où Lognon se questionne

Une question brûlait les lèvres du commissaire à l’écoute du récit de Yann-Erwann : pourquoi diable la marquise sortie deux jours plus tôt à dix-sept heures hurlait-elle le nom de son légitime tandis que ces deux zigotos hispanisants tentaient d’enlever son amant de tennisman ? Il y avait là comme un détail qui clochait, un de ces je-ne-sais quoi qui vous met la puce à l’oreille et dès lors mobilise entièrement vos facultés intellectuelles. Insondables profondeurs de la psychologie féminine, ou pure fiction sortie tout droit de l’imagination du tennisman et néanmoins breton ? Lognon réfléchissait tout en fumant sa pipe, le regard perdu dans le nuage de fumée bleue s’élevant au dessus de son bureau. Étrange ! Appeler ainsi son mari… Considérait-elle si peu son Yann-Erwann ? N’était-il pour elle qu’un passe-temps, un jouet pour tuer l’ennui ? N’était-il qu’un nouveau prétexte pour sortir à cinq heures et rentrer quelques heures plus tard ? Ou bien… Héhé !… Ou bien, plus subtil !… Ou bien Yann-Erwann ne tentait rien d’autre que de le mener en bateau, et alors… Après tout, la Bretagne n’était-elle pas une terre de légendes ? Ça devait vous développer l’imagination de vivre entouré de korrigans et de tout un tas d’autres bestioles farfelues et plus ou moins fantomatiques ! D’ailleurs, l’oncle Édouard lui en avait lu un paquet de ces histoires-là quand il était gosse. Un gros album. Avec une image de phare dans la tempête, sur la couverture. La charrette de l’Ankou qui grince dans la nuit… Et le son des cloches de la ville d’Ys… En même temps, l’imagination chez les joueurs de tennis… Est-ce qu’on leur en demandait beaucoup, de l’imagination, à ces gars-là ? Leur aurait servi à quoi l’imagination pour taper dans une balle ? Et puis, ce n’était qu’un détail. Tout le reste sonnait tellement vrai. « Tu es en train de te mettre martel en tête, mon vieux Lognon !… Tu penses trop, et paf ! tu divagues… Il faut t’en tenir aux faits, Lassoupâh ! Aux faits ! Rien qu’aux faits !… »

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Une Réponse to “où Lognon se questionne”

  1. brigitte celerier Says:

    le fait est que trop d’imagination (un chemin irréel pour une balle, ou sa transformation en libellule) serait sans doute assez néfaste pour un tennisman

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