où s’achève une course poursuite

La marquise, la même qui sortait de chez elle à dix-sept heures et qui bientôt devenue veuve et sans bonniche, etc. etc., venait de glisser sur le pavé que la bruine avait transformé en une véritable patinoire, et cherchait à quatre pattes le talon de sa chaussure gauche qui s’était malencontreusement brisé lors de sa chute. « Emma ! Ils arrivent !… » C’est alors que, boosté par la peur et son amour (chacun adoptera le dosage à sa convenance), Yann-Erwann arracha les chaussures d’Emma, la releva fougueusement et de nouveau l’entraîna dans sa course folle. Emma, pieds nus, et le visage noyé de larmes, criait éperdue le prénom de son marquis de mari, persuadée qu’avec lui les deux escogriffes hispanisants lancés à leur poursuite auraient depuis longtemps été mis hors d’état de nuire. Ne l’avait-elle pas rencontré alors qu’il suivait un stage de close combat ? « Annnnnnnndrééééééééééééé ! » Yann-Erwann n’en pouvait plus. Elle qui criait. La chaussée qui glissait. Les deux autres qui se rapprochaient. Tenir bon. Là-bas. Oui, c’était bien ça. Une station de taxi. Vite ! « Encore un effort, Emma ! Nous y sommes presque !… » « Je n’en puis plus !… » « Emma, je vous en prie ! » Véritablement à bout de forces, essoufflée et la plante des pieds lacérée par cette fuite effrénée, la marquise de la Bôle s’effondra dans les bras du tennisman armoricain. « Tou es foutu, amigo ! » Ils n’étaient déjà plus qu’à quelques mètres. Que faire ? Oui, pas d’autre solution. Saisissant le bras d’Emma, il la fit basculer sur son épaule et reprit sa course. Aller jusqu’au bout de la rue. Plus qu’une dizaine de mètres. Leurs respirations. Oui, il pouvait même entendre leurs respirations maintenant. Vite ! Quelques mètres seulement. Attention au mental ! Ne pas craquer. Plus que quelques mètres. La balancer à l’arrière du taxi. Oui, c’est ça. Portière. La balancer. Mince, sa tête ! « Gare Montparnasse, s’il vous plaît !»

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2 Réponses to “où s’achève une course poursuite”

  1. haletant…!

  2. […] Quel homme il était tout de même !… « …désormais aux abois, nous avons tenté d’enlever l’amant de madame la marquise… » Quelle horreur ! Avoir ainsi tenté de faire pression sur […]

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