Archive pour Meudon

où il est aussi question d’amour (un peu)

Posted in flics et privés, marquise with tags , , , , , , , , , , , , , , on avril 8, 2010 by michel brosseau

Le taxi put enfin terminer son histoire qui, il nous faut bien l’avouer, n’avait strictement aucun rapport avec la sortie de la marquise, deux jours plus tôt, aux environs de dix-sept heures. Une histoire toute bête, d’ailleurs, que nous allons vous résumer, craignant la tendance à la digression du chauffeur, et conscient que le temps de la narration a beau être élastique, ce trajet entre Meudon et le quai des Orfèvres prend l’allure d’une odyssée. Donc, en gros, la météo avait vite tourné à l’orage, entre les trois. Vous vous souvenez ? Deux gars, une fille. La donzelle en question était maquée avec un des deux. Seulement, le gars, c’était pas son truc, le baratin qu’elle aime bien, les gonzesses. Lui, c’était le genre de mec un peu revenu de tout. Faut dire, aussi, rien ni personne n’avait voulu de lui. Ni l’école, ni le boulot ! Pas même ses parents, c’est vous dire… Y avait bien eu la taule, pendant un temps, mais ç’avait pas duré… Alors, vous comprenez, l’amour avec un grand A, comme elle lui disait la fille… Lui, il avait qu’un mot à la bouche, tout l’temps : « Ça m’dégoûte », qu’il répétait. Au sujet de tout : « Ça m’dégoûte ! » La fille, ça l’a énervé, à la fin. Surtout que l’autre mec qu’était là, ça le faisait marrer de la voir s’énerver. Il mettait de l’huile sur le feu, comme on dit. À la fin, le gars qu’aurait dû jouer l’amoureux transi, mais qui se sentait surtout en transit, avec passage obligé dans un labyrinthe où qu’on se cogne la tête contre les murs, il lui a fait, comme ça, à la fille : « Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi ?… Eh bien, entre toi et moi, y a toute la vie… » Dans le genre efficace pour lui clouer le bec, à la pétasse, c’était plutôt pas mal trouvé. Sans doute de devoir se taire qui l’a énervée comme c’est pas possible. Et qui lui a fait sortir le flingue qu’était dans sa poche de blouson. Son « gun », comme elle disait. Comme si de le dire à la sauce Shakespeare, ça changeait quelque chose. Comme si ça rendait plus fort. Comme dans les films ou dans les clips. Que ça vous faisait un autre, d’une certaine façon. Quelqu’un qui serait pas vraiment vous et qui serait embarqué dans une histoire. Mais voilà déjà que c’est reparti pour la digression ! Alors autant laisser terminer le chauffeur : « Moi, quand j’l’ai vue, dans l’rétro, en train de brandir son engin, j’vous prie d’me croire qu’je m’suis arrêté fissa… qu’ils se barrent, je me disais… qu’ils se barrent… coup de bol, que j’m’arrête, ça l’a comme qui dirait fait revenir à elle, la fille… alors, bon, ils sont gentiment descendus, sans me demander combien y m’d’vaient, mais ça, hein ! l’pognon !… ah ! quand j’y r’pense !… une chance encore qu’elle ait pas tiré ! parce qu’à une époque, hein ! bang ! et salut m’sieurs dames, on n’en parlait plus du gamin… parce qu’attendez, hein !… quand même fait quinze ans la nuit, le gars qui vous cause !… alors, bon, des pétards et compagnie, si j’vous racontais tout c’que j’ai vu !… »

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où l’on est à deux doigts d’en venir aux mains

Posted in flics et privés, marquise, Vanessa with tags , , , , , , , , , , , , , on avril 6, 2010 by michel brosseau

Lognon avait à peine raccroché que, déjà, le privé à la triste allure l’interrogeait, en prenant un air faussement dégagé : « Alors commissaire, ce gamin de Lapointe lui a fait cracher le morceau, sur son horaire de sortie, à la marquise ? Parce qu’entre nous, depuis le début, moi je la trouve louche, la mémère !… » Cette tentative aux buts multiples, effectuée tant dans un espoir de capter de l’information que de faire diversion, voire même de séduire, ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. Le commissaire, rangeant son portable dans la poche de son imperméable qui, malgré le chauffage poussé à fond par le taxi, n’avait pas encore eu le temps de sécher, se retourna vers le privé à la triste allure en affichant un étrange sourire, tandis que le chauffeur tapotait de ses doigts nerveux sur son volant, traduisant ainsi son désappointement de n’avoir pu terminer son récit quant au trio monté route des Gardes à Meudon : « Il faudra que nous parlions, tout à l’heure… Que nous parlions, en privé, comme on dit !… » Quelques instants de silence s’ensuivirent, silence lourd et plein de menaces, les deux hommes se jaugeant du regard dans un accès de pure animalité, fauves aux abois, retroussant babines et chaque muscle du corps tendu à l’extrême, douloureusement bandé, chacun regroupant ses forces et estimant celles de l’adversaire, comparables aux loups ou à ces chiens de traineaux qui, dans le Grand Nord, se lancent dans de déchirants combats pour décider lequel deviendra le chef de la meute ou de l’attelage. Lognon comme Alfonsi souhaitaient en effet prendre la main dans cette enquête, le premier afin de ne pas basculer définitivement dans la fiction, le second afin de laver son honneur professionnel qui avait été si lamentablement bafoué pendant sa filature ratée de Vanessa Aldobrandi. Sans doute le privé à la triste allure revoyait-il à ce moment l’immeuble à double entrée grâce auquel Vanessa était parvenue à se volatiliser, et, remontant encore plus loin dans le passé, entendait-il le bruit mat de la baguette s’écrasant sur le toit d’une 4L.

où il est question d’une course en taxi et de la route des Gardes

Posted in flics et privés, lecteur à la rescousse, marquise with tags , , , , , , , , , , , on avril 1, 2010 by michel brosseau

Le taxi poursuivait son monologue, aussi imperturbable que la marquise, prétendant toujours – rassurez-vous, nous gardons un œil sur ce qui se passe au quai – être sortie de chez elle vers cinq heures deux jours plus tôt, faisant par là preuve de constance, d’ignominie ou de bravoure – pour savoir quel substantif choisir, encore faudrait-il connaître la suite, ou avoir envie de vous la dévoiler, autrement dit avoir envie de vous faire plaisir ou de vous de la gâcher, en fonction du type de lecteur que vous êtes. « Remarquez, j’aurais dû m’en douter d’puis l’début qu’j’avais à faire à des drôles de loustics, rapport à où c’est qu’j’les avais pris, les trois… là-haut, sur la route des Gardes… de chez un vioque, qu’ils sortaient… une espèce de grand zig qui les a raccompagnés jusqu’à ma bagnole… avait vraiment plus l’air tout jeune, le gars… et puis, sûrement pas une grosse retraite… vous auriez ça, un peu, cet empilement de gilets tout rapiécés qu’il portait… ou alors, le gars, il était en train de jardiner… aussitôt j’me suis dit qu’il voulait s’en débarrasser, du trio… d’ailleurs, lui qu’avait appelé pour qu’on envoie un tacot chez lui… j’ai d’mandé après, au standard… rapport à c’qui s’était passé ensuite pendant l’trajet… vu que ça sentait l’louche, fallait voir comme, cette équipe-là… pour ça qu’j’vous en parle, à vous… parce que, hein !… le 36, au quai des orfèvres… deux gars en imperméable… enfin, vous voyez, quoi… avec l’expérience, bon !… quand même bientôt trente-cinq piges que j’fais c’boulot… alors évidemment, on r’père, à force… on voit passer tellement de monde !… et de tous les styles, j’vous prie d’me croire… un peu comme vous, en fait… en tout cas, les trois en question, pour être gratinés, ils étaient gratinés… moi, j’ai bien compris tout d’suite que l’vieux, c’était les mettre à la porte de chez lui, qu’il voulait… il leur disait, comme ça, avec un d’ces accents parigos !… vous l’auriez entendu !… c’est devenu des raretés, des types qui jactent dans son style… il leur disait, comme ça : « Parce que, vous comprenez, n’est-ce pas !… ce n’est pas que vous me dérangiez, mais… comment dire ?… je n’ai aucune envie de renouer avec ce passé, n’est-ce pas !… et puis, en grande partie à cause de vous que j’en ai autant bavé… l’hallali, toute la meute, pourquoi d’après vous, hein !… » Le vioque, tout en causant, il les poussait les deux mecs… une main sur une épaule de chaque… la nana, elle, elle suivait… on voyait bien qu’ça l’énervait qu’ils réagissent pas, les deux lascars… mais elle suivait quand même… en tout cas, une chose est sûre, si j’avais su à c’moment-là l’jeu qu’c’est qu’ils allaient m’jouer dans ma bagnole, jamais j’les aurais montés, ces trois-là… parce qu’à mon âge, c’est pas maintenant qu’on va commencer à m’emmerder !… et puis, bon, hein !… comme j’dis tout l’temps, vaut quand même mieux perdre une course que d’risquer d’se prendre une bastos !… »