pas des débutants. Un système de verrouillage algorithmique doublé de boucles sensibles aléatoires. Un vrai joyau de technologie mis au point par les services américains. Autrement dit, ni la marquise, ni Alfonsi ou même J.V. le givré n’ont pu avoir accès à cette pépite. » Lognon demeura bouche bée : à quoi pouvait bien correspondre le charabia qui s’inscrivait sur l’écran ? Ses suites de chiffres et de lettres qui ne correspondait à aucune langue connue du commissaire… « Déroutant, n’est-ce pas ? Un document crypté. Et de manière très habile, là aussi. Vous avez affaire à des types parfaitement aguerris aux techniques les plus élaborées du renseignement. Vous voyez ces lettres capitales suivies de chiffres ? Il a fallu un bout de temps à nos spécialistes du code avant de comprendre. Tous nos logiciels d’analyse ramaient sans nous apporter le moindre éclaircissement. Le hasard, qui nous a sorti de la panade. Heureusement qu’un des gars du service codage/encodage a sa femme qui est bibliothécaire. Il se trouve qu’elle l’a appelé cette nuit, rapport au petit dernier qu’était fiévreux, pas bien… Enfin, je vous passe les détails. Elle lui parle de sa journée de boulot, d’un stagiaire infoutu d’indexer correctement les nouveautés reçues, et là, le flash ! Dewey !… Dewey, ça vous dit quelque chose ? Le classement des bouquins dans les bibliothèques !… » Décidément, des drôles de branque, ces types des labos. Les avançait à quoi de savoir ça ? Quand tous ces Ph suivis d’un numéro, à côté !… Pas du Dewey machin chose, ce truc-là !… « À partir de là, tout est devenu plus simple. Après vérification, il s’est avéré que les cotes présentes dans le document correspondaient toutes au référencement d’ouvrages présents à la bibliothèque nationale. Restaient ces Ph… Vous pensez bien que le chimiste que je suis a tenté, en vain, toutes les combinaisons possibles concernant le potentiel d’hydrogène… Fausse route ! Et pourtant, c’était simple ! Comme toujours… Tellement simple qu’on n’y pensait pas… Dewey… bouquins… ph… ou l’abréviation de phrase !… phrase d’un bouquin !… et le numéro, me direz-vous !… On a d’abord cru à la page… Mais ça ne marchait pas… La numérotation dépassait la plupart du temps la pagination des ouvrages désignés… Des numéros de phrase, en fait… Dans tel bouquin, allez chercher telle phrase, et vous obtiendrez le texte complet !… Astucieux, non ? Reste maintenant à savoir si les phrases elles-mêmes ont été choisies en fonction d’un code… Mais tout le service codage/encodage est mobilisé là-dessus… Priorité absolue… »