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où Lognon termine son histoire

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , on mars 13, 2010 by michel brosseau

La marquise était dans l’escalier, ayant cette fois franchi la porte de son appartement, non pas seule comme l’avant-veille désormais aux environs de dix-sept heures, mais en compagnie des flics de l’Inspection judiciaire, dont nous ne décrirons pas l’incroyable et néanmoins hétéroclite fatras qu’ils emmenaient avec eux, en vue d’analyses prochaines dans leurs labos. Pas le temps! Car pendant ce temps, au quai des Orfèvres, le commissaire Lognon poursuivait sa narration, tenant ses inspecteurs en haleine et cependant toujours aussi modeste: « … et sa femme qu’est bien incapable de lui expliquer où elle est passée la troisième pomme… bien trop honnête pour lui dire qu’elle l’a mangée alors que c’est pas vrai… mais je vous en dis trop !… l’oncle Édouard, lui, il savait tourner tout ça !… il savait amener le moment fatal où le mari, fou de douleur et de jalousie, il sort un couteau de sa poche et vlan ! il tue sa femme… comme qui dirait qu’il devient un assassin, comme ça, d’une minute à l’autre, sans rien prévoir… terrible !… et qu’il te la découpe en morceaux… et qu’il te met les morceaux dans un panier en osier… et qu’il va te jeter tout ça dans le Tigre… pas la bête, hein !… le fleuve que c’est là-bas qu’il s’appelle comme ça… une drôle d’idée… alors le gars, il fait sa besogne, aussi discrètement possible, pendant la nuit… il rentre chez lui sans bruit, pour pas attirer l’attention des voisins et pis aussi pas réveiller ses gamins qui sont couchés… seulement, quand il arrive près des chambres, il entend que ça pleure… il entre, toujours à pas feutrés… et il voit un de ses fils… il en avait trois, je crois… donc, il voit un de ses fils qui pleure comme c’est pas permis… il s’approche parce qu’il comprend pas… vu qu’il a rien dit à ses gamins au sujet de leur mère… il se demande si le gamin il aurait pas compris quèque chose… il lui demande ce qu’il a… et le môme qui lui explique en reniflant que ce matin, il avait pris une pomme dans le compotier pendant que sa mère dormait, et que la pomme, il l’avait emmenée dans la rue pendant qu’il jouait… mais seulement, la pomme, il se l’était fait piquer par un type qui passait par là et qu’avait rien voulu savoir de lui rendre ou quoi que ce soit… bref, pour ce qui est d’avoir commis une sacrée balèze d’erreur, on peut dire que le mari en question il était servi !… » Tous autour hochaient la tête en signe d’assentiment quand on frappa à la porte du bureau.

où Lognon joue les Schéhérazade

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , , on mars 12, 2010 by michel brosseau

Il y aurait tellement à en dire de cette femme qui, ni veuve ni marquise, et ne sortant vraisemblablement pas vers cinq heures, accompagna si souvent le jeune Lognon jusqu’aux rives du sommeil. Tellement à dire de l’image s’en faisait le gamin, et des conséquences que tout ça a pu avoir sur sa personnalité. Mais on n’a pas le temps de développer, déjà tellement de choses en suspens dans ce feuilleton. On voudrait pas lasser. Et puis, rien vous empêche de l’écrire, tout ça. D’ailleurs, peut-être de ça qu’on rêve : que tout le monde s’y mette et que ça fasse fleuve, et emporte tout sur son passage… « Cette femme, elle était comme qui dirait malade, en fait… un mal inconnu… alors, un jour, ça faisait un moment qu’elle était comme ça, alitée, vraiment pas bien et tout… et puis, vous voyez, à force de soins et tout, de médicaments, de médecins, et ben elle finit par guérir… mais c’est pas ça le plus important… en fait, une fois qu’elle est guérie, elle dit à son mari… il est super content, le mari… elle lui dit que pour fêter sa guérison, hé bien elle voudrait des pommes !… ouais, des pommes !… seulement, le mari, il est drôlement embêté, parce que les pommes, c’est pas la saison… alors pour en trouver… pas évident !… finalement, il se dit qu’il y a peut-être une solution : c’est d’aller dans le jardin du sultan à Bassorah… et que là, il devrait pouvoir en trouver des pommes… parce que le sultan côté jardin, il est super équipé… il a de tout toute l’année, quoi… alors, j’vous passe les détails, mais le mari en question, il s’arrange pour dégoter trois pommes… trois belles pommes !… il les ramène à la maison, et sa femme, elle est vraiment trop heureuse, quand elle voit les trois pommes… elles sont tellement belles qu’elle veut pas les manger tout de suite… elle les installe dans un compotier dans sa chambre… elle les regarde… elle leur parle… enfin bref, tout va bien… la mari, lui, il va en ville pour vaquer à ses occupations… ils disaient à l’époque, vaquer… donc, il vaque, quand tout à coup, qu’est-ce qu’il voit dans la rue, à pas deux mètres devant lui ?… «horreur, stupéfaction et damnation», qu’il disait à ce moment-là, l’oncle Édouard… et moi, je me souviens, je me relevais un peu dans mon lit, je me recalais le dos contre l’oreiller pour être bien confortable, et je lui disais… c’était comme un rituel entre nous… « un homme passa avec une pomme dans la main »… et lui, il hochait la tête, et hop ! il enchaînait : « il s’approcha aussitôt de l’inconnu et s’enquit d’où provenait cette pomme »… et là, le type en question, il lui fait, avec un grand sourire et tout : « c’est mon amoureuse qui me l’a offerte… » et d’ajouter que c’était là une preuve d’amour incomparable vu que les pommes, c’était pas la saison et que pour en trouver… évidemment que le mari, il a pas écouté l’autre gus jusqu’à la fin de son baratin…. ni une ni deux, le gars il file chez lui dare-dare directos dans la chambre de sa femme… où il est bien obligé de constater qu’il ne reste plus que deux pommes dans le compotier… je sais pas si vous voyez un peu !… et sa femme qu’est bien incapable de lui expliquer où elle est passée la troisième pomme… bien trop honnête pour lui dire qu’elle l’a mangée alors que c’est pas vrai… mais je vous en dis trop !… l’oncle Édouard, lui, il savait tourner tout ça !… »