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où Binet verbalise ce dont il a été le témoin

Posted in collectif Burma, flics et privés, marquise, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , on février 11, 2010 by michel brosseau

La marquise n’eut pas à sortir comme elle l’avait fait, la veille, aux environs de dix-sept heures, occupée qu’elle était à lire et relire, circonspecte, les noms qui figuraient sur la liste établie par son marquis de mari. Circonspecte, oui, et même affichant une moue franchement dubitative. Mais laissons-la à ses réflexions et relectures, trop respectueux que nous sommes de cette nécessaire méditation sur le texte, et rejoignons Alfonsi qui, à tout hasard, s’est rendu au buffet de la gare d’Austerlitz après que Binet lui ait fait quelques révélations. Celui-ci avait en effet aperçu, peu de temps après le passage du privé, deux hommes aux vêtements plus que défraîchis entrer dans l’immeuble du bellâtre aux raquettes (c’est ainsi que l’homme au tour à bois nomma Yann-Erwann lorsqu’il fut en confiance avec Doumé). Deux types qui avaient l’air bizarre au moment de leur arrivée, et qui étaient carrément plus que louches à leur sortie de l’immeuble. Comme paniqués, un peu. On sentait bien qu’il s’agissait d’un départ précipité. Et en plus, ils étaient pas d’accord tous les deux. Pour parler simple, on aurait même pu dire qu’ils s’engueulaient. Non pas que Binet ait cherché à entendre ce qu’ils disaient, mais comme ils étaient sur le trottoir de l’autre côté de la rue, pile poil en face de chez lui… Ce qu’ils se racontaient exactement, il n’en savait trop rien. Parce qu’ils avaient un accent drôlement marqué, genre espagnol ou Amérique du sud. Mais il avait bien vu comment qu’ils gigotaient des bras et des mains comme deux gars en colère. Il lui avait même semblé à un moment que le petit gros – parce qu’il y avait un petit gros plutôt rougeaud de teint, et puis un grand échalas tout maigre, l’air malade du foi, bruns tous les deux – que le petit gros, il expliquait à l’autre que c’étaient pas des méthodes comme il fallait en avoir aujourd’hui que de cogner comme ça… Que ça se terminerait forcément mal un jour, toutes ces bagarres à la moindre occasion. Ils s’étaient engueulés cinq dix minutes comme ça, et puis après ils avaient essayé de choper un taxi. Sans succès ! Trois ou quatre taxis qui étaient passés. Et libres, pourtant ! Mais pas un seul qui s’était arrêté. Faut dire aussi, vu la dégaine des deux lascars !… Avec un peu de chance, ils étaient arrivés d’Espagne il y a peu. Comme vous pouvez le constater, ça gambergeait dans la tête d’Alfonsi. Si habillés comme des clodos, plutôt en train qu’en avion. Se remarquait pareil duo. Avaient peut-être pris quelque chose au buffet en arrivant. Interroger les taxis aussi. C’était quand même pas des manières d’assommer les gens comme ça!

où la marquise, de nouveau, clique et reclique

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, lecteur à la rescousse, marquis, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , on février 10, 2010 by michel brosseau

Si la marquise prit la peine de raccompagner Jean Valgrand jusqu’à la porte de l’appartement, pouvant ainsi constater de visu qu’elle avait bien tout à l’heure négligé la fermeture des verrous, elle ne souhaita pas, impatiente qu’elle était de découvrir quelles informations recélaient les fichiers informatiques de son défunt marquis de mari, sortir comme elle l’avait fait, la veille, environ à la même heure, déclinant aussitôt l’invitation de J.V. à rejoindre en sa compagnie quelques amis qui, ce soir, préparaient un mini festival punk dans un squat où il traînait assez souvent. Soulagée par le départ de cet immonde énergumène, mais amusée à l’idée que le commissaire Maigret ait pu se livrer à de pareilles frasques extraconjugales, Emma alla s’installer de nouveau devant l’ordinateur d’André, curieuse de découvrir qui étaient les membres de ce collectif Burma, fébrile même, tout comme vous, lecteur. Mais c’était sans compter sur les ressources technologiques contemporaines, car, à peine s’était-elle assise confortablement dans le fauteuil du bureau, et avait-elle saisi de sa main droite cet objet oblong que l’on avait cru bon de dénommer souris – pauvre France, ta langue fiche le camp ! – qu’Emma vit s’afficher une petite enveloppe au bas de l’écran à droite. Un mail ? Et si c’était… Nerveuse, Emma cliqua comme elle put et, après quelques manœuvres infructueuses – Marie-Mathilde avait raison l’autre jour : le stage qu’elle avait suivi commençait déjà à être loin, et elle ne pratiquait pas assez, parce que c’était cela le secret, comme cela l’était pour le piano ou le sport, ou même, comme l’ajoutait ce mécréant d’André (il était parfois si facétieux !), comme pour la foi religieuse, l’important était la régularité de la pratique – enfin parvenir à ouvrir la messagerie de son défunt mari de marquis : le message provenait d’un certain Binet… Ne lui disait rien, ce nom-là !… Ou alors, peut-être… Mais pourquoi l’associait-elle à l’image d’une pharmacie ? Non, elle ne voyait pas… Décidément, cette journée… Toutes ces rencontres inattendues… tout ce stress… il y avait de quoi en perdre la tête… ah ! voilà, le mail était ouvert… voyons… c’était signé Alfonsi… ne pouvant parvenir à vous joindre par téléphone… décidément, qu’elle était étourdie aujourd’hui !… les verrous oubliés… et maintenant le téléphone qu’elle avait mal raccroché… sans doute après l’appel, tout à l’heure, de Marie-Mathilde… le collectif Burma pourrait avoir une dimension internationale… ciel ! ne manquait plus que cela !… signalement de deux individus suspects… une piste, tout de même, ce n’était pas trop tôt !… vous tient au courant… bien… un coup d’œil à cette fameuse liste, et ensuite…

où téléphone et web croisent l’héraldique

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , on janvier 16, 2010 by michel brosseau

Sortie, selon ses dires, la veille et à dix-sept heures, ce qui, vous l’avouerez peut paraître surprenant de sa part (n’avait-elle pas exprimé son souhait de plus jamais mettre les pieds dehors à une heure pareille, et ce publiquement qui plus est, comme vous pourrez le constater en grâce à la magie d’Internet, outil qui, vous le savez, a révolutionné notre quotidien, et dont chacun use comme il l’entend, pour le meilleur ou pour le pire : pour notre part, nous avons humblement choisi de le mettre au service de la vérité), la marquise ouvrait la porte du bureau lorsque le répondeur se mit en marche : une voix hésitante et un peu nasillarde, la voix d’un homme enrhumé dont la prononciation défectueuse et le débit saccadé l’avaient empêché de percevoir clairement le nom, s’empêtrait dans des formules d’excuses convenues: parce qu’en effet la déranger si tôt, au vu des circonstances et dans pareille épreuve etc. Emma décrocha. Son interlocuteur s’appelait Lognon, le commissaire Lognon, en charge de la brigade spéciale du quai des Orfèvres. On avait retrouvé, la veille, dans l’arrière-cour d’un immeuble situé rue de la Folie-Méricourt, le corps d’une jeune femme assassinée par strangulation. « Je me permets de vous appeler, Madame, parce que, n’ayant retrouvé aucune pièce d’identité dans les poches de la victime, et celle-ci n’étant répertoriée dans aucun de nos fichiers, vous seule pouvez nous aider… » Interloquée, la marquise ne dit mot. Décidément, rien ne lui serait épargné ! «Je m’explique, Madame : la jeune femme en question portait à son annulaire gauche une bague, très belle d’ailleurs, que nous avons fait examiner par nos spécialistes de l’Identité Judiciaire. Et il s’est révélé, après une nuit entière de recherches, et bien des tâtonnements, que le motif gravé sur ce bijou représente le blason de la famille de La Bôle : d’hermine, à la bordure componée de gueules et d’argent. » André aurait-il osé ? Emma, en proie aux doutes les plus horribles, n’écoutait plus Lognon que d’une oreille distraite. Que lui importait qu’une voiture de police passerait bientôt la chercher?