Archive pour terrorisme

où il faut se résoudre à écrire le dernier épisode

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, marquis, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on juin 19, 2010 by michel brosseau

« Si vous aviez pu vous douter, mon brave Lognon, des conséquences que pourrait avoir sur votre destin le fait qu’une marquise sorte de chez elle aux environs de cinq heures. Ou même simplement qu’elle le prétende !… Oh ! Je n’irai pas jusqu’à affirmer que vous n’avez pas pressenti le danger que représentait votre implication dans cette affaire. Vous m’avez même confié votre trouble. J’avais alors tenté de vous mettre sur la piste, de faire tomber un pan du voile afin que vous puissiez un peu mieux saisir la véritable dimension des événements à la remorque desquels vous vous trouviez. Car, quoi que vous puissiez en penser désormais, sachez Lognon que j’ai beaucoup d’estime pour vous. Et même de l’affection. Mais vous avouerez que cette fois vous n’avez pas été à la hauteur. D’ailleurs, comment auriez-vous pu l’être ? Certes, vous ne manquez pas de courage, et vous l’avez prouvé en venant jusqu’à cet entrepôt dans le seul but de tirer Décembre du piège dans lequel il était tombé. Vous êtes un flic valeureux, Lognon, mais ici ni le courage physique ni même la perspicacité ne pouvaient vous être d’une aide quelconque. Cependant, avant d’aller plus avant, que je vous rassure : Décembre va bien. Il est quelque part dans ce vaste entrepôt, déjà à demi oublié, ombre parmi les ombres. Peut-être à l’heure qu’il est est-il en train d’interroger Félicité pour qu’elle lui dise enfin qui donc avait été tué. Aviez-vous deviné que Félicité appartenait elle aussi au collectif Burma ? Tout comme ce brave Binet… Tout comme Vanessa… Tout comme Swann… Tout comme Don et Sanch… Ils préfèrent qu’on les appelle ainsi désormais. Un caprice de stars… Mais cela ne sonne pas si mal, après tout !… Mais !… N’est-ce pas Jean Valgrand qui nous arrive ?… Installez-vous, JV, je vous en prie !… Ne me dites rien… Je devine tout, vous savez… Un contrôle d’identité… Ou bien l’officier est de nouveau reparti en Afghanistan… Vous avez, JV, une vie tellement tumultueuse, tellement romanesque… Le romancier que je suis est aussitôt tenté… Ne nous égarons pas !… Sans la mort du marquis de la Bôle, accidentelle comme vous l’a précisé auparavant Vanessa, vous n’auriez sans doute, Lognon, jamais été mêlé à cette enquête sur le collectif Burma. Je vous assure, Lassoupâh, que je n’avais d’aucune manière formé le projet de vous mêler à cette histoire. Ce n’est que par hasard, en quelque sorte, que vous vous êtes retrouvé entraîné dans cette affaire. En fait, pour tout vous dire, tout est parti d’une rêverie… Rêverie que j’ai bientôt eu le désir de fixer par écrit. Mais fixer n’est pas vraiment le terme le plus approprié, car à peine eussé-je terminé que tout s’emballa de façon quasi frénétique. J’avais ouvert la boîte de Pandore mais je ne le regrette absolument pas, car au-dedans de celle-ci se dissimulait le plus beau cadeau que m’ait jamais fait la littérature… Mais si Vanessa, mais si… Ne sois pas modeste !… Le plus beau de tous les cadeaux… J’avais, voyez-vous, imaginé une sorte de réunion de différents personnages romanesques qui, lassés de voir la fiction abâtardie parce que désormais mise au service du pouvoir et de l’asservissement des masses, auraient formé une sorte de groupuscule terroriste. Mais je n’avais pas bien mesuré à quel point notre réalité était gangrenée par la fiction. La frontière entre le réel et celle-ci était désormais si mince que le collectif Burma s’est bientôt manifesté auprès de moi, par l’intermédiaire de Don et Sanch, puis par celui de Vanessa. Ils disaient venir aux ordres. J’ai d’abord cru à une forme d’égarement de mon esprit dû au surmenage. Mais lorsque j’ai appris par l’un de mes contacts au ministère de l’Intérieur qu’avait été créée une cellule spéciale visant à l’anéantissement dudit collectif, j’ai bien été obligé d’admettre que celui-ci n’était plus seulement le fruit de mon imagination. Tous ces êtres que j’avais réunis sous ma plume avaient réellement pris corps. Pour les empêcher d’agir, il aurait fallu brûler tous les livres, effacé toutes les mémoires… Même avec toute l’affection que j’éprouve pour vous, Lognon, jamais je n’aurais pu m’y résoudre. J’espère que vous me comprendrez, Lognon ! Et j’espère que vous me pardonnerez… » Milan Moneste, tout en prononçant ses dernières phrases, avait un à un dénoué les liens par lesquels le commissaire était attaché. Le romancier maintenant s’éloignait, tenant Vanessa par la taille, sans même un regard pour Don et Sanch qui tout comme Binet, remballaient leur quincaillerie désormais inutile. Alfonsi répétait à Yann-Erwann que les émotions lui donnaient soif sous l’œil encore glauque du jeune Lapointe vers lequel s’avançait Lognon. JV semblait ailleurs. Peut-être même n’était-il nulle part. Marie-Mathilde lisait les textos qu’elle avait reçus. Et la marquise se demandait où elle pourrait bien trouver un taxi pour rentrer, ne se doutant pas que la prochaine fois qu’elle voudrait sortir, j’aurais mis les clés sous la porte.

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où les disques durs confirment qu’on n’a pas à faire à des tendres

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , , on mars 22, 2010 by michel brosseau

Les yeux fixés sur l’écran de l’ordinateur, teint pâle de fatigue et les traits tendus à l’extrême, Lognon semblait ne pas comprendre, lisant les uns à la suite des autres tous ces noms des membres du collectif Burma, pseudonymes plutôt, pas un seul ne manquant de faire référence à la littérature, improbable liste de personnages romanesques, tout aussi improbable que cette marquise qui s’obstinait à sortir à cinq heures. Cette affaire, décidément, bousculait trop ses habitudes. Cette façon qu’avait le réel de basculer sans prévenir du côté des bouquins. Trop de fantômes dans cette enquête, et même lui qu’on tentait d’attirer du côté des ombres. Il n’irait pas. Il résisterait. S’accrocherait. C’est la voix de Birotteau qui le tira de ses réflexions confuses. « Et ce n’est pas tout, commissaire ! Non seulement nous avons trouvé la liste de votre groupe terroriste, mais nous avons aussi réussi à accéder à un document qui pourrait fort bien correspondre aux actions qu’envisageait de mener le collectif Burma. Je vous rassure tout de suite, le marquis, prudent, avait stocké le fichier sur un disque dur externe banalisé doté d’un système de protection particulièrement élaboré. Je vous passe les détails, mais les gars du service info en ont bavé, croyez-moi. Et ce sont pourtant pas des débutants. Un système de verrouillage algorithmique doublé de boucles sensibles aléatoires. Un vrai joyau de technologie mis au point par les services américains. Autrement dit, ni la marquise, ni Alfonsi ou même J.V. le givré n’ont pu avoir accès à cette pépite. » Lognon demeura bouche bée : à quoi pouvait bien correspondre le charabia qui s’inscrivait sur l’écran ? Ses suites de chiffres et de lettres qui ne correspondait à aucune langue connue du commissaire… « Déroutant, n’est-ce pas ? Un document crypté. Et de manière très habile, là aussi. Vous avez affaire à des types parfaitement aguerris aux techniques les plus élaborées du renseignement. Vous voyez ces lettres capitales suivies de chiffres ? Il a fallu un bout de temps à nos spécialistes du code avant de comprendre. Tous nos logiciels d’analyse ramaient sans nous apporter le moindre éclaircissement. Le hasard, qui nous a sorti de la panade. Heureusement qu’un des gars du service codage/encodage a sa femme qui est bibliothécaire. Il se trouve qu’elle l’a appelé cette nuit, rapport au petit dernier qu’était fiévreux, pas bien… Enfin, je vous passe les détails. Elle lui parle de sa journée de boulot, d’un stagiaire infoutu d’indexer correctement les nouveautés reçues, et là, le flash ! Dewey !… Dewey, ça vous dit quelque chose ? Le classement des bouquins dans les bibliothèques !… » Décidément, des drôles de branque, ces types des labos. Les avançait à quoi de savoir ça ? Quand tous ces Ph suivis d’un numéro, à côté !… Pas du Dewey machin chose, ce truc-là !… « À partir de là, tout est devenu plus simple. Après vérification, il s’est avéré que les cotes présentes dans le document correspondaient toutes au référencement d’ouvrages présents à la bibliothèque nationale. Restaient ces Ph… Vous pensez bien que le chimiste que je suis a tenté, en vain, toutes les combinaisons possibles concernant le potentiel d’hydrogène… Fausse route ! Et pourtant, c’était simple ! Comme toujours… Tellement simple qu’on n’y pensait pas… Dewey… bouquins… ph… ou l’abréviation de phrase !… phrase d’un bouquin !… et le numéro, me direz-vous !… On a d’abord cru à la page… Mais ça ne marchait pas… La numérotation dépassait la plupart du temps la pagination des ouvrages désignés… Des numéros de phrase, en fait… Dans tel bouquin, allez chercher telle phrase, et vous obtiendrez le texte complet !… Astucieux, non ? Reste maintenant à savoir si les phrases elles-mêmes ont été choisies en fonction d’un code… Mais tout le service codage/encodage est mobilisé là-dessus… Priorité absolue… »

où le collectif Burma explicite ses intentions

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on février 2, 2010 by michel brosseau

Selon les dernières informations en notre possession, madame la marquise de la Bôle, lorsqu’elle sortit, la veille, aux environs de dix-sept heures, ignorait encore l’existence du collectif Burma, et ne se doutait sans doute même pas que son marquis de mari ait pu avoir pour mission de traquer de pareils individus. Fatale ignorance ! Fatale insouciance ! Comment avait-elle pu ainsi vaquer à ses aventures extraconjugales (sans néanmoins trouver là source à l’écriture d’une ribambelle de romans, faisant ainsi preuve d’une retenue que l’on ne peut que louer) tandis que dans l’ombre de quelques appartements miteux, qui sait même, peut-être dans des caves d’habitations à loyer modéré, ou dans les arrière-salles de quelques gargotes interlopes, de mystérieux activistes fomentaient leurs noirs et terribles desseins, ainsi que pouvait le constater Lognon qui, discrètement, venait de se placer près du patron afin de lire par-dessus son épaule la lettre retrouvée par Alfonsi dans l’une de ses poches, tandis que, quittant l’appartement de Yann-Erwann, etc. :

PARIS, LE 24 AVRIL 2007

NOUS, MEMBRES DU COLLECTIF BURMA, PASSÉS À LA CLANDESTINITÉ POUR FUIR LES ACTIONS BARBOUZARDES DE L’ÉTAT FRANÇAIS, AFFIRMONS NOTRE INTENTION DE LIBÉRER LE CHAMP POLITIQUE DE TOUTES LES FORMES DE FICTIONS ACTUELLEMENT EN COURS.

NOUS NOUS ENGAGEONS NOTAMMENT À TOUT FAIRE POUR QUE LA FICTION, TEMPORAIREMENT DEVENUE L’ARME DES PUISSANTS, SOIT ARRACHÉE À CEUX-CI ET REDEVIENNE L’ARME DE SUBVERSION QU’ELLE N’AURAIT JAMAIS DÛ CESSER D’ÊTRE !

NOUS NOUS DÉCLARONS PRÊTS À UTILISER TOUS LES MOYENS À NOTRE DISPOSITION POUR LUTTER CONTRE :

L’ÉCRITURE DU ROMAN NATIONAL ET DE SON PENDANT IDENTITAIRE

L’ACCAPAREMENT DU PICARESQUE POUR LE MARKETING POLITIQUE

LES ÉPOPÉES GUERRIÈRES ET ANTI-TERRORISTES

LES FEUILLETONS JUDICIAIRES

LE DÉTOURNEMENT DU TRAGIQUE À DES FINS D’ANALYSES ÉCONOMIQUES…

LE TEMPS DE L’INSURRECTION RHÉTORIQUE EST VENU !

Même s’il n’avait pu que survoler les dernières lignes, son épatant appendice nasal l’ayant obligé – qui, parmi vous, ne l’avait deviné ? – à s’écarter brusquement de son supérieur hiérarchique, Lognon était désormais convaincu qu’il se trouvait chargé d’une affaire hors norme. Quand Milan Moneste apprendrait ça !…

où l’on aurait pu aimer en apprendre davantage sur le collectif Burma

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , on janvier 14, 2010 by michel brosseau

La marquise avait beau être sortie la veille à dix-sept heures, cela n’empêcha aucunement Alfonsi d’allumer une nouvelle cigarette en attendant qu’elle lui amène un coup à boire, ne se souciant nullement de son innommable goujaterie, trop préoccupé qu’il était par l’absolue et impérative nécessité de rallumer la chaudière au moyen d’un grand verre de Suze, rituel que d’aucun qualifierait d’addiction mais qui, pour notre détective, constituait, comme pour d’autres un grand bol de café noir, l’infaillible signe qu’une nouvelle journée commençait, le rappel que devant lui s’offrait en gros deux dizaines d’heure où l’amertume et l’écœurement viendraient vite effacer la légère euphorie que procure la sensation de se réveiller encore en vie. Son breuvage avalé, sa cigarette fumée et la marquise de nouveau assise face à lui dans un fauteuil, Alfonsi se racla la gorge aussi discrètement qu’il put : « Je sais que le moment n’est sans doute pas le mieux choisi, mais je vais devoir, dans un premier temps, vous dévoiler quelques aspects de la vie de votre mari qui, jusqu’alors, vous étaient demeurés totalement inconnus, et ce, je tiens à bien le préciser encore une fois, afin de ne pas vous exposer à de graves dangers. En sa qualité d’ancien ambassadeur itinérant, puis de conseiller de la Présidence, il a, comme vous le savez, noué de nombreux liens, parfois même personnels, avec de nombreuses personnalités essentielles du pays. Des huiles quoi, comme on dit ! (Vous remarquerez la difficulté du privé à conserver dans la durée un langage de qualité…) Et, bien qu’ayant cessé toute fonction officielle, il arrivait, de temps à autre, que l’on fasse appel à lui pour des missions quelque peu particulières. Des missions qui avaient toutes un point commun : juguler les actions de groupuscules activistes, voire même terroristes, susceptibles de mettre en danger le pays tout entier, et principalement ses institutions. C’est tout du moins ce que m’a confié votre mari au fur et à mesure que se déroulait mon travail de surveillance de votre domestique, Vanessa. J’avais, en effet, effectué quelques découvertes qui m’emmenaient bien au-delà de ce à quoi j’avais pu m’attendre, lorsque monsieur le marquis a sollicité mes services. Pour faire simple, parce que bon, si on voulait entrer dans les détails et les finesses, on n’en aurait pas fini de sitôt !… Bref, il se trouve qu’après différentes filatures dans Paris et sa banlieue, j’ai pu établir avec certitude que ladite Vanessa fréquentait plusieurs membres du collectif Burma. Pas moins ! Alors, rendez-vous compte : connaissant ces liens existant entre ce groupuscule et votre domestique que votre mari m’avait demandé de surveiller, ayant, de plus, en mémoire, les activités passées et récentes de monsieur le marquis, et apprenant enfin la mort de celui-ci dans un accident aux circonstances plutôt étonnantes, alors que le jour même votre domestique, ladite Vanessa, quitte son service plus tôt que d’habitude et parvient à me semer en me faisant le coup de l’immeuble à deux entrées… la première fois que ça m’arrive, ça, la première fois… et en vingt ans de carrière, en plus !… oui, madame, la première fois !… Alors vous pensez bien, que sécurité de l’Etat ou pas, j’en fais une affaire personnelle, moi de la Vanessa et de toute cette bande de zigotos mystico-révolutionnaires du collectif Burma !… Une affaire personnelle, vous m’entendez ? Une affaire personnelle !…»