où l’on se rend compte que l’on n’est pas au bout de nos surprises

Comment était-il possible que Milan Moneste soit présent dans cet entrepôt, s’avançant nonchalamment vers Lognon, totalement libre de ses mouvements, cajolé de surcroît par l’une des demoiselles Aldobrandi, sans qu’il soit possible a priori d’affirmer avec certitude s’il s’agissait de la bonniche de la marquise (sortie l’avant-veille aux environs de cinq heures) et prétendument strangulée ou de sa sœur jumelle aux dernières nouvelles enlevée par le ventru rougeaud et l’antipathique hépatique avec lesquels l’immense et révéré polardier, comble de l’invraisemblance, était à l’instant même en train de discuter comme s’ils étaient tous trois des amis de longue date. Tout ceci commençait à faire beaucoup. « Mais, Milan, vous ici !… et en compagnie de… de… » Envahi par l’émotion, le commissaire ne parvint pas à en dire plus, se contentant de fixer sur le romancier un regard où pouvaient se lire tous les doutes, incertitudes et angoisses qui commençaient à le ronger. « Ne vous en faites pas, Lognon, je vais tout vous expliquer. Mais de grâce, contrôlez-vous ! Si vous voyiez votre tête, mon pauvre ami !… » Lâssoupâh hocha celle-ci et ravala ses sanglots. Jamais de sa vie il ne s’était senti aussi humilié. Que celui à qui il avait confié ses aventures le trahisse ainsi. Car c’était de trahison qu’il s’agissait, très certainement. Et d’abord, cette traînée avec qui il s’affichait sans vergogne ! « Milan, je… je… » « Taisez-vous, commissaire, et écoutez-moi plutôt ! Je sais quelle question brûle vos lèvres. Vous ne cessez de la regarder depuis tout à l’heure… Sofia ! Vanessa !… Vanessa ! Sofia ! Vous aimeriez tellement savoir. Laquelle des deux jumelles, hein ? Tordu comme vous êtes, vous avez dû imaginer que l’une s’était fait passer pour l’autre, avait emprunté son identité ou je ne sais quoi !… Ce serait bien dans vos manières… Je vous l’ai pourtant déjà dit, Lognon, vous vous précipitez trop ! Et vous perdez de vue l’essentiel… Cette histoire de gémellité, par exemple… une ficelle pourtant énorme, et usée, je ne vous dis que ça !… Mais ça ne vous empêche pas de tomber dans le panneau ! Mais assez de précautions oratoires !… J’entends par avance les critiques me reprocher de pontifier… Déjà qu’ils risquent de difficilement admettre que je me mette en scène !… Mais qu’importe !… Révélons la vérité, il en est plus que temps… Commissaire, Sofia n’a existé que dans l’imagination de votre serviteur… Vous vous souvenez de la dernière visite que vous m’avez rendue ? Et bien, pendant ce temps, Vanessa se faisait passer pour sa sœur jumelle auprès de cette pauvre marquise, et de cet espèce de privé caricatural… comment s’appelle-t-il déjà ?… Alfonsi !… Doumé pour les intimes !… Encore un qui n’y va pas avec le dos de la cuiller question clichés… » « Mais… mais… » « Oui, je sais Lognon… la morgue !… c’est de ça que vous voulez parler !… bien sûr, le corps de Vanessa à l’institut médico-légal, macchabée allongé dans un tiroir et maintenant pendue à mon bras, et bien vivante, ça je peux vous le confirmer !… » .

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4 Réponses to “où l’on se rend compte que l’on n’est pas au bout de nos surprises”

  1. brigitte celerier Says:

    Lorgnon je vote pour une manifestation contre l’arrogant Milan Modeste le mal-nommé et de solidarité avec vous ! que vous le vouliez ou non. Révoltez vous, bon sang ! et plaquez l’histoire… euh, peut-être pas

  2. J’suis d’accord que le modeste Moneste est d’une arrogance à donner envie à n’importe qui, serait-ce Lâssoupâh, de lui filer une bonne paire de tartes dans la gueule… Ce qu’il peut pontifier, il se croit où, double M, à l’académie ? Quant à Lorgnon (mais là, son prénom lui va plus trop, le bicirconflexe, là) il s’est fait avoir comme un bleu…

  3. […] à la morgue ?!… Dans ce tiroir !… J’aurais juré que… Et oui, lecteur, Emma, comme Lognon et tout comme vous, sans doute, dépeçait ce détail à grands coups de logique, sans parvenir à […]

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