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où s’éclairent les précédentes paroles de la marquise (même si cela a bien peu d’importance)

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Milan Moneste, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on mai 26, 2010 by michel brosseau

Yann-Erwann venait de terminer son récit par une déchirante scène d’adieux sur un quai de la gare Montparnasse, sa « p’tite marquise » qui avait la manie de sortir de chez elle à cinq heures encore sous le choc, pleurant de chaudes larmes sur l’épaule de son tennisman et néanmoins breton d’amant, s’excusant d’une voix entrecoupée de sanglots d’avoir eu le mauvais goût et l’extrême indélicatesse de ne rien trouver de mieux à faire en des instants si terribles, et tandis que son armoricain chéri se battait comme un diable et la sauvait des griffes de l’hispanisant hépatique et de son collègue ventru, d’appeler à la rescousse son marquis de mari qui, au moment des faits, avait encore la tête sur les épaules. « Les faits ! Toujours les faits !… Sinon, hein, on divague, et voilà-t-y pas qu’on complique tout alors que c’est déjà suffisamment tordu comme ça !… » Yann-Erwann regarda le commissaire d’un air interrogateur. Où voulait-il donc en venir ? « Ce n’est rien, mon petit !… Ce n’est rien ! Je pense, et paf !… Ne jamais trop penser ! Jamais ! Surtout dans ce métier !… Ça nuit ! Et pas qu’à la carrière !… Ça nuit tout court !… » Préciser que Lognon ne prit pas la peine de citer Maigret et son célèbre « Moi, je n’ai pas d’idées ! » n’étonnera guère le lecteur. Il est des sources auxquelles on s’abreuve sans jamais rien en dire. La relation complexe qu’entretenait Lassoupâh envers celui qu’il se complaisait à appeler « le gros », mélange d’admiration, de rancune et de haine, l’empêchait de reconnaître la dette qu’il avait envers lui. Combien d’heures avait-il pourtant passé à lire et relire le récit de ses aventures ? Même à Milan Moneste il n’avait jamais voulu en parler…

où la curiosité du lecteur n’est qu’en partie satisfaite

Posted in flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , on mai 16, 2010 by michel brosseau

Difficile d’imaginer la marquise sortie de chez deux jours plus tôt vers cinq heures pour aller chercher pareil énergumène à la gare Montparnasse. Et pourtant, pas de feuilleton sans ça ! Bien sûr, un développement serait certainement nécessaire afin d’analyser comment Emma avait pu ainsi avec Yann-Erwann… Peut-être même conviendrait-il de vous raconter leur première rencontre. Vous aimeriez savoir, et ça se comprend. Une curiosité tout à fait légitime qui vous agite là. Parfaitement ! Mais curiosité néanmoins malvenue. Après tout, ce serait s’immiscer dans l’intime. De quel droit le ferions-nous ? Et pour en tirer quoi ? Vous le savez aussi bien que moi qu’on y comprend rarement grand-chose aux histoires d’amour des autres. Et parfois même aux siennes ! Alors, à quoi bon ? D’autant plus qu’à la fin de l’épisode précédent, l’éminemment dialectique Yann-Erwann, tennisman et néanmoins breton, narrait dans son style inimitable comment un soir, tandis que lui et sa petite marquise, comme il l’appelle, se rendaient au restau chinois qui fait le coin de la rue – et dire qu’il a fallu tout un épisode pour que Yann-Erwann nous donne ces informations réduites ici à pas même une ligne ! – avait aperçu… « Deux types que j’ai senti tout de suite qu’ils étaient louches !… Me demandez pas le pourquoi du comment, encore aujourd’hui je saurais pas vous expliquer… C’est l’instinct, quoi, en fait !… Dès que je les ai vus, ces deux-là, je me suis dit : attention ! attention ! dix contre un que ça pue l’embrouille à plein nez… Et j’avais raison !… »

où Yann-Erwann prend la parole

Posted in flics et privés, marquis, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , on mai 13, 2010 by michel brosseau

« Alors, comme ça, vous me dites qu’elle serait sortie à cinq heures pour venir me chercher à la gare, et le jour même son mari mourait dans un accident de voiture !… Et en plus sa bonne qui se faisait assassiner, vous dites !… Et ben, dites donc !… Une sacrée chance que j’aie raté mon train, j’aime mieux vous le dire… Elle qui m’avait dit dans sa dernière lettre que la situation s’était calmée ! Moi, j’appelle pas ça du calme, toutes ces morts qui déboulent tout d’un coup… Parce que moi, si j’étais parti me mettre au vert, chez moi là-bas en Bretagne, c’était rapport à ce que je sentais bien que c’était pas prudent de rester à Paris… Un enfer, que c’était devenu, la vie, ici !… Au début, avec Emma, c’était… Je sais pas trop comment vous dire mais… Vous comprenez, moi les mots, tout ça… C’est pas que j’aime pas parler, hein !… Loin de là, en fait ! Loin de là… Enfin, avec Emma, c’était bien, quoi !… Comme qui dirait magique, même, un peu… Seulement, ça s’est gâté assez rapidement ! Sans que je comprenne vraiment comment que ça s’est goupillé, tout ça… Même aujourd’hui, je serais bien incapable de vous dire comment que tout ça s’est mis en route… Mystère ! Et pourtant, j’ai eu du temps pour réfléchir, pendant que j’étais là haut, dans le Finistère… Pas grand-chose d’autre à faire, hein ! Parce que le beau-frère, chez qui que j’étais planqué… enfin, quand je dis le beau-frère, façon de parler… en fait, je devrais dire l’ex de ma sœur aînée… parce qu’ils sont plus ensemble… même si bon, ils se voient tout le temps, hein !… mais c’est fini, quoi… Enfin, je vais pas vous raconter leur vie… Pourquoi je parlais de ça, moi ?… Ouais, ça y est, je reconnecte ! Le beau-frère… Enfin l’ex copain de ma frangine ! Et ben, c’est pas un bavard, comme gars… Pas un taiseux, non plus ! Non… Mais y cause pas beaucoup quand même… C’est pas son style. Mais comme on dit, hein, faut de tout pour faire un monde, en même temps… C’est vrai, quoi ! »

où Lognon, une nouvelle fois, se fâche

Posted in flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , on mai 11, 2010 by michel brosseau

« Yann-Erwann, s’il vous plaît, cessez de me regarder avec vos yeux ronds comme si vous n’aviez jamais vu un flic dans l’exercice de ses fonctions et dites-moi plutôt ce que vous savez au sujet d’Emma de la Bôle, et surtout sans rien oublier, parce que votre marquise qui sort de chez elle à cinq heures pour aller soi disant vous retrouver à une gare où vous étiez prétendument censé vous trouver alors que vous n’y étiez pas… Parce que, foi de Lognon, tout ça commence à bien faire si vous voyez ce que je veux dire. Tout ça commence même à me chagriner sérieusement ! Et oui, mon bonhomme, fini de jouer au jeu du chat et de la souris avec le commissaire. C’est terminé les vacances à se promener le long des côtes sauvages et batifoler sur les terres de légende !… Stop !… Terminus tout le monde descend !… Et je tiens à vous prévenir, mon petit Yann-Erwann, des coriaces, j’en ai connu depuis que je fais ce boulot. Mais j’en suis toujours venu à bout !… » Le tennisman mais néanmoins breton et accessoirement amant d’Emma de la Bôle poussa un grand soupir, avant de balbutier tout en se tripotant nerveusement les doigts : « Si tout ça pouvait seulement s’arrêter !… J’en peux plus, moi !… J’étais tranquille, et puis !… Vous savez, c’est pas par plaisir si je suis parti… Moi qui m’étais juré de plus jamais remettre les pieds en Bretagne !… Vous vous rendez compte ? Mais j’avais pas le choix !… C’était la seule solution, vous comprenez ? Parce que sinon, il me serait arrivé quoi ? Hein ! il me serait arrivé quoi ?… Déjà que… » Mais Yann-Erwann ne put terminer, les quelques syllabes qui suivirent se trouvant comme absorbés par les sanglots et les larmes…

où de considérations sociologiques en touches balzaciennes refoulées, il ne se passe pas grand chose

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , on mai 10, 2010 by michel brosseau

Footballeur, Yann-Erwann n’aurait très certainement jamais rencontré Emma de la Bôle, marquise sortie de chez elle deux jours plus tôt soi disant pour aller le chercher à la gare Montparnasse. Et sans doute ne se serait pas retrouvé dans le bureau du jeune Lapointe, éberlué devant un commissaire à bout de forces et pris d’une transe réminiscente (je me permets ici de faire un rappel de l’épisode précédent dans le but de faciliter la lecture, cet épisode paraissant un lundi, journée ô combien délicate à aborder pour beaucoup, chacun affichant une mine désespérée et revendiquant auprès de ses collègues et connaissances– ce qu’étrangement personne n’ose faire les jours suivants – une forme très relative et des capacités intellectuelles plutôt réduites, chacun voulant faire croire qu’il a passé un week-end incroyable, où il s’en est mis dans la tronche autant que les Stones et Led Zep réunis un soir de tournée). Mais trêve de considérations sociologiques ! Que disions-nous ? Yann-Erwann !… Éberlué !… Lognon en transe… Le tennisman dans les bras d’une marquise… Tandis qu’un footballeur… Bref ! Tout ça pour dire qu’un destin, ça tient à pas grand-chose. À trois fois rien que votre vie se trouve suspendue. Le père de Yann-Erwann n’eût pas fréquenté, en tant que vétérinaire à Plonévez-les-Kernuts, et… Mais vous avez raison, je m’égare. Pourtant, une petite touche balzacienne sur la vie des professions libérales au sein de nos régions… Non ?… Le court de tennis du notaire… Vraiment ?… Et le médecin de famille qui… Même quand la mère de Yann-Erwann a… Tant pis !

où l’on récapitule ce qui attend le commissaire Lognon

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , on avril 9, 2010 by michel brosseau

En rentrant, ce matin-là, au quai des Orfèvres, le commissaire Lognon avait un programme sacrément chargé pour quelqu’un qui venait de passer une nuit blanche :

1. la marquise encore dans son bureau, minaudant et menant en bateau le jeune Lapointe quant à sa sortie prétendue à seize heures trente deux jours plus tôt, fredonnant de temps à autre la mélodie du grand standard de la musique cajun intitulé « Les zaricos sont pas salés », mélodie simple mais tellement efficace quant à sa capacité d’ancrage dans la mémoire qu’elle en devient un redoutable outil de torture psychologique, ce qu’Emma de la Bôle n’ignorait sans doute pas, eu égard aux états de service de son défunt mari… (mais nous ne disons déjà trop !)
2. la présence bruyante et vindicative de Marie-Mathilde Saint-Nazère, dont nous ferons le portrait plus tard, ceci afin de ne pas être accusé de privilégier la plèbe au détriment des heureux bénéficiaires du bouclier fiscal (le glaive qui va avec, il ressemble à quoi ?)
3. l’irruption, tel diable en boîte, du prétendu stranguleur de la demoiselle Aldobrandi, ce qui ne peut que surprendre, l’assassin ayant davantage tendance à toujours courir qu’à venir de son plein gré se faire coffrer
4. l’arrivée prochaine du tennisman breton et néanmoins amant d’Emma de la Bôle, Yann-Erwann Le Bris, via la gare Montparnasse
5. la mise au point nécessaire avec Alfonsi, dont la triste allure ne doit point vous faire perdre de vue, lecteur, qu’il en sait vraisemblablement plus qu’il ne veut bien le dire (ce dont nous ne pouvons le blâmer, ce dernier point créant entre le privé et votre serviteur un point indéniablement commun… de là à dire, cependant, que nous partagions d’autres caractéristiques, ce serait aller un peu vite en besogne !…)

Aussi, après récapitulatif d’un tel programme, ne serez-vous pas étonné que Lognon, à peine arrivé au quai, commença par trifouiller dans les poches de son imperméable afin de trouver un peu de monnaie, puis, se remémorant soudain l’absence de machine à café, demanda au flic de service à l’accueil d’aller commander une série d’expressos serrés à la brasserie d’à côté.

où Lognon a quelque chose de chamanique

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on mars 6, 2010 by michel brosseau

Lognon affichait le même sourire étrange qui était apparu sur son visage, environ une heure auparavant, quand, s’arrêtant pour contempler la Seine quelques instants avant de rejoindre son bureau, il avait eu cette pensée soudaine, l’une de ces fulgurances qui le traversaient parfois, incontrôlables et venues on ne savait d’où, formules qui s’imposaient à son esprit agité alors d’une forme de transe – oui, Lognon avait en ces instants quelque chose de chamanique, ces mouvements d’épaule incontrôlés et ce regard fixe qui donnait l’impression aux inspecteurs qui l’entouraient que toute la concentration du commissaire s’était fixée sur un point, central et décisif, un point qui, une fois éclairci, permettrait de dérouler les fils de l’affaire avec une aisance si extraordinaire qu’on aurait pu aisément la qualifier de magique – cet homme à l’apparence si ordinaire, cet enrhumé endémique, ce mal fichu de l’existence, allait, dans ces instants d’exception, jusqu’à faire oublier la disgrâce de son épatant appendice nasal, ces poches bourrées de mouchoirs sales auxquels s’accrochaient tout un tas de bouts de tabac et parfois même de cendres froides, ce presque paria qui dans un bar avait tant de mal à attirer l’attention des serveurs et repartait plus d’une fois sans avoir pu passer commande, découragé et blessé jusqu’aux tréfonds de son âme, se transfigurait littéralement dans ces moments de grâce où il entendait celle qu’il avait nommée sa voix secrète lui énoncer la révélation qu’il attendait depuis le début de son enquête, cette évidence claire et complexe comme l’eau du rêve, enfin survenue, enfin verbalisée, puissante et dévastatrice, jouissive, superbe et comme toujours tellement simple : la marquise, concentrer ses efforts sur cette marquise, sortie à dix-sept heures, et pourquoi donc dix-sept heures, l’impression d’une réminiscence, laquelle on verrait plus tard, ne rien brusquer, et si plus tôt, et si avant la gare Montparnasse et tenter de retrouver Yann-Erwann, oui, la marquise, se focaliser sur elle, déjà l’identité judiciaire chez elle, bon point, pression, ne plus la lâcher, ses appuis au ministère, mais le pays en danger, bien au-delà de sa petite personne, foutue grande dame, bien au-delà, et puis, le sens du devoir, et pourquoi pas du sacrifice, et ne jamais perdre de vue qu’en danger lui aussi, collectif Burma, qu’il dégénère en pure fiction, résister…