où il est aussi question d’amour (un peu)

Le taxi put enfin terminer son histoire qui, il nous faut bien l’avouer, n’avait strictement aucun rapport avec la sortie de la marquise, deux jours plus tôt, aux environs de dix-sept heures. Une histoire toute bête, d’ailleurs, que nous allons vous résumer, craignant la tendance à la digression du chauffeur, et conscient que le temps de la narration a beau être élastique, ce trajet entre Meudon et le quai des Orfèvres prend l’allure d’une odyssée. Donc, en gros, la météo avait vite tourné à l’orage, entre les trois. Vous vous souvenez ? Deux gars, une fille. La donzelle en question était maquée avec un des deux. Seulement, le gars, c’était pas son truc, le baratin qu’elle aime bien, les gonzesses. Lui, c’était le genre de mec un peu revenu de tout. Faut dire, aussi, rien ni personne n’avait voulu de lui. Ni l’école, ni le boulot ! Pas même ses parents, c’est vous dire… Y avait bien eu la taule, pendant un temps, mais ç’avait pas duré… Alors, vous comprenez, l’amour avec un grand A, comme elle lui disait la fille… Lui, il avait qu’un mot à la bouche, tout l’temps : « Ça m’dégoûte », qu’il répétait. Au sujet de tout : « Ça m’dégoûte ! » La fille, ça l’a énervé, à la fin. Surtout que l’autre mec qu’était là, ça le faisait marrer de la voir s’énerver. Il mettait de l’huile sur le feu, comme on dit. À la fin, le gars qu’aurait dû jouer l’amoureux transi, mais qui se sentait surtout en transit, avec passage obligé dans un labyrinthe où qu’on se cogne la tête contre les murs, il lui a fait, comme ça, à la fille : « Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi ?… Eh bien, entre toi et moi, y a toute la vie… » Dans le genre efficace pour lui clouer le bec, à la pétasse, c’était plutôt pas mal trouvé. Sans doute de devoir se taire qui l’a énervée comme c’est pas possible. Et qui lui a fait sortir le flingue qu’était dans sa poche de blouson. Son « gun », comme elle disait. Comme si de le dire à la sauce Shakespeare, ça changeait quelque chose. Comme si ça rendait plus fort. Comme dans les films ou dans les clips. Que ça vous faisait un autre, d’une certaine façon. Quelqu’un qui serait pas vraiment vous et qui serait embarqué dans une histoire. Mais voilà déjà que c’est reparti pour la digression ! Alors autant laisser terminer le chauffeur : « Moi, quand j’l’ai vue, dans l’rétro, en train de brandir son engin, j’vous prie d’me croire qu’je m’suis arrêté fissa… qu’ils se barrent, je me disais… qu’ils se barrent… coup de bol, que j’m’arrête, ça l’a comme qui dirait fait revenir à elle, la fille… alors, bon, ils sont gentiment descendus, sans me demander combien y m’d’vaient, mais ça, hein ! l’pognon !… ah ! quand j’y r’pense !… une chance encore qu’elle ait pas tiré ! parce qu’à une époque, hein ! bang ! et salut m’sieurs dames, on n’en parlait plus du gamin… parce qu’attendez, hein !… quand même fait quinze ans la nuit, le gars qui vous cause !… alors, bon, des pétards et compagnie, si j’vous racontais tout c’que j’ai vu !… »

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