où une première très longue phrase laisse la place à une seconde beaucoup plus courte

Bien éberluée aurait été la marquise si, se trouvant au-dedans de la voiture dextrement conduite par Lapointe, elle avait aperçu le lieu de destination du commissaire à l’épatant appendice, et sans doute aurait-elle réclamé qu’illico on la ramène à cet appartement dont elle était paraît-il sortie exactement deux jours plus tôt, car dix-sept heures s’affichait au tableau de bord du véhicule, tout comme à la montre de Lognon, héritage de son oncle Édouard, ancêtre vénérable et vénéré dont il resterait tant à dire, mais dont la mémoire, comme celle de tant d’autres illustres anonymes, demeurera sans doute à jamais condamnée à demeurer ignorée du grand public, car uniquement portée par son neveu, vaillant flic qui vit peut-être ses derniers instants, allant au devant du péril, animé autant par la bravoure que par le sens du devoir, et sans doute aussi par un zeste d’intérêt personnel, claquant fermement sa portière dans ce parking désert de la zone industrielle nord de Vitry-les-Ulis, marchant vers son destin la tête haute et le regard lourd, les traits tendus par une concentration extrême, scrutant chaque centimètre carré du bâtiment de taule gaufrée vers lequel il s’avance, le pas ferme et décidé, remarquant les panneaux à vendre ou à louer qui ornaient la façade, tout comme celles des bâtiments voisins qui avaient connu le même sort que ce grossiste en quincaillerie, entrepôts vides qui, assurément, constituaient un lieu de rendez-vous idéal, et prouvaient que les membres du collectif Burma possédaient un sens aigu de la mise en scène, choisissant un décor digne de ces films américains dont le jeune Lapointe se gavait très certainement, de ces lieux déserts où les voitures dérapent en faisant crisser leurs pneus, où cachés derrière des fûts de métal ou des empilements de cartons surgissent soudain des hommes en noir, armes automatiques en mains, remplissant l’espace sonore de l’entrepôt du crépitement de leurs chargeurs inépuisables, où d’un athlétique et savant roulé-boulé un flic aux nerfs d’acier et à la mine patibulaire rejoint le monte-charge qui lui permet de prendre à revers et par surprise des malfaiteurs dont les agissements ne sont pas sans lien avec la mort de sa femme, celle qu’il aimait tant et dont il noie le souvenir dans le whisky depuis ce jour où son chef de service lui annonça sa chute mystérieuse dans une baignoire remplie d’acide. « Lapointe ! Attention ! »

Publicités

Une Réponse to “où une première très longue phrase laisse la place à une seconde beaucoup plus courte”

  1. Tire dans le tas, Lapointe ! (c’est vrai quoi, y’a plus le temps de tergiverser, là) (bing) (bang) (la voiture banalisée, j’aurais mis une Aston Martin DBS just like mister Bond, walter PPK et compagnie) (bon c’est vrai qu’on est France, le pays des brigades du tigre…) (et d’Arsène Lupin) (et de Rouletabille) (j’arrête) (d’OSS 117) (et de X13) (j’arrête)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :