Archive pour morgue

où, avant dernier épisode oblige, on commence à y voir un peu plus clair, mais où l’on se heurte au final à l’amère sensation de la plus parfaite invraisemblance

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , on juin 18, 2010 by michel brosseau

« Et dire que c’est moi qui l’ai embauchée ! » se répétait Emma, marquise de la Bôle née Saint Nazère et dont la sortie deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures nous occupe depuis six mois à n’importe quelle heure du jour et même parfois de la nuit. Mais qu’importe ! Narrons ! Narrons ! Il en restera toujours quelque chose… Vanessa la bonniche pérorait devant l’assemblée, y allant de ses effets de mèche et gigotant de la hanche comme à son habitude. Et tous ces mâles abrutis qui la dévoraient des yeux ! Yann-Erwann n’était pas le dernier. Et cet imbécile de privé qui l’avait entraînée ici avec sa nièce sous prétexte que le commissaire Trognon… Lorgnon… bref, peu importe !… sous prétexte que cet abruti de flic était en danger ! « Durant ces dernières 48 heures, le collectif Burma s’est trouvé confronté à une série d’événements de la plus haute gravité. Tout d’abord, la mort regrettable du marquis de la Bôle, au sujet de laquelle le collectif tient à décliner toute responsabilité. Si nous avions, en effet, choisi de surveiller ses agissements afin de mieux contrer les plans machiavéliques dont il avait la charge et qui étaient destinés ni plus ni moins à nous anéantir, nous n’avions d’aucune façon pour projet d’attenter à sa vie. Et je déclare ici solennellement devant vous tous que le collectif Burma n’est pour rien dans l’étêtage du triste sire de la Bôle.» Aussi bavarde et prétentieuse que l’écrivaillon !… « Nos commandos fictionnels… » Quel jargon ! « … se sont alors vus dans l’obligation de redoubler d’activité. » Cette gourgandine à la tête de guérilléros, qui l’eût cru ?… « Nous sachant démasqués suite à la découverte de la liste de nos membres… » Ainsi donc c’était une ruse d’André de ne pas avoir mieux protégé ce document !… Quel homme il était tout de même !… « …désormais aux abois, nous avons tenté d’enlever l’amant de madame la marquise… » Quelle horreur ! Avoir ainsi tenté de faire pression sur André en menaçant de dévoiler… Cette fille n’avait décidément aucun sens moral !… Jamais un de la Bôle n’avait manqué à son devoir !… « …nous avons tenté de brouiller les pistes par tous les moyens dont nous disposions… » Le coup de la jumelle, tout de même ! Et dire que j’y ai cru !… «…poussés dans nos derniers retranchements, nous avons eu recours à la violence à l’encontre du dénommé Alfonsi qui, malgré sa triste allure, commençait à en savoir un peu trop… » Mais pourtant, à la morgue ?!… Dans ce tiroir !… J’aurais juré que… Et oui, lecteur, Emma, comme Lognon et tout comme vous, sans doute, dépeçait ce détail à grands coups de logique, sans parvenir à en rien tirer sinon l’amère sensation de la plus parfaite invraisemblance. Mais voici Moneste qui s’avance… réajuste son nœud de cravate… s’éclaircit la voix…

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où l’on se rend compte que l’on n’est pas au bout de nos surprises

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Milan Moneste, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , , on juin 14, 2010 by michel brosseau

Comment était-il possible que Milan Moneste soit présent dans cet entrepôt, s’avançant nonchalamment vers Lognon, totalement libre de ses mouvements, cajolé de surcroît par l’une des demoiselles Aldobrandi, sans qu’il soit possible a priori d’affirmer avec certitude s’il s’agissait de la bonniche de la marquise (sortie l’avant-veille aux environs de cinq heures) et prétendument strangulée ou de sa sœur jumelle aux dernières nouvelles enlevée par le ventru rougeaud et l’antipathique hépatique avec lesquels l’immense et révéré polardier, comble de l’invraisemblance, était à l’instant même en train de discuter comme s’ils étaient tous trois des amis de longue date. Tout ceci commençait à faire beaucoup. « Mais, Milan, vous ici !… et en compagnie de… de… » Envahi par l’émotion, le commissaire ne parvint pas à en dire plus, se contentant de fixer sur le romancier un regard où pouvaient se lire tous les doutes, incertitudes et angoisses qui commençaient à le ronger. « Ne vous en faites pas, Lognon, je vais tout vous expliquer. Mais de grâce, contrôlez-vous ! Si vous voyiez votre tête, mon pauvre ami !… » Lâssoupâh hocha celle-ci et ravala ses sanglots. Jamais de sa vie il ne s’était senti aussi humilié. Que celui à qui il avait confié ses aventures le trahisse ainsi. Car c’était de trahison qu’il s’agissait, très certainement. Et d’abord, cette traînée avec qui il s’affichait sans vergogne ! « Milan, je… je… » « Taisez-vous, commissaire, et écoutez-moi plutôt ! Je sais quelle question brûle vos lèvres. Vous ne cessez de la regarder depuis tout à l’heure… Sofia ! Vanessa !… Vanessa ! Sofia ! Vous aimeriez tellement savoir. Laquelle des deux jumelles, hein ? Tordu comme vous êtes, vous avez dû imaginer que l’une s’était fait passer pour l’autre, avait emprunté son identité ou je ne sais quoi !… Ce serait bien dans vos manières… Je vous l’ai pourtant déjà dit, Lognon, vous vous précipitez trop ! Et vous perdez de vue l’essentiel… Cette histoire de gémellité, par exemple… une ficelle pourtant énorme, et usée, je ne vous dis que ça !… Mais ça ne vous empêche pas de tomber dans le panneau ! Mais assez de précautions oratoires !… J’entends par avance les critiques me reprocher de pontifier… Déjà qu’ils risquent de difficilement admettre que je me mette en scène !… Mais qu’importe !… Révélons la vérité, il en est plus que temps… Commissaire, Sofia n’a existé que dans l’imagination de votre serviteur… Vous vous souvenez de la dernière visite que vous m’avez rendue ? Et bien, pendant ce temps, Vanessa se faisait passer pour sa sœur jumelle auprès de cette pauvre marquise, et de cet espèce de privé caricatural… comment s’appelle-t-il déjà ?… Alfonsi !… Doumé pour les intimes !… Encore un qui n’y va pas avec le dos de la cuiller question clichés… » « Mais… mais… » « Oui, je sais Lognon… la morgue !… c’est de ça que vous voulez parler !… bien sûr, le corps de Vanessa à l’institut médico-légal, macchabée allongé dans un tiroir et maintenant pendue à mon bras, et bien vivante, ça je peux vous le confirmer !… » .

où le commissaire Lognon réfléchit, divague, et de nouveau réfléchit

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Milan Moneste, Uncategorized, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on avril 29, 2010 by michel brosseau

Le commissaire Lognon en était là de ses réflexions, à peine 48 heures après que la marquise soit sortie de chez, déclenchant intempestive le cours de ce récit sinon les événements qui le composent. Il la tenait son explication, tout du moins le début de celle-ci : de bonniche, Vanessa se transformait en criminelle de grande classe, une beauté rebelle et fatale à tous ceux qui l’approchaient, une héroïne insaisissable toujours prête à défendre la fiction. C’est Milan Moneste qui allait être content ! Pas tous les jours qu’on vous livre sur un plateau un personnage d’aussi grande classe. Il allait se régaler, c’était certain. Il la qualifierait d’égérie du monde fictionnel en révolte. Il aimait bien ce genre de formule, le grand Moneste. Un peu comme l’oncle Édouard, en fait. Étrange que Lognon n’ait jamais fait le rapprochement auparavant. Maintenant qu’il y songeait, ça lui paraissait tellement évident. Si seulement il avait eu le temps d’écrire ses mémoires avant de mourir. Avec une vie aussi bien remplie et ce goût pour la langue qui rutile, les mots qui claquent et les pensées qui bousculent… Le commissaire divagua quelques instants, puis, vidant le fourneau de sa pipe dans le cendrier placé sur sa table de travail, et apercevant les mégots laissés là par Décembre, se leva d’un bond et se mit à tourner dans son bureau. Pourquoi donc n’y avait-il pas songé plus tôt ? La fatigue, sans doute. Avoir oublié que Décembre avait été chargé de retrouver Sofia Aldobrandi, après que celle-ci ait été enlevée sous ses yeux et ceux d’Alfonsi, tous deux réduits à la même impuissance par ce duo d’hispanisants qui avaient déjà démontré leur talent en assommant le privé à la triste allure dans l’appartement de Yann-Erwann, tennisman et néanmoins breton, amant d’Emma de la Bôle qui, au même instant, ou presque – tout s’accélérant d’une manière significative, lecteur, sinon signifiante – franchissait le seuil du Quai des Orfèvres, numéro 36. Non, si ces deux sbires qui, très vraisemblablement, appartenaient au collectif Burma, l’avait enlevée, Sofia ne pouvait être Vanessa, la première citée était donc encore vivante et la seconde le macchabée qui reposait dans un tiroir de la morgue avant que la marquise ne s’évanouisse dans les bras du commissaire. Lognon soupira longuement. Décidément, cette affaire était d’une complexité…

où, encore une fois, et peut-être un peu plus que d’habitude, tout ça n’est qu’une histoire de mots

Posted in flics et privés, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , on mars 1, 2010 by michel brosseau

Vous savez maintenant, lecteur, à quel point duplice* elle peut être, madame la marquise, affirmant ne pas avoir mis les pieds dans le bureau de feu son pauvre marquis de mari décapité et gardé au frais à l’institut médico-légal (et aux frais du contribuable, mais ça c’est une autre histoire), feignant l’émotion trop vive, écrasant quelques larmes, mentant outrageusement, comme elle a tout aussi bien pu le faire en affirmant être sortie la veille, aux environs de dix-sept heures. Heureusement pour elle, Lognon, fatigué par cette longue journée – une cinquantaine d’épisodes, tout de même ! – ne l’obligea pas à jouer très longtemps cette infâme comédie. Désireux de rentrer au quai des Orfèvres afin de pouvoir y réfléchir en paix – c’est du moins ce qu’il affirma à la veuve trop éplorée pour être honnête, car, comme le dit la sagesse populaire, si l’habit ne fait pas le moine, à malin malin et demi, et tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse – le commissaire se contenta de jeter un coup d’œil rapide dans le bureau, humant l’odeur de tabac froid qui imprégnait tous les objets présents dans la pièce, remuant quelques paperasses sans trop y croire. Il en avait assez de cette femme : cette arrogance, ce mépris qu’il pouvait lire dans chacun de ses regards, ce ton acide à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, et cette façon qu’elle avait de passer à côté de vous comme si vous n’existiez pas. Aussi Lognon se planta-t-il soudain devant Emma Saint-Nazère, veuve de la Bôle, et, affichant une mimique qu’il pensait lui donner un air pour le moins énigmatique, si ce n’est inquiétant, déclara en détachant chacune des syllabes qu’il prononça, croyant ainsi naïvement imiter son interlocutrice, et prendre une sorte de revanche sur la hautaine marquise qui, depuis sa plus tendre enfance – mais cette femme avait-elle un jour été tendre ? –, avait appris à transformer la langue en une sorte de repoussoir à piétaille : « Je-ne-vous-im-por-tu-ne-rai-pas-plus-long-temps, ma-da-me-la-mar-qui-se. Je-me-dois, ce-pen-dant, de-vous-in-for-mer-que-mes-col-lè-gues-de-l’i-den-ti-té-ju-di-ci-ai-re-vont-pro-cé-der-à-un-ex-a-men-at-ten-tif-de-vo-tre-ap-par-te-ment. D’ail-leurs, je-les-en-tends-qui-ar-ri-vent-dans-l’es-ca-lier. Ser-vi-teur, ma-da-me !… »

*Une marquise, ça mérite bien un néologisme! Et puis, tant de fois dupliquée, la pauvre. Alors, duplice…

où se met en place une alternance presque régulière entre affirmation et négation

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , on février 28, 2010 by michel brosseau

La marquise, qui aurait bien aimé sortir, comme elle l’avait fait la veille en fin d’après midi, et planter là ce flicaillon enrhumé dont elle se demandait bien comment il avait pu accéder au grade de commissaire, ne répondait à celui-ci que de mauvaise grâce. Non, elle n’avait jamais apprécié Vanessa. Oui, la bonne précédente était une perle. Elle s’appelait Félicité. Non, elle ne se souvenait plus de son nom de famille. Non, elle n’avait jamais pris la peine de connaître le nom de famille de ses employés. Oui, un chauffeur autrefois. Quand André était occupait encore des fonctions officielles. Non, elle n’avait rien remarqué de suspect entre Vanessa et son marquis de mari. Non, elle n’avait pas revu la bonne depuis qu’elle s’était rendue à l’institut médico-légal. Non, ce n’était pas son fantôme mais sa sœur jumelle. Oui, c’était ce que cette fille avait affirmé. Oui, c’était louche, mais après tout c’était Lognon qui était le flic. Non, elle n’avait jamais entendu parler auparavant du collectif Burma. Oui, Vanessa lui avait demandé de quitter son service plus tôt, avant-hier. Oui, à seize heures. Non, Emma était sortie vers dix-sept heures, comme souvent. Oui, elle aimait les fins d’après midi, mais tout ça ne regardait qu’elle. Non, Vanessa n’avait jamais dérobé de bijoux. Oui, il existait ici un coffre. Non, seul André en connaissait le code. Oui, Vanessa lui avait déplu depuis le début. Oui, c’était André qui avait pris la décision de l’embaucher. Non, son défunt mari de marquis n’était pas un homme à femmes, comme on dit. Oui, Vanessa lui avait dit qu’elle devait rencontrer sa sœur. Non, elle n’avait pas précisé pour quelle raison. Non, Emma, elle, n’avait pas pour habitude de faire intrusion dans la vie privée de ses interlocuteurs. Non, André ne lui disait jamais rien de ses activités. Oui, il paraissait soucieux ces derniers temps. Oui, il s’absentait beaucoup. Non, depuis plus longtemps. Oui, depuis janvier en fait. Oui, six mois maintenant que Vanessa était à leur service. Non, elle n’avait jamais fait le rapprochement. Oui, c’était vraisemblablement une coïncidence. Non, elle n’imaginait pas Vanessa impliquée dans un quelconque mouvement révolutionnaire. Non, elle n’avait pas remarqué chez son employée une attirance particulière envers les romans. Non, elle n’avait jamais demandé à avoir accès à la bibliothèque. Non, ce n’était pas une université populaire, ici. Non, elle n’avait jamais été attirée par les bonnes œuvres. Oui, André était un homme très secret. Non, il ne savait pas pour Yann-Erwann. Oui, elle en était quasiment certaine. Non, elle ne savait pas pour Alfonsi. Oui, il avait l’habitude d’acheter ses cigares dans un tabac du boulevard Richard Lenoir. Oui, depuis des années déjà. Non, il disait que c’était la seule concession qu’il ait jamais faite au communisme. Non, il lisait essentiellement la presse. Mais oui, évidemment, qu’il connaissait ses classiques, comme il se doit ! Non, elle n’avait rien remarqué de particulier dans l’appartement. Non, elle n’était pas encore entrée dans son bureau depuis sa mort. Oui, l’émotion était trop forte. Oui, s’il le souhaitait, il pouvait…

où Lognon s’engouffre dans un taxi et y marmonne

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on février 24, 2010 by michel brosseau

Paniqué à l’idée de basculer définitivement de l’autre côté, tourmenté, déchiré, car comprenant confusément qu’il n’était rien, ou vraiment pas grand-chose, sans cette dimension romanesque dont Milan Moneste l’avait dotée, Lognon s’engouffra dans un taxi afin de se rendre au plus vite chez cette satanée marquise, ne prêtant aucune attention aux récits que lui fit le chauffeur – récits que nous serions tentés de vous rapporter ici si la situation n’était pas aussi grave, et si nous n’avions pas conscience que nous pouvons les garder sous le coude pour un jour prochain où, en petite forme, mal luné, fatigué, débordé de travail (il faut bien manger !) ou même simplement paresseux (personne n’est parfait !), nous aurions besoin d’un épisode du jour déjà prêt – et marmonnant, tout en suçotant le tuyau de sa pipe, quelques propos pour le moins confus : « … marquise… dix-sept heures… sortie… Montparnasse… Yann-Erwann… disparu… Alfonsi… assommé… Vanessa la bonniche… strangulée… André de la Bôle… décapité… bibi le prochain… bibi !… pourquoi Burma !… le nom d’un privé, ça encore… et Jean Valgrand, hein !… qui pointe son nez comme par hasard… toujours l’avoir dans les pattes, le fantôme de Maigret !… lui qu’il aurait fallu zigouiller en premier… une petite nouvelle de Moneste… quelques lignes… hop ! mort le Maigret*… on n’en serait sans doute pas là… » Il continua ainsi durant tout le trajet qui le séparait du domicile de la marquise, trajet dont nous n’indiquerons pas la durée, souhaitant préserver du mieux que nous le pouvons, d’une part, la tranquillité du grand Milan Moneste, qui ne souhaite pas voir son adresse divulguée, de quelque façon que ce soit, et désireux d’autre part de conforter la vraisemblance de ce récit, nos dernières indications quant à la durée du trajet à pieds entre Richard Lenoir et Alexandre Dumas s’étant révélées plus que fantaisistes, comme nous l’a fait remarquer une bienveillante lectrice. Quoi qu’il en soit, parvenu à quelques centaines de mètres de chez Emma de la Bôle, le commissaire bondit soudainement sur son siège : là, sur le trottoir, marchant indécise comme une âme en peine, la bonniche strangulée qui était à la morgue encore ce matin, et légèrement en arrière, ce type à l’imperméable déchiré qui croquait à pleines dents dans une pizza et se dissimulait tant bien que mal le visage derrière la boîte en carton qui abritait sa pitance…

*Encore une autre piste pour épisodes ready made en cas de jours difficiles, à laquelle tous les lecteurs bien intentionnés pourraient bien entendu contribuer… Si le clavier vous en dit !
Pour ceux qui auraient quelques réticences à l’idée de faire mourir un personnage de qui on n’est même pas l’auteur, qu’ils se rassurent, il existe au moins un précédent : la mort de Sancho… Sans compter cet autre auteur qui, faisant fi de tout devoir de réserve, est allé jusqu’à faire consommer certaines substances douteuses à ce même Sancho !…

où la porte s’ouvre sur d’effarantes perspectives

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , on février 14, 2010 by michel brosseau

Flingue en main, Doumé se tenait devant cette porte franchie la veille par la marquise, vers dix-sept heures environ, mais qu’importe maintenant, qu’elle soit sortie ou qu’elle soit restée était de bien peu d’importance après ce que la lentille du judas avait révélé au regard d’Alfonsi qui, plus que jamais, méritait d’être surnommé le privé à la triste allure, pâle comme un linge, les yeux exorbités et les mains prises d’un tremblement convulsif, bouleversé jusqu’aux tréfonds de son être comme il l’a écrit depuis dans son autobiographie*, et pris d’une soif comme il n’en avait jamais connu, rêvant d’un breuvage suffisamment fort pour le remettre d’aplomb, lui donner la force d’affronter celle qui – mais quel nom donner à cette vision sépulcrale ? –, debout sur le palier, les traits crispés et le visage livide, venait de se remettre à sonner d’une main frénétique, s’acharnant sur le bouton qui actionnait le timbre électrique, puis, ses yeux fixes maintenant tournés sur cette porte qu’elle s’était soudainement mise à frapper de ses deux poings, tambourinait d’un mouvement lent et mécanique, et commençait à pousser quelques cris brefs et suraigus, cognant, hurlant, cognant encore, s’acharnant échevelée sur cette porte qui résistait aisément, blindée qu’elle était et protégée par des verrous à quintuple ancrage**, détail rassurant auquel se raccrochait tant bien que mal la pauvre Emma, veuve inconsolée qui, terriblement bouleversée par ce qu’elle vit, mais ayant aussi sans doute compris à quel point l’auteur ne craignait ni le manque de suite ni les coupures, capable qu’il était de continuer tant qu’il y aurait des mots, préféra abréger sa terrible souffrance morale et s’évanouit brutalement aussitôt qu’Alfonsi, dans un mouvement brusque et irréfléchi, s’en remettant soudain à son instinct et à sa bonne étoile, crut bon d’ajouter aux tambourinades et cris funèbres le grincement de la porte d’entrée, faisant se découper dans l’encadrement de la porte une jeune femme au teint terreux, à la longue chevelure brune tombant sur l’imperméable, ce même imperméable qu’elle portait lorsqu’elle était partie, la veille, aux environs de seize heures, elle qui, pourtant, pas plus tard que ce matin même à la morgue…

*Dominique Alfonsi, Un cave se débriefe, aux éditions L’Égo Land (à paraître en mai 2010). Des discussions sont en cours avec l’auteur, ainsi que son éditeur, afin que nous puissions publier ici quelques-unes des bonnes feuilles que nous avons eues l’immense honneur et privilège de lire en avant première.

** Voir l’épisode du 6 février : où, affirmative, la marquise monologue en flux de conscience