où Milan Moneste fait des confidences

Après avoir servi à Lognon un verre de Chartreuse – tenant à se démarquer de Maigret jusque dans le choix de ses boissons, il revendiquait haut et fort, et ce à n’importe quelle heure de la journée, son goût pour ce breuvage liquoreux tant abhorré par Jules – Milan Moneste, dont l’abstinence désormais totale en matière de boissons alcoolisées était bien connue*, débuta ainsi son récit : « Mais où en étais-je ? Ah ! oui, cette danseuse du Picratt’s. Vraiment, je n’aurais jamais cru que cette fille prenne une place aussi importante dans ma vie. Sans doute ne vous en souvenez-vous qu’à peine, voire même pas du tout. Et je le comprendrais parfaitement : c’était un de ces personnages secondaires qui vous confient, au beau milieu d’un chapitre, quelques indications qui relancent l’enquête, sans même d’ailleurs sembler se rendre compte de l’importance capitale des informations qu’ils vous livrent. Vous aviez interrogé cette fille en coulisses, juste après son numéro de strip-tease. Elle était vaguement couverte d’une sorte de peignoir. Une jolie fille, je me souviens que vous vous en étiez intérieurement fait la remarque. Oh ! en tout bien tout honneur, évidemment… Vous aviez aussitôt noté dans votre gros calepin noir à élastique les informations qu’elle vous avait données – c’était au sujet d’un dénommé Oscar Bonvoisin, qui se trouvait dans la salle le soir où la grande Tania s’était fait lâchement étrangler, quand elle était rentrée chez elle au petit matin… le même Oscar Bonvoisin que le cordonnier de la rue des Flandres avait vu entrer dans le bistrot qui faisait face à sa boutique le jour où cette diseuse de bonne aventure – comment s’appelait-elle déjà… mais qu’importe !… Je ne vais tout de même pas vous faire l’affront de vous raconter une enquête que vous avez mené !… Non, si je vous parle de ça, c’est parce que ce personnage secondaire, cette dénommée Arlette, danseuse au Picratt’s… Mais c’est tellement difficile… Comment dire ? Si j’avais pu imaginer qu’un jour… Mais je tergiverse, je m’en rends bien compte… Je tergiverse, et vous, vous ne devez pas avoir que ça à faire, commissaire, hein !… M’écouter bien gentiment raconter mes histoires… Bref, il se trouve que j’ai croisé la gamine, par le plus parfait des hasards, je vous assure, dans un de ces bistrots où je traînais pas mal à l’époque. Elle venait acheter des cigarettes, si je me souviens bien. Je la reconnais… On échange quelques mots… Je lui paye un verre… On discute… Enfin, vous voyez, quoi… Moi, je me disais que ça serait juste une aventure comme tant d’autres. Vous vous souvenez que j’étais loin d’être un ange, à cette époque-là… Enfin, c’est la vie, hein ! On est comme on est !… Si seulement j’avais pu prévoir dans quelle histoire je m’embarquais !… Ne serait-ce que deviner le centième de ce que cette passade allait m’obliger à faire. Vous voyez, commissaire, encore aujourd’hui, rien que de vous en parler j’en ai les larmes qui me viennent… Excusez-moi, Lognon, mais vous savez, quand on doit porter un tel poids sur sa conscience… Parce que j’ai été un salaud, et pas seulement parce que j’ai trompé ma femme… Non ! Cette gamine m’a amené à faire bien pire, Lognon, bien pire… »

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4 Réponses to “où Milan Moneste fait des confidences”

  1. Au fait Milan !!!
    (les auteurs, faut toujours que circonlutionne) (ses parents, à Milan, n’ont pas manqué d’humour : en même temps, s’il l’avait prénommé Pékin, ça n’aurait pas été mal non plus) (ce sont de jolies cités, en tout cas) (il y a quelque chose avec les prénoms chez cette marquise) (ah putain, Tûlâh-Profondan qui aime la chartreuse, tandis que Doumé c’est la suze, on est bien…) (pourquoi pas de l’izarra pendant qu’on y est ???) (je l’ai déjà faite, mais ça ne fait rien, ça m’amuse) (je suis d’humeur taquine aujourd’hui) (faut bien de temps en temps)
    Au fait, bordel, Milan, quoi !!!

  2. […] !… Étrange ! Je vous citais à l’instant cette mésaventure qui m’était arrivée avec cette danseuse du Picratt’s et maintenant, cette lettre… Incroyable !… » Le commissaire le regardait s’agiter dans […]

  3. […] Sofia n’a existé que dans l’imagination de votre serviteur… Vous vous souvenez de la dernière visite que vous m’avez rendue ? Et bien, pendant ce temps, Vanessa se faisait passer pour sa sœur jumelle auprès de cette […]

  4. […] dans cette affaire. Vous m’avez même confié votre trouble. J’avais alors tenté de vous mettre sur la piste, de faire tomber un pan du voile afin que vous puissiez un peu mieux saisir la véritable dimension […]

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