Archive pour rock

où de considérations sociologiques en touches balzaciennes refoulées, il ne se passe pas grand chose

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , on mai 10, 2010 by michel brosseau

Footballeur, Yann-Erwann n’aurait très certainement jamais rencontré Emma de la Bôle, marquise sortie de chez elle deux jours plus tôt soi disant pour aller le chercher à la gare Montparnasse. Et sans doute ne se serait pas retrouvé dans le bureau du jeune Lapointe, éberlué devant un commissaire à bout de forces et pris d’une transe réminiscente (je me permets ici de faire un rappel de l’épisode précédent dans le but de faciliter la lecture, cet épisode paraissant un lundi, journée ô combien délicate à aborder pour beaucoup, chacun affichant une mine désespérée et revendiquant auprès de ses collègues et connaissances– ce qu’étrangement personne n’ose faire les jours suivants – une forme très relative et des capacités intellectuelles plutôt réduites, chacun voulant faire croire qu’il a passé un week-end incroyable, où il s’en est mis dans la tronche autant que les Stones et Led Zep réunis un soir de tournée). Mais trêve de considérations sociologiques ! Que disions-nous ? Yann-Erwann !… Éberlué !… Lognon en transe… Le tennisman dans les bras d’une marquise… Tandis qu’un footballeur… Bref ! Tout ça pour dire qu’un destin, ça tient à pas grand-chose. À trois fois rien que votre vie se trouve suspendue. Le père de Yann-Erwann n’eût pas fréquenté, en tant que vétérinaire à Plonévez-les-Kernuts, et… Mais vous avez raison, je m’égare. Pourtant, une petite touche balzacienne sur la vie des professions libérales au sein de nos régions… Non ?… Le court de tennis du notaire… Vraiment ?… Et le médecin de famille qui… Même quand la mère de Yann-Erwann a… Tant pis !

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où l’aubépine fleurit sous les yeux de Swann

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , on avril 18, 2010 by michel brosseau

Étrange scène que celle qui se déroula sous les yeux désormais plus éberlués qu’hagards de Swann le stranguleur, sorti de sa torpeur par l’irruption tout autant soudaine qu’inespérée, dans le bureau du commissaire Lognon, de cette jeune fille en fleur entièrement vêtue de blanc, ravissante, éclatante de santé, souple branche d’aubépine dont on devinait les formes délicieuses sous le négligé si savamment travaillé de ce survêtement qui lui allait à ravir, et permettait à sa coiffure de trancher si radicalement par sa couleur – un bandana rouge dont les nuances s’accordaient à merveille avec ses lèvres carminées –, l’ensemble lui donnant cet air légèrement canaille dont Swann ne comprit que bien plus tard les motivations artistiques, lorsque, séjournant en prison, il réussit à entamer une correspondance suivie avec Marie-Mathilde – celle-ci put alors lui donner à voir toute l’étendue de sa sensibilité et de son intérêt pour l’art, et notamment lui expliquer la démarche qu’elle avait adoptée en fondant en compagnie de Miss Tyc, une ancienne camarade de lycée, Kill ‘em, ce duo rap underground teinté d’influences diverses allant du slam – new-yorkais, cela va de soi – au hard core le plus extrême, mêlant les subtilités d’une écriture nourrie des plus grands noms de la poésie française à la violence sanguine et sensuelle du gangsta rap, renouvelant au contact d’une langue grosse des réalités douloureuses qui sont le lot quotidien de tant de jeunes aujourd’hui un véritable art poétique, ainsi qu’en témoigna son propos, à la fois tout droit sorti du cœur de celle que sa tante avait pris coutume d’appeler Mâ-Mâ depuis sa plus tendre enfance, et ciselé par l’artiste qui, sur scène, avait choisi de se nommer Mac 5 – clin d’œil à son père vendeur de missiles chez Matra mais aussi au MC5, groupe trop souvent oublié et pourtant digne du plus haut intérêt car tellement représentatif de l’explosion d’une jeunesse en rupture de ban – réunissant ainsi les deux côtés de sa personnalité : « Vous la laissez sortir la marquise, là… et pas dans cinq heures, hein !… Parce que tout d’suite j’vous passe le ministre, moi, si vous voulez… et en ligne directe, attention !… Non, mais c’est quoi c’délire de garde à vue, machin… Vous voulez la kill, ou quoi?… C’est parce qu’elle est marquise, hein, c’est ça !… Mais avouez-le, au moins, qu’c’est pour ça !… Ayez les couilles de l’dire, quoi !… »

où il est question d’une 4L et de Rancy-les-Garennes

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , , on mars 28, 2010 by michel brosseau

Ses parents ne jouissant pas d’une fortune comparable à celle de la marquise de la Bôle qui, à l’heure qu’il est, élude encore, malgré les efforts du jeune Lapointe, ce qu’avait pu être son emploi du temps deux jours plus tôt, entre seize et dix-sept heures, horaire jusqu’alors prétendu de la sortie de son appartement, le jeune Doumé dut se résoudre à travailler dans l’agence paternelle. Les premières affaires qui lui furent confiées avaient été choisies pour leur facilité. Simple mise en jambes, pourrait-on dire. Quelques loyers impayés, des paris non remboursés… Rien de bien méchant ! Tout se gâta lorsqu’il se vit confier une affaire un tantinet plus délicate : aller réclamer le paiement de leurs dettes de zinc aux membres du moto-club de Rancy-les-Garennes. Pas des gars vraiment méchants, mais plutôt butés. Et puis, pas vraiment enclins à la conversation. Des sages, qui savent parfaitement qu’un mot en entraîne un autre et qu’on n’en finit plus dès qu’on commence à discuter. L’ont d’ailleurs très efficacement fait comprendre au pauvre Doumé, que sa fréquentation de l’Université n’avait guère préparé au combat de rue. Lui, tout ce qu’il en connaissait, c’était sous la forme d’un 45 tours que lui avait offert un de ces cousins plus âgé que lui : le Street fighting man des Stones. Mais il a très vite compris que ça pouvait lui être d’aucune utilité face à ces molosses qui le battaient comme plâtre. Alors, évidemment, pas d’autre solution que le repli stratégique, dans des situations pareilles. Et ça là que ça s’est gâté. Quand il a sauté dans sa 4L et a foncé fond de deux dans la rue Jean Jaurès, le pauvre Doumé. La gueule en sang et les yeux clos par les coups, lèvres béantes et le corps tout parcouru de tremblements nerveux. Fuir ! Il avait plus que ça en tête ! Fuir loin de ces brutes cromagnonesques à favoris et chevalières qui font si mal quand elles vous tâtent les arcades ou les lèvres! Fond de deux, le Doumé… Embraye… Pousse le manche tout droit pour enquiller la trois… C’est là qu’il a compris… mais trop tard… le type qui sortait de la boulangerie… sa baguette elle est venu cogner contre le pare brise… d’après le bruit, le gars il a rebondi sur le toit… Du rude, quoi ! Le gars, le lendemain, il disait qu’il était mort dans le journal… Une affaire de règlement de comptes, qu’ils disaient les journalistes… Que c’était sûrement pour ça, le délit de fuite… Que tout ça c’était en rapport avec un trafic de drogue… Parce que tout le monde le savait que c’étaient des drogués les chevelus du moto-club… Mais tout ce qu’elle racontait, la presse, c’était pas le plus important… L’essentiel, c’était le dossier que le commissaire Lognon gardait au frais dans un tiroir de son bureau… Avec le numéro de la plaque… Ce dossier qu’il s’était gardé sous le coude en cas de besoin…

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la culture musicale de Doumé:

où la marquise, de nouveau, clique et reclique

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, lecteur à la rescousse, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , on février 10, 2010 by michel brosseau

Si la marquise prit la peine de raccompagner Jean Valgrand jusqu’à la porte de l’appartement, pouvant ainsi constater de visu qu’elle avait bien tout à l’heure négligé la fermeture des verrous, elle ne souhaita pas, impatiente qu’elle était de découvrir quelles informations recélaient les fichiers informatiques de son défunt marquis de mari, sortir comme elle l’avait fait, la veille, environ à la même heure, déclinant aussitôt l’invitation de J.V. à rejoindre en sa compagnie quelques amis qui, ce soir, préparaient un mini festival punk dans un squat où il traînait assez souvent. Soulagée par le départ de cet immonde énergumène, mais amusée à l’idée que le commissaire Maigret ait pu se livrer à de pareilles frasques extraconjugales, Emma alla s’installer de nouveau devant l’ordinateur d’André, curieuse de découvrir qui étaient les membres de ce collectif Burma, fébrile même, tout comme vous, lecteur. Mais c’était sans compter sur les ressources technologiques contemporaines, car, à peine s’était-elle assise confortablement dans le fauteuil du bureau, et avait-elle saisi de sa main droite cet objet oblong que l’on avait cru bon de dénommer souris – pauvre France, ta langue fiche le camp ! – qu’Emma vit s’afficher une petite enveloppe au bas de l’écran à droite. Un mail ? Et si c’était… Nerveuse, Emma cliqua comme elle put et, après quelques manœuvres infructueuses – Marie-Mathilde avait raison l’autre jour : le stage qu’elle avait suivi commençait déjà à être loin, et elle ne pratiquait pas assez, parce que c’était cela le secret, comme cela l’était pour le piano ou le sport, ou même, comme l’ajoutait ce mécréant d’André (il était parfois si facétieux !), comme pour la foi religieuse, l’important était la régularité de la pratique – enfin parvenir à ouvrir la messagerie de son défunt mari de marquis : le message provenait d’un certain Binet… Ne lui disait rien, ce nom-là !… Ou alors, peut-être… Mais pourquoi l’associait-elle à l’image d’une pharmacie ? Non, elle ne voyait pas… Décidément, cette journée… Toutes ces rencontres inattendues… tout ce stress… il y avait de quoi en perdre la tête… ah ! voilà, le mail était ouvert… voyons… c’était signé Alfonsi… ne pouvant parvenir à vous joindre par téléphone… décidément, qu’elle était étourdie aujourd’hui !… les verrous oubliés… et maintenant le téléphone qu’elle avait mal raccroché… sans doute après l’appel, tout à l’heure, de Marie-Mathilde… le collectif Burma pourrait avoir une dimension internationale… ciel ! ne manquait plus que cela !… signalement de deux individus suspects… une piste, tout de même, ce n’était pas trop tôt !… vous tient au courant… bien… un coup d’œil à cette fameuse liste, et ensuite…

où l’on ne s’attend guère à écouter du rock’n’roll

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , on janvier 30, 2010 by michel brosseau

Alfonsi venait d’extraire de la poche de son imperméable crasseux et désormais déchiré une feuille de papier froissée sur laquelle la marquise tenta de loucher mais sans succès car, comme l’ont fait maintes fois remarquer les fabulistes et comme l’illustrent tant de nos expressions populaires, si l’important est de participer, tenter ne signifie pas toujours réussir : aussi Emma admit-elle dans un premier temps son échec, puis, grâce à la force de caractère que chacun lui connaît, sut aussitôt trouver un peu de réconfort à l’idée que la veille, au moins, elle était parvenue à sortir sans encombres de chez elle aux environs de dix-sept heures. Lognon s’apprêtait à lire la missive signée du collectif Burma lorsque retentit la guitare de Keith Richard en personne, créant la surprise. Médusés par le surgissement de ces quelques notes, que Décembre et Alfonsi identifièrent aussitôt comme étant le riff du Satisfaction des Rolling Stones, tandis que madame veuve de la Bôle affichait une moue pleine de mépris et de dédain, tous comprirent l’origine de cette musique, incongrue en pareil lieu, lorsque le commissaire se dirigea vers le porte-manteau, farfouilla dans l’une de ses poches et en retira, outre un paquet de mouchoirs en papier, son téléphone portable. Décembre, qui connaissait son supérieur peut-être mieux encore que lui-même – il lisait en effet tous les romans qu’écrivait, en s’inspirant très largement des enquêtes et de la personnalité de Lognon, un certain Milan Moneste* – s’aperçut de la pâleur qui, un instant seulement, envahit son visage à la vue du numéro affiché sur son mobile. « Allo, oui… bien sûr, patron, bien sûr… vous voulez dire tout de suite ?… parce que, vous savez, au sujet de l’affaire de la Bôle… oui, la bonne strangulée… j’ai du neuf !… et en ce moment même dans mon bureau… très bien… immédiatement !… bien, monsieur… en effet… à tout de suite, monsieur… mais très certainement… » À peine son téléphone fut-il remis à l’intérieur de sa poche, Lognon, la mine visiblement contrariée, s’adressa à son inspecteur: « Décembre, tu me gardes tout ce monde au frais : le patron veut me voir d’urgence ! Ne m’en demande pas plus, mais j’ai comme l’impression que ça gigote sec dans les hautes sphères !… » Emma ne put s’empêcher de sourire, imaginant aussitôt que son avocat et son ami directeur de cabinet… Mais le commissaire, apercevant sa mine réjouie, ne lui laissa pas le temps de savourer son plaisir : « Désolé de vous décevoir, ma pauvre dame, mais je crois bien que vous avez été entraînée dans une histoire qui vous dépasse largement. Comme m’a dit mon oncle Édouard sur son lit de mort, je m’en souviendrai toujours, c’était le 12 mai 67, je venais de passer le concours d’inspecteur : « N’aie jamais honte de ton nouveau métier, Lassoupah – il aimait bien m’appeler comme ça, Lassoupah, il disait que c’était le prénom d’un ami qu’il avait eu au Bouthan, un type qui lui avait sauvé la vie quand il participait à la croisière jaune – Lassoupah, qu’il m’a dit, en devenant inspecteur, tu t’apprêtes à côtoyer les nouveaux héros des temps modernes, les Labdacides de l’ère post-industrielle… » Ah ! Il avait le sens de la formule, le tonton… » Lognon les regarda quelques instants, rêveur, puis brusquement ramené à la réalité par son épatant appendice nasal, il quitta le bureau mouchoir en main et d’un pas ferme et décidé.

*le lecteur internaute consultera avec profit la série des romans de Milan Moneste, tous parus aux éditions de l’Équinoxe amer ; à lire en priorité : L’horreur aux doigts de rose, Nuit noire et blanc sec