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où l’on profite du regard aiguisé du tennisman et néanmoins breton

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , on juin 17, 2010 by michel brosseau

Jamais Yann-Erwann n’eut suivi Binet – le vioque taré aux ronds de serviette comme il l’appelait – si ce dernier ne lui avait pas donné l’assurance de retrouver sa « p’tite marquise » qu’il ne parvenait justement pas à joindre sur son portable et dont il ne savait trop où elle pouvait se trouver sinon qu’elle était sortie de chez elle l’avant-veille vers cinq heures et que le commissaire Lognon avait récemment eu le mauvais goût de l’importuner en la convoquant au quai des Orfèvres. Que le vieux tourneur pyrograveur sache où dénicher Emma l’avait certes surpris mais sans pour autant l’interloquer : quand on a été la victime d’une tentative d’enlèvement et qu’un privé s’est fait assommer dans votre salle de bain après avoir picolé tout votre whisky, plus grand chose ne vous étonne. Aussi avait-il en toute sérénité suivi son voisin jusqu’à l’entrepôt, se disant que décidément sa « p’tite marquise » avait comme qui dirait un sacré sens de l’originalité qu’était même vraiment pas commun. Ce n’est que lorsque le vieux Binet lui intima de demeurer près de lui et de la boucler qu’il commença à s’inquiéter et sentit même rouler dans son dos quelques gouttes d’une sueur âcre et froide, peu rassuré qu’il était par l’objet que le septuagénaire venait de lui agiter sous le nez et qui, de toute évidence, n’avait aucun rapport avec le travail du bois. « Chers amis… » C’était un grand type tout habillé en noir qui causait, un gars qui pouvait pas s’empêcher de gigoter des mains pendant qu’il parlait, et qu’avait l’air d’en avoir essentiellement après le commissaire, le pauvre gars quand même, ligoté comme il l’était à un poteau, parce que on a beau dire, un flic c’est un flic mais y a des limites à pas franchir. Lui, par exemple, le tennisman et néanmoins breton, jamais il n’avait humilié qui que ce soit sur un court. Un modèle de fair play, comme ils disaient dans les journaux. Surtout, comble du comble, le faire surveiller de près par les deux gugusses genre Laurel et Hardy qui, maintenant l’armoricain en était sûr, étaient ceux-là même qui avaient essayé de l’enlever !… Là, vraiment… « Chers amis, puisque nous voici maintenant tous réunis, il est temps, me semble-t-il, d’apporter les explications que beaucoup d’entre vous attendent… Mais tout d’abord, permettez-moi de laisser la parole à celle qui se trouve à mes côtés et sans qui cette formidable entreprise, –que dis-je ? – cette magnifique aventure n’aurait jamais vu le jour !… Vanessa ma chérie, si tu le veux bien… Je crois qu’il est temps que nos invités en sachent un peu plus sur les tenants et les aboutissants du collectif Burma… »

où Lapointe reprend conscience et où celle-ci reprend son flux

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , on juin 16, 2010 by michel brosseau

Le jeune Lapointe crut que son esprit lui jouait des tours quand il ouvrit péniblement les yeux, encore sonné par le coup que le ventru rougeaud lui avait asséné sur la nuque, apercevant réunis autour de lui tous les protagonistes de l’enquête : oui, tous étaient là, de Vanessa à Alfonsi en passant par Binet et Yann-Erwann, et même Emma de la Bôle marquise sortie deux jours plus tôt à il ne savait plus trop quelle heure parce que quand même ce salopard de petit gros l’avait pas raté et que s’il pouvait le tenir dans un coin entre quatre z’yeux il lui ferait comprendre comment qu’il s’appelait et que sûr qu’il le regretterait l’enfant de salop de l’avoir cogné comme ça en traître et pendant le service en plus que si il voulait il pourrait ramasser un max d’indemnités et peut-être même une rente à vie que ça serait bien mérité parce que quand on voit les risques qu’on prend et puis comment que c’est qu’on est remercié y’a des fois on a envie de dire stop et de tout plaquer parce que c’est bien gentil de travailler avec une vedette comme Lognon mais qui c’est qui reçoit les honneurs et qui fait la une des journaux pendant que vous vous vous prenez des coups sur la gueule et vous passez votre temps à taper des rapports à la con et que de toute façon écrire ça a jamais été votre truc à vous et que si vous avez fait flic c’était sûrement pas pour faire de la littérature qui finit au fond d’un placard dans le bureau du grand patron et puis quand voit des fois comment que les juges y jugent et ben c’est à vous dégoûter et que si vous l’aimiez pas ce boulot ou que si c’était que vous auriez su quoi faire d’autre y a longtemps que vous vous seriez tiré et puis sans hésitation ni ça de regret encore parce que les coups tordus et les missions à la mords-moi le nœud quand tu bosses avec un mec comme Lognon faut pas dire mais t’étais servi et même plus souvent qu’à ton tour et que si un jour il racontait tout ce qu’il savait sur comment c’est que ça se passe en vrai avec Lognon et ben y en a plus d’un qui serait surpris et que ça ferait du bruit dans la presse et tout si c’est qu’y causait un jour de ce qui savait que même ça en intéresserait plus d’un et qu’un de ces jours il hésiterait pas qu’il balancerait tout parce que y a un moment ça suffit les conneries…

où l’on retrouve le commissaire Lognon ligoté et en petite forme

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Milan Moneste, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , , on juin 12, 2010 by michel brosseau

Très certainement notre marquise sortie deux jours plus tôt aux environs de cinq heures soi disant pour cause de salon de thé aurait-elle affiché un sourire de satisfaction si, par l’un de ces hasards rocambolesques auxquels nous nous refusons d’avoir recours, soucieux que nous sommes de conserver à ce feuilleton, comme en témoigne notamment le post précédent, un fort ancrage dans le réel, elle eût aperçu Lognon, assis à même le sol cimenté de l’entrepôt, attaché au moyen de cordes grossières et néanmoins fortement serrées à un pilier métallique que la rouille commençait à ronger insidieusement, gagnant progressivement du terrain tout comme le doute et peut-être même le désespoir, ou du moins un sentiment qui y ressemblait fortement, et qui lentement mais sûrement s’immisçaient au plus profond  du commissaire. La paupière alourdie par le manque de sommeil, l’esprit agité par mille suppositions, hypothèses et conjectures qui, à peine s’étaient-elles présentées, se voyaient chassées par les faits implacables qu’il avait soin de se remémorer aussi souvent qu’il le pouvait, ce qui n’était pas une sinécure étant donné que nous voilà tout de même parvenu au quarante-quatrième épisode, et les nerfs mis à rude épreuve non seulement à la vue du pauvre Lapointe abandonné inconscient à quelques mètres du pilier auquel on l’avait ligoté, mais aussi à l’idée qu’il ne pourrait pas fumer de pipe avant un long moment, ce qui, pour le fumeur invétéré qu’il est ne représente pas la moindre des épreuves, sans oublier son estomac vide puisque, depuis les sandwiches de la nuit précédente, il n’avait pas pris le temps d’avaler quoi que ce soit, trop pris par son enquête, professionnel jusqu’au bout de ses forces, et ne rentrant pas comme certain que nous ne nommerons pas ici déjeuner auprès de bobonne, Lassoupâh broyait du noir, accablé par l’impuissance à laquelle il se voyait réduit. Si seulement il avait pu se saisir de son téléphone portable et prévenir par texto Milan Moneste… Lui saurait très certainement comment le sortir de ce guêpier… Ses romans ne regorgeaient-ils pas de situations aussi inextricables que celle-ci, auxquelles à chaque fois il trouvait une solution ? Ah ! si seulement… Lognon en était là de ses pensées quand soudain, entendant des pas qui s’approchaient il leva les yeux et, ne croyant pas ces derniers, crut l’espace d’un instant que la folie s’était emparée de son esprit : là, à quelques mètres devant lui, cet homme qui s’avançait… mais… et cette femme à ses côtés… cette jeune femme que Milan ou son sosie ou quoi qu’est-ce tenait par la taille… n’était-ce pas ?… mais comment était-ce possible?… et pourtant, cette mèche brune qu’elle venait de relever négligemment…

où l’on arrive à peine à y croire (et pourtant il le faut bien)

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , on juin 11, 2010 by michel brosseau

Le jeune Lapointe, à peine eut-il entendu son supérieur hiérarchique le prévenir d’un danger imminent, sentit une forte douleur engendrée par le contact d’un objet lourd et métallique à la base de sa nuque puis, tandis que ses jambes soudain molles se dérobaient sous le poids de son corps, il tomba dans un état d’inconscience où il eut peut-être l’occasion d’apercevoir la marquise en train de sortir de chez elle deux jours plus tôt sur les coups de cinq heures, ce qui ne représente qu’une possibilité parmi tant d’autres que nous ne déclinerons pas ici, et ce par souci de faire progresser ce récit qui, trop souvent, s’est égaré dans de trop nombreux méandres tout autant digressifs que dilatoires. « Né bouzé plou, môsieu Lognonne ! Plou oune zeste !… ou yé tire… » Quiconque se serait retrouvé dans la désagréable situation où se trouvait Lassoupâh aurait sans doute réagi comme lui, autrement dit serait resté aussi immobile qu’une statue de cire, matière dont, étrangement, il avait soudainement pris la teinte. Précisons à sa décharge et à celle de son jeune collègue que l’échalas hépatique (c’est lui qui vient de parler) et le ventru rubicond (c’est lui qui vient d’assommer Lapointe) avaient littéralement surgi on ne savait d’où. Lognon se serait trouvé en plein désert, d’aucuns auraient argué que le duo hispanisant n’étaient que le fruit de son imagination. Mais dans le cas présent, en pleine zone industrielle nord de Vitry-les-Ulis, sur le parking d’un grossiste en quincaillerie dont la boutique avait fermé depuis des lustres, le mirage ne représentait pas une explication susceptible de tenir la route. Et puis, vous avouerez, lecteur, que Lapointe ignominieusement et traîtreusement assommé, maintenant ignoblement traîné par les pieds par le petit gros qui dans l’effort soufflait comme un bœuf, et Lognon à l’instant même invité à se diriger vers l’entrepôt avec dans le dos le flingue de l’échalas dont le canon lui caressait la moelle épinière à travers la toile de son imperméable, tout ça c’était bien réel, tout de même !

où l’on s’immisce sans vergogne jusque dans les rêves du lecteur

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , on juin 10, 2010 by michel brosseau

Que vous importe, lecteur, la marquise sortie à dix-sept heures, ses histoires de cœur, ses minauderies, sa nièce slammeuse ou même son étêté de marquis qui repose en paix dans un tiroir de l’institut médico-légal ! Car tremblant on peut vous deviner, ayant passé une nuit désastreuse, entrecoupée par ce cauchemar récurrent et néanmoins terrifiant où, entendant rouler jusqu’aux tréfonds de votre cerveau la voix blanche de Lognon avertissant le jeune Lapointe d’un danger imminent, vous tentiez de sauver l’inspecteur mais à chaque fois vous heurtiez impuissant à ce fameux duo au fort accent hispanique : celui à la face rubiconde et au généreux embonpoint vous plaquait au sol pendant que le grand échalas long comme un jour sans pain braquait son arme de poing en direction de Lognon, affichant un terrible sourire d’assassin hépatique. Pendant que le petit gros vous oppressait de toute sa bedaine, vous tentiez, mais en vain, de retrouver là où vous les aviez déjà rencontrés, tout, tant dans leur allure que dans leurs manières, vous laissant une nette impression de déjà vu. Vous cherchiez, mobilisant toute votre énergie afin de les identifier, mais à chaque fois, alors que la solution semblait enfin se profiler dans l’un des nombreux replis de votre mémoire, vous entendiez un énorme éternuement qui, aussitôt, vous ramenait à l’état de veille, en sueur sous votre couette, le cœur battant à un rythme digne d’un dieu du stade en plein effort. Alors vous vous leviez, et, après avoir avalé un verre d’eau devant l’évier de votre cuisine, vous vous dirigiez vers les rayonnages de votre bibliothèque, les parcourant du regard avec la vague impression que peut-être était-ce là que se trouvait la solution. Vous tripotiez quelques livres au hasard puis, haussant les épaules, vous vous disiez que tout cela ne rimait à rien, que vous n’étiez décidément pas capable de grand-chose sans ces satanés bouquins, puisque non seulement ils nourrissaient vos rêves, mais ceux-ci vous ramenaient encore à eux.

où une première très longue phrase laisse la place à une seconde beaucoup plus courte

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , , on juin 9, 2010 by michel brosseau

Bien éberluée aurait été la marquise si, se trouvant au-dedans de la voiture dextrement conduite par Lapointe, elle avait aperçu le lieu de destination du commissaire à l’épatant appendice, et sans doute aurait-elle réclamé qu’illico on la ramène à cet appartement dont elle était paraît-il sortie exactement deux jours plus tôt, car dix-sept heures s’affichait au tableau de bord du véhicule, tout comme à la montre de Lognon, héritage de son oncle Édouard, ancêtre vénérable et vénéré dont il resterait tant à dire, mais dont la mémoire, comme celle de tant d’autres illustres anonymes, demeurera sans doute à jamais condamnée à demeurer ignorée du grand public, car uniquement portée par son neveu, vaillant flic qui vit peut-être ses derniers instants, allant au devant du péril, animé autant par la bravoure que par le sens du devoir, et sans doute aussi par un zeste d’intérêt personnel, claquant fermement sa portière dans ce parking désert de la zone industrielle nord de Vitry-les-Ulis, marchant vers son destin la tête haute et le regard lourd, les traits tendus par une concentration extrême, scrutant chaque centimètre carré du bâtiment de taule gaufrée vers lequel il s’avance, le pas ferme et décidé, remarquant les panneaux à vendre ou à louer qui ornaient la façade, tout comme celles des bâtiments voisins qui avaient connu le même sort que ce grossiste en quincaillerie, entrepôts vides qui, assurément, constituaient un lieu de rendez-vous idéal, et prouvaient que les membres du collectif Burma possédaient un sens aigu de la mise en scène, choisissant un décor digne de ces films américains dont le jeune Lapointe se gavait très certainement, de ces lieux déserts où les voitures dérapent en faisant crisser leurs pneus, où cachés derrière des fûts de métal ou des empilements de cartons surgissent soudain des hommes en noir, armes automatiques en mains, remplissant l’espace sonore de l’entrepôt du crépitement de leurs chargeurs inépuisables, où d’un athlétique et savant roulé-boulé un flic aux nerfs d’acier et à la mine patibulaire rejoint le monte-charge qui lui permet de prendre à revers et par surprise des malfaiteurs dont les agissements ne sont pas sans lien avec la mort de sa femme, celle qu’il aimait tant et dont il noie le souvenir dans le whisky depuis ce jour où son chef de service lui annonça sa chute mystérieuse dans une baignoire remplie d’acide. « Lapointe ! Attention ! »

où l’on sait enfin ce que Lognon reproche au commissaire Maigret

Posted in flics et privés, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , on juin 5, 2010 by michel brosseau

La marquise sortie à cinq heures ignorait certainement tout autant que le jeune Lapointe les aventures du commissaire Maigret, peu encline qu’elle était à la lecture de cette littérature populaire dont les sœurs de Notre-Dame de l’Estuaire lui avaient appris à se méfier comme de la peste. Le récit entrepris par Lognon ne lui aurait certainement pas donné le goût de ces opuscules que feu son étêté marquis de mari lisait parfois en cachette, dissimulant sous son journal quotidien ces couvertures aux couleurs criardes où s’étalaient assassins aux couteaux brandis et révolvers braqués, créatures libidineuses et flics vêtus d’imperméables été comme hiver. Peut-être ce pauvre André, qui appréciait tant cette littérature sans majuscule ni particule,  se serait-il souvenu, du temps où il avait encore la tête sur les épaules, de cette enquête qu’évoquait en ce moment le flic à l’épatant appendice, où Maigret à la poursuite d’un Letton et néanmoins jumeau avait démontré son absolu manque de professionnalisme – comme tant d’autres, Lognon appréciait beaucoup ce terme – et même de pragmatisme – difficile de ne pas associer les deux – en étant, d’une part, responsable de l’assassinat de l’inspecteur Torrence, jeune Français méritant et promis à une belle carrière, mais stoppé net sur le chemin de la gloire par des voyous étrangers aux noms imprononçables, et, d’autre part, en laissant l’ignoble Letton se coller une balle dans la bouche afin d’échapper à la justice de notre belle République, montrant une nouvelle fois de quel côté penchait son cœur, du côté d’un misérabilisme naïf et arrosé de bons sentiments, d’un rousseauisme aveugle aux réalités socio-économiques qui font du monde dans lequel nous vivons une jungle où tous les coups sont permis, car il avait suffi au Letton d’étaler complaisamment sa vie de raté qui n’avait jamais su plus que pu prendre en main son destin et s’engager sur la voie de la réussite pour que le gros Jules le laisse en dehors de toute déontologie commettre l’irréparable… « Mais, rassure-toi, mon petit Lapointe, avec moi je peux te dire que ça marche pas comme ça !… D’abord, tu me connais un peu quand même maintenant… Combien de temps qu’on travaille ensemble au jour d’aujourd’hui ? »