où le lecteur est invité à la terrasse d’un café

Grande est la tentation d’abandonner Lognon et le jeune Lapointe aux aléas de la circulation automobile et de rejoindre le trio rassemblé à cette terrasse de café, ou tout au moins, d’aller discrètement s’asseoir à une table voisine et écouter le récit qu’est en train d’effectuer Alfonsi, récit dont nous aurons certes manqué le début, mais sans doute pas l’essentiel, sa progression semblant en effet très lente et laborieuse, en raison d’une part de l’émotion très forte dont témoignent non seulement les yeux vitreux du privé à la triste allure mais aussi son débit pâteux et hésitant, nullement amélioré par les lampées régulières qu’il avalait – mais pourquoi diable était-il donc passé à la sangria ? – et d’autre part en raison des nombreux petits cris de la marquise sortie l’avant-veille aux environs de dix-sept heures, cris qui semblent à première écoute un subtil mélange d’indignation et d’effroi, mais où l’oreille attentive et expérimentée décèle non sans surprise quelques traces d’une minauderie certaine, pour ne pas dire enjôleuse, qui, de la part d’une veuve aussi récente, laisse à penser que non seulement le bon goût et le sens de la moralité foutent le camp y compris chez les aristos qu’on avait crus jusqu’alors – naïvement peut-être le croyions-nous, mais nous le croyions ! – à l’abri des coups de boutoir d’une postmodernité décadente. À ces cris d’Emma ponctuant à intervalles réguliers le récit d’Alfonsi, il convient d’ajouter de fréquents « J’hallucine ! » carrément éructés avec cœur et sans crainte du ridicule par une Marie-Mathilde manifestement fascinée par le privé qui, sans être au meilleur de sa forme, paraissait cependant ravi d’avoir retrouvé la liberté et de pouvoir expliciter à ce public choisi les détails de son évasion.

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3 Réponses to “où le lecteur est invité à la terrasse d’un café”

  1. brigitte celerier Says:

    sachez que les aristocrates, c’est à cela qu »on les reconnaît, ne sont pas soumis aux conventions bourgeoises, et leurs femmes moins encore

  2. les petits cris d’EdlB, c’est typique de la midinette qu’elle est restée (tout comme les profondes et imparables éructations de la slameuse fiancée à Doumé) : genre « oh comme je suis surprise…! » allez, à d’autres, Emma, ça va, on voit bien qu’elle cache encore sa sortie inopinée vers five, ça se voit comme l’appendice étonnant à Târtâl alias Lâssoupâh au milieu de sa tronche de flic arrivant sur les lieux de détention de Noël-en, ça va comme ça (encore que le léger rose qui point à ses joues ne me semble pas si surjoué que cela)(c’est ça, le truc des aristocrates : elles ne rougissent pas, trop plèbe, elles rosissent…) (hein?) (c’est beau, l’amour) (je ne vois pas non plus le rapport, mais ça manque foutrement, l’amour, dans ce feuilleton depuis la disparition étêtée du marquis qui s’envoyait, semble-t-il, la Vanessa) (à moins que ce ne fût Sophia ? qui peut savoir ?) (s’envoyer, s’envoyer, voilà bien un terme de la vulgate)

  3. […] sur les coups de cinq heures, cœur battant la chamade et gloussements d’admiration mêlés à ses petits cris enjôleurs évoqués précédemment, écoutait le privé faire le récit de son évasion. « Il faut rester modeste, vous savez… […]

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