où Lognon n’est pas loin de faire pleurer le lecteur

Sans cette marquise sortie à cinq heures de l’après-midi deux jours plus tôt, sans doute Lognon ne serait-il pas dans cet effroyable état de détresse morale et de fatigue extrême dans lequel le découvrit Alfonsi lorsque le jeune Lapointe l’emmena dans le bureau du commissaire afin d’être interrogé : il ne semblait en effet pas bien fringant, l’homme à l’épatant appendice, les deux mains enserrant sa tête, le regard fixe posé sur sa table de travail, un de ces regards vides, pas même tourné vers l’intérieur, non, simplement accroché à un détail inutile et vide de sens, l’un des objets qui s’étalaient devant lui, trombone ou couverture cartonnée d’un dossier, peu importe, n’importe quoi ferait l’affaire, n’importe quoi mais quelque chose, quelque chose qui le raccroche au réel, qui le maintienne parmi les hommes et la vie qui va tout autour, n’importe quel objet qui l’ancre, le retienne, se sentait tellement vide alors le pauvre Lognon – oui, lecteur, vous avez bien lu, le pauvre Lognon, parce que même derrière le flic, ne jamais oublier l’humain ! Allons, un effort, lecteur… On ne vous réclame pas de larmes, juste un peu d’empathie – se sentait tellement creux alors, incapable qu’il était de faire progresser son enquête, un pied dans la fiction et l’autre qu’il sentait déjà glisser, oui, il basculerait de l’autre côté, il le franchirait le miroir, puisque trop difficile tout ça, Vanessa strangulée et le marquis décapité, Yann-Erwann qui s’était enfui en Bretagne et Alfonsi passé à tabac, ce tocard de J.V. le givré et ce mystérieux collectif Burma auquel il ne comprenait rien, mais alors rien, sans compter le grand patron qui, sur ordre du ministère, venait de lui remonter les bretelles par voie téléphonique, et sans même prendre la peine de le convoquer, suprême insulte, fruit du bras long de la marquise et de sa nièce à la langue bien pendue, oui, il basculerait, puisque c’était comme ça, il basculerait et on n’en parlerait plus, et ce serait sans doute mieux comme ça…

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3 Réponses to “où Lognon n’est pas loin de faire pleurer le lecteur”

  1. brigitte celerier Says:

    mais suis très capable d’empathie pour quelqu’un qui accroche ses yeux à n’importe quoi, pour tout le monde d’ailleurs (sauf cas extrême) c’est bien le problème

  2. Ah Lognon, Lognon, vous voilà pratiquement entarté…! Allons, du nerf, de l’audace, sous cette pelure nostaligiquo-dépressive se cache l’un des plus fins limiers que la Nation a pu enfanter… ! Allons, Lognon, mon cher Târtâl, ne vous laissez pas abattre, vous verrez que le Doumé vous mettra sur un fil, ténu certes, mais au combien prolifique, lequel fil se transformera bientôt en filin, cordon corde, attache puis amarre qui vous retiendra tout bonnement au quai de la réalité (laquelle, cependant, vous n’êtes pas sans le savoir, n’est pas si belle qu’on s’y agrippe ainsi…) Allons, Lognon, du coeur, du courage et du ventre !!! (si ce n’est pas de l’entrain, ça, auteur, je me demande bien ce que c’est…!)

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