où la marquise se réveille, cerveau collé au crâne

Sortie à dix-sept heures, réveillée le lendemain matin, bouche pâteuse et cerveau collé au crâne, après avoir tenté de remettre ses idées en place, qu’elle avait habituellement rangées dans un ordre immuable que d’aucun pourrait qualifier de rigide, et avoir frénétiquement déclenché la sonnerie qui, chaque fois qu’elle l’actionnait, faisait apparaître peu de temps après la si brave et si dévouée Vanessa, une perle comme on n’en trouve plus guère désormais, le personnel de maison connaissant, comme tant d’autres secteurs, une crise de main d’œuvre qualifiée, madame la marquise fut bien obligée de constater l’absence de sa domestique. Outre sa crainte de devoir ingurgiter un thé trop infusé ou des toasts carbonisés parce que tant bien que mal préparés par elle-même (ses craintes étaient fondées : si longtemps qu’elle n’avait rien fait de ses dix doigts), elle eut l’impression d’un total et irrémédiable effondrement de son univers : son marquis de mari, la tête sous le bras, conservé au frais à la morgue, sa bonniche envolée sans crier gare… Elle s’habillait, ainsi perdue dans ses pensées et prise de soudains mais non moins violents accès de désespoir quand, tout à coup, on sonna à la porte. Mais qui donc pouvait se permettre une visite à une heure aussi matinale ? Comme si l’on avait besoin d’être confronté, après l’épreuve de la mort, à une telle absence de savoir-vivre !

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2 Réponses to “où la marquise se réveille, cerveau collé au crâne”

  1. C’est le plombier.

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