Archive pour oncle Edouard

où, fidèle à ses habitudes et solidaire du commissaire Lognon, l’auteur se refuse d’écorcher l’anguille par la queue

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , on juin 4, 2010 by michel brosseau

N’étant pas du genre à écorcher l’anguille par la queue, Lognon rappela d’emblée au jeune Lapointe que sans cette fameuse marquise sortie à cinq heures, tout deux ne seraient pas en ce moment dans cette voiture, en train de s’acheminer vers une mission à haut risque. « Bien sûr, patron ! Mais, tout à l’heure, vous parliez de Maigret, tout ça… C’est quoi que vous vouliez dire, au juste ? » Après quelques propos sur la nécessité de commencer par le début afin d’être clair, circonvolutions oratoires dont vous n’aurez pas même le résumé, ceci afin de ne pas abusivement ralentir le rythme de ce feuilleton, le commissaire toussota afin de s’éclaircir la voix puis, pipe d’une main et paquet de tabac de l’autre, déclara tout en bourrant sa pipe : « Tu sais mon petit, ce n’est pas pour me vanter mais, si tu veux connaître la grande différence entre moi et le gros Maigret, et ce en toute modestie… parce que, comme disait l’oncle Édouard… je t’ai déjà parlé de mon oncle Édouard ?… et bien, l’oncle Édouard, il citait souvent un proverbe qu’il avait ramené là-bas, de l’Asie lointaine, quand il a participé à la croisière jaune… c’est connu, les proverbes chinois et compagnie, hein !… ça va loin… ça va loin… donc, en toute modestie, la différence entre moi et Maigret, si tu veux que je te dise, et bien c’est que moi en bientôt quarante ans de carrière, mon petit Lapointe, quarante ans, tu m’entends bien ?… quarante ans et jamais un pépin, tu vois… jamais !… des bastos, j’en ai entendu siffler et sans doute même plus souvent qu’à mon tour… parce que, sans parti pris aucun, qui c’est qu’on envoyait à chaque fois sur les coups durs pendant que Maigret faisait le malin ?… parce que, je sais pas si t’as remarqué, mais ce gars-là, il pousse le vice jusqu’à enquêter pendant ses vacances !… et pourquoi, d’après toi ?… oh ! pas la peine d’aller chercher  bien loin, mon petit !… si le gros Jules, il travaillait pendant ses vacances, c’est primo qu’il préférait se trouver face aux caves de province plutôt qu’avoir à faire avec les durs que je me suis à chaque fois coltinés !… et deuzio, c’est qu’il lui restait sûrement de l’énergie pour bosser pendant ses vacances, vu qu’il en faisait quand même pas lourd quand il était sur Paris !… Je sais pas si je me fais bien comprendre ?… Et pourquoi qu’il en faisait jamais bien lourd sur Paris ?… Tu veux que je te le dise ?… » Là, Lognon s’interrompit pour allumer sa pipe.

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où le commissaire Lognon se trouve soudain ragaillardi

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , on mai 17, 2010 by michel brosseau

Que les deux en question, mais aussi en suspens, soient, selon les dires de Yann-Erwann, dotés d’un fort accent hispanique, n’étonnera guère ceux qui, depuis janvier, suivent les tribulations de la marquise sortie de chez elle sur les coups de cinq heures. Lognon en aurait mis sa main à couper : il s’agissait des mêmes qui avaient mis une trempe à ce pauvre Alfonsi lors de sa visite dans l’appartement de Yann-Erwann. Et qui avaient donc subrepticement, ou profitant de sa perte de conscience passagère suite aux coups qu’ils lui avaient infligés – les deux hypothèses me semblent personnellement tout aussi valables l’une que l’autre – glissé dans la poche du privé à la triste allure le fameux message signé du collectif Burma. Il la tenait sa piste ! C’était du solide que lui amenait le tennisman mais néanmoins breton… Certainement les mêmes qui, sous les yeux de Décembre et d’Alfonsi, avaient enlevé de façon magistrale l’énigmatique Sofia Aldobrandi, soi disant jumelle de la Vanessa du même nom, elle même bonniche d’Emma de la Bôle retrouvée strangulée rue de la Folie-Méricourt après pétage de plomb passionnel du sentimental et jaloux monsieur Swann. Fabuleux ! Extraordinaire ! L’enquête avançait… Le piège, à coup sûr, allait lentement se refermer sur le collectif Burma… Mais attention!… Pas d’affolement ni de précipitation!… De la méthode !… C’était ça qu’il fallait en pareil moment… De la méthode ! Toujours de la méthode !… L’oncle Édouard, dans sa grande sagesse, n’avait-il pas coutume de dire que rien ne sert de courir pour qui part à temps en sachant où il va… Avant tout continuer de faire parler Yann-Erwann… Qu’il dise tout ce qu’il sait sur ces deux individus… Ensuite contacter Décembre pour lui demander s’il avait retrouvé la piste de la Sofia Aldo machin chose… Mais surtout ne rien transmettre au grand patron !… Lui mettrait à coup sûr des bâtons dans les roues… Un risque à prendre !… Faire éclater la vérité au grand jour !… Pas toujours bonne à dire, certes… Mais pas d’autre solution s’il ne voulait pas sombrer corps et âme dans la fiction !… Et puis, Milan Moneste avait déjà tant fait pour lui !…

où faire preuve de cœur n’empêche pas les piques

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , on mai 1, 2010 by michel brosseau

Peu scrupuleux quant à la morale, Alfonsi n’était néanmoins pas privé de cœur, comme en témoigne sa réaction au piteux spectacle qu’offrait Lognon, effondré au plus creux de ses tourments intérieurs, aspirés par l’angoisse de sombrer corps et âme dans la fiction : « Allons, mon vieux Lognon, c’est quand même pas une marquise qui va vous mettre dans des états pareils, même sortie à 5 heures !… Du nerf, commissaire !… Tout n’est pas perdu… Du moins si on agit assez vite ! » À ses mots, celui que son oncle Édouard surnommait affectueusement Lassoupâh releva soudain la tête et, après avoir, d’un geste précis et mécanique, décongestionné l’épatant appendice qui ornait son visage, déclara : « Ce qui signifie ?… » « Ce qui signifie, ce qui signifie… Vous en avez de bonnes ! Si vous croyez que c’est facile de discuter comme ça, le gosier à sec… Surtout que ça risque d’être un peu long… Parce que pas la peine de me faire un dessin : je sais bien que vous allez me menacer de me retirer ma licence si je vous révèle pas tout ce que je sais… Je suis pas plus con qu’un autre… D’ailleurs, sans vouloir offenser personne, mais n’importe quel lecteur de polars aurait déjà deviné ce que vous vous apprêtiez à me dire, avant de tomber dans vos songeries… » Lognon hocha la tête tout en tapotant un dossier à la couverture jaunie par le temps : « Moi aussi, j’ai roulé en 4L… » Le privé à la triste allure ne lui laissa pas le temps de poursuivre : « C’est bien ce que je disais, on devrait pouvoir s’entendre ! » Le commissaire répliqua tout en allumant sa pipe : « Se comprendre, Alfonsi… se comprendre ! »

où le commissaire Lognon réfléchit, divague, et de nouveau réfléchit

Posted in collectif Burma, flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise, Milan Moneste, Uncategorized, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on avril 29, 2010 by michel brosseau

Le commissaire Lognon en était là de ses réflexions, à peine 48 heures après que la marquise soit sortie de chez, déclenchant intempestive le cours de ce récit sinon les événements qui le composent. Il la tenait son explication, tout du moins le début de celle-ci : de bonniche, Vanessa se transformait en criminelle de grande classe, une beauté rebelle et fatale à tous ceux qui l’approchaient, une héroïne insaisissable toujours prête à défendre la fiction. C’est Milan Moneste qui allait être content ! Pas tous les jours qu’on vous livre sur un plateau un personnage d’aussi grande classe. Il allait se régaler, c’était certain. Il la qualifierait d’égérie du monde fictionnel en révolte. Il aimait bien ce genre de formule, le grand Moneste. Un peu comme l’oncle Édouard, en fait. Étrange que Lognon n’ait jamais fait le rapprochement auparavant. Maintenant qu’il y songeait, ça lui paraissait tellement évident. Si seulement il avait eu le temps d’écrire ses mémoires avant de mourir. Avec une vie aussi bien remplie et ce goût pour la langue qui rutile, les mots qui claquent et les pensées qui bousculent… Le commissaire divagua quelques instants, puis, vidant le fourneau de sa pipe dans le cendrier placé sur sa table de travail, et apercevant les mégots laissés là par Décembre, se leva d’un bond et se mit à tourner dans son bureau. Pourquoi donc n’y avait-il pas songé plus tôt ? La fatigue, sans doute. Avoir oublié que Décembre avait été chargé de retrouver Sofia Aldobrandi, après que celle-ci ait été enlevée sous ses yeux et ceux d’Alfonsi, tous deux réduits à la même impuissance par ce duo d’hispanisants qui avaient déjà démontré leur talent en assommant le privé à la triste allure dans l’appartement de Yann-Erwann, tennisman et néanmoins breton, amant d’Emma de la Bôle qui, au même instant, ou presque – tout s’accélérant d’une manière significative, lecteur, sinon signifiante – franchissait le seuil du Quai des Orfèvres, numéro 36. Non, si ces deux sbires qui, très vraisemblablement, appartenaient au collectif Burma, l’avait enlevée, Sofia ne pouvait être Vanessa, la première citée était donc encore vivante et la seconde le macchabée qui reposait dans un tiroir de la morgue avant que la marquise ne s’évanouisse dans les bras du commissaire. Lognon soupira longuement. Décidément, cette affaire était d’une complexité…

où le lecteur profite des réflexions du commissaire Lognon

Posted in flics et privés, marquise, Milan Moneste, Vanessa with tags , , , , , , , on avril 27, 2010 by michel brosseau

« La marquise, en sortant il y a deux jours vers dix-sept heures, elle se doutait pas que sa bonniche Vanessa n’avait plus que quelques heures à vivre. Et même si elle l’avait su, ça aurait changé quoi ? Rien ! Vraisemblablement rien ! » Le commissaire interrompit sa réflexion, le temps de se bourrer une pipe. « À moins que… Mais oui ! Pourquoi n’y avoir pas songé plus tôt ? L’oncle Édouard avait bien raison quand il disait comme ça, que les idées… Mais, bref !… Surtout ne pas perdre le fil !… J’en étais où ? Ah oui !… » Le temps de tirer une bouffée, et il reprit le cours de ses pensées. « Elle était décidément très forte, cette Vanessa !… Toujours se méfier des bonniches… On croirait pas comme ça, mais… Combien d’affaires où que les bonniches, elles m’ont tenu la dragée haute ? Faudrait que je demande, un jour, à Moneste… Mais là, un coup pareil, jamais on me l’avait encore fait !… Mais c’est qu’attention : à maline, malin et demi !… Je l’ai mis où, mon briquet ? Ah ! Voilà !… » Inutile de vous préciser ce que fit alors le commissaire. « Vraiment trop fort !… Je me doutais bien aussi… Faudrait que je mette ça par écrit… Avant que ça m’échappe !… Mon stylo ?… Toujours pareil, quand on a besoin de quelque chose… Ah ! Voilà !… Voyons voir… Vanessa ! Hé hé ! À nous deux, Vanessa ! »

où Lognon élabore un plan d’action

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Milan Moneste, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , on mars 18, 2010 by michel brosseau

L’inspecteur Décembre n’était pas peu fier quand il sortit du bureau du commissaire, les yeux cernés par la fatigue – il n’était pas loin de sept heures du matin – mais satisfait de son travail : s’il n’était pas parvenu à faire se contredire la marquise sur son prétendu horaire de sortie – il avait eu beau multiplier les questions pièges, elle n’avait cessé d’affirmer être sortie à cinq heures – il considérait néanmoins comme une victoire importante cet aveu qui venait d’échapper à sa cliente : elle connaissait bel et bien l’existence du collectif Burma… Et savait même que sa bonniche en faisait partie !… Elle qui jusqu’alors n’avait eu de cesse d’affirmer n’être au courant de rien quant aux activités de son marquis de mari… Lognon ne sembla pas étonné quand l’inspecteur vint lui annoncer ses découvertes. S’extirpant du fauteuil dans lequel il avait vainement tenté de dormir un peu, le commissaire se rendit jusqu’à la fenêtre du bureau, et là, tournant le dos à ses inspecteurs, ses deux mains posées bien à plat sur le radiateur qui se trouvait là, plongea le regard sur la cour intérieure du quai des Orfèvres. Pas un mouvement à l’extérieur. Pas un bruit, si ce n’est, sur les quais, le crescendo tendu d’une moto dont on poussait à fond les régimes. Lognon demeura ainsi quelques minutes, puis, se retournant en baîllant, s’adressa enfin à ses hommes : « Du bon boulot, les gars !… Quand Milan Moneste va apprendre ça !… Lapointe, mon petit, à ton tour d’aller la cuisiner !… Et surtout te laisse pas impressionner… On est pas du même monde, elle et nous, mais c’est pas pour autant qu’il faut qu’on s’écrase… Au contraire, même !… Tiens ! Tu veux savoir ce qu’il me disait toujours l’oncle Édouard, à propos des gros, comme il les appelait ? Des « pompe-moelle », qu’il disait… Ah ! ils avaient pas peur des mots, à l’époque. Il répétait ça tout le temps, même que ma mère, ça l’énervait… Elle trouvait que c’était pas des choses à dire devant un gosse… Il disait comme ça : « Plus c’est l’opulence et tant plus c’est la charogne ! » C’est ça qu’il faut avoir en tête, avec des clientes comme la marquise !… Ça et pas autre chose !… Ah ! Mais attends ! Elle a voulu jouer avec nous !… Très bien !… Lapointe, tu nous la cuisines à feu doux… Lucas, tu prends le relais dans une heure… Jusqu’à midi, s’il le faut, vous me la lâchez pas !… Toi, Décembre, tu mets le paquet pour nous retrouver la Sofia Aldobrandi… M’a pas l’air beaucoup plus franche du collier que sa sœur, celle-là !… Pendant ce temps-là, je crois bien que j’aurais tout intérêt à rendre une petite visite de courtoisie à Félicité… Pas que les maisons de retraite soient vraiment ma tasse de thé, mais je suis à peu près certain qu’elle aura des choses intéressantes à me raconter sur ses patrons, la pauvre vieille… »

où l’on regrette de ne pas avoir le temps de méditer sur le récit de Lognon

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquis, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , on mars 14, 2010 by michel brosseau

Le commissaire Lognon aurait aimé prendre le temps de commenter son récit, sachant ô combien il était important de méditer les textes dont on s’était imprégné, rejoignant une longue tradition que nous n’aurons pas le loisir d’évoquer davantage car, déjà, le visage pâli par la colère et le manque de sommeil, le regard noir, pénétrait dans le bureau cette même marquise qui, l’avant-veille, aux environs de dix-sept heures, avait quitté son domicile. S’agitant, proférant des menaces quant à la promotion de l’ensemble de la flicaille qui se tenait à portée de ses invectives, Emma de la Bôle se comportait sans plus de souci du protocole. Lognon, une nouvelle pipe au bec, l’invita à s’asseoir, et, d’un pas nonchalant que ses inspecteurs connaissaient bien, signe infaillible que le commissaire avait une idée derrière la tête, se dirigea vers le placard qui se trouvait au fond de la pièce, et en ramena une bouteille de Chartreuse ainsi que deux verres. Une fois les verres servis, et l’ensemble des inspecteurs renvoyés : « Attendez-moi à côté ! Je vous ferai signe, quand j’aurai besoin de vous… », Lognon se tourna vers la marquise et, la regardant droit dans les yeux : « Comme disait mon oncle Edouard, un remontant ne peut jamais faire de mal si on n’a pas le gosier en pente !… » Réflexion qui ne parvint aucunement à dérider son interlocutrice. « Il faut que nous parlions, tous les deux. Pour être franc, je suis certain que vous me cachez quelques petites choses. » Emma, aussitôt, s’était redressée sur sa chaise, comme piquée au vif. « Oh! Ne vous en faites pas, madame la marquise : tout va bien. Mais j’ai l’impression que vous ne vous rendez pas bien compte de la gravité de la situation. Non pas que je vous soupçonne de quoi que ce soit…* Mais le pays est en danger, Madame. Ce collectif Burma… » Le commissaire remarque la légère rougeur qui apparut sur les joues de la marquise lorsqu’il prononça ces mots. Sans doute en savait-elle plus qu’elle ne l’avait affirmé jusqu’alors, jouant les ignorantes quant aux activités de son marquis de mari. « Ce collectif Burma, disais-je, représente un terrible danger pour la France. Et peut-être même, pour l’ensemble de la planète !… » Lognon avala une gorgée du sirupeux breuvage qu’il aimait tant, tira quelques bouffées sur sa pipe, puis reprit : « Avant que vous n’embauchiez Vanessa Aldobrandi à votre service, vous aviez une domestique du nom de Félicité… C’est bien cela ? »

*L’auteur entend déjà les commentaires acerbes de certains de ses lecteurs qui, très certainement, n’hésiteront pas à affirmer qu’il s’agit là d’une reculade motivée par l’apparition d’Emma de la Bôle sur le réseau Facebook. À ceux-là nous nous contenterons de rappeler que nous nous bornons ici à rapporter des faits qui nous ont été rapportés. Quant à la manière dont nous avons pris connaissance de ceux-ci, chacun comprendra aisément que nous ne puissions rien en révéler ici.