Archive pour Sancho

où Lognon s’engouffre dans un taxi et y marmonne

Posted in collectif Burma, flics et privés, Jean Valgrand, lecteur à la rescousse, marquis, marquise, Milan Moneste, Vanessa, Yann-Erwann with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on février 24, 2010 by michel brosseau

Paniqué à l’idée de basculer définitivement de l’autre côté, tourmenté, déchiré, car comprenant confusément qu’il n’était rien, ou vraiment pas grand-chose, sans cette dimension romanesque dont Milan Moneste l’avait dotée, Lognon s’engouffra dans un taxi afin de se rendre au plus vite chez cette satanée marquise, ne prêtant aucune attention aux récits que lui fit le chauffeur – récits que nous serions tentés de vous rapporter ici si la situation n’était pas aussi grave, et si nous n’avions pas conscience que nous pouvons les garder sous le coude pour un jour prochain où, en petite forme, mal luné, fatigué, débordé de travail (il faut bien manger !) ou même simplement paresseux (personne n’est parfait !), nous aurions besoin d’un épisode du jour déjà prêt – et marmonnant, tout en suçotant le tuyau de sa pipe, quelques propos pour le moins confus : « … marquise… dix-sept heures… sortie… Montparnasse… Yann-Erwann… disparu… Alfonsi… assommé… Vanessa la bonniche… strangulée… André de la Bôle… décapité… bibi le prochain… bibi !… pourquoi Burma !… le nom d’un privé, ça encore… et Jean Valgrand, hein !… qui pointe son nez comme par hasard… toujours l’avoir dans les pattes, le fantôme de Maigret !… lui qu’il aurait fallu zigouiller en premier… une petite nouvelle de Moneste… quelques lignes… hop ! mort le Maigret*… on n’en serait sans doute pas là… » Il continua ainsi durant tout le trajet qui le séparait du domicile de la marquise, trajet dont nous n’indiquerons pas la durée, souhaitant préserver du mieux que nous le pouvons, d’une part, la tranquillité du grand Milan Moneste, qui ne souhaite pas voir son adresse divulguée, de quelque façon que ce soit, et désireux d’autre part de conforter la vraisemblance de ce récit, nos dernières indications quant à la durée du trajet à pieds entre Richard Lenoir et Alexandre Dumas s’étant révélées plus que fantaisistes, comme nous l’a fait remarquer une bienveillante lectrice. Quoi qu’il en soit, parvenu à quelques centaines de mètres de chez Emma de la Bôle, le commissaire bondit soudainement sur son siège : là, sur le trottoir, marchant indécise comme une âme en peine, la bonniche strangulée qui était à la morgue encore ce matin, et légèrement en arrière, ce type à l’imperméable déchiré qui croquait à pleines dents dans une pizza et se dissimulait tant bien que mal le visage derrière la boîte en carton qui abritait sa pitance…

*Encore une autre piste pour épisodes ready made en cas de jours difficiles, à laquelle tous les lecteurs bien intentionnés pourraient bien entendu contribuer… Si le clavier vous en dit !
Pour ceux qui auraient quelques réticences à l’idée de faire mourir un personnage de qui on n’est même pas l’auteur, qu’ils se rassurent, il existe au moins un précédent : la mort de Sancho… Sans compter cet autre auteur qui, faisant fi de tout devoir de réserve, est allé jusqu’à faire consommer certaines substances douteuses à ce même Sancho !…

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