où Yann-Erwann, toujours tennisman et breton, en prend pour son grade, ainsi que la gente sportive en général

D’aucuns pourraient, avant la fin du présent épisode, être déçus à l’idée qu’Emma, marquise de son état, ait ressenti le besoin, sinon le désir, d’aller, deux jours plus tôt, aux environs de dix-sept heures, rejoindre Yann-Erwann à la gare Montparnasse, tennisman mais néanmoins breton qui, ce soir-là, se fit remarquer par son absence. Quel pleutre, en effet, que cet as de la raquette ! Ainsi s’effrayer à la vue d’un duo hispanisant, et préférer la fuite à des solutions tout à la fois plus viriles et davantage marquées du sceau de l’esprit chevaleresque, comme la joute verbale qui lui eût sans doute permis de se débarrasser de ces deux malotrus qui semblaient rôder, et ce de façon tellement insistante qu’elle en devenait outrageante, autour de l’objet de ses désirs sinon de son amour, ou même, solution radicale mais semble-t-il adaptée à la gravité de la situation – les rencontres infiniment trop récurrentes pour être le fruit du hasard de ces Laurel et Hardy aux cheveux gominés de toreros amateurs, petit gros rougeaud accompagné d’un échalas long comme un jour sans pain et vraisemblablement malade du foie à la vue de son teint, ne mettaient-elles pas en cause et son honneur et celui de sa dulcinée adultérine ? – le recours aux subtilités et astuces rudes mais ô combien efficaces du combat de rue, dénotait une propension certaine à préférer le confort à la rudesse et au risque de l’engagement, tendance malheureusement fréquente dans la gente sportive contemporaine où l’effort ne semble pouvoir être envisagé – signe des temps délétères dans lesquels nous sombrons peu à peu, passagers trop souvent inconscients d’un Titanic où l’orchestre ne prend même plus la peine de jouer – que devant un public nombreux et bruyant, agitant banderoles énamourées et se vautrant dans un délire de sifflets, d’applaudissements et de cornes de brume. Pauvre Emma, ainsi lâchement abandonnée par ce Yann-Erwann qui, devant l’adversité, songea qu’il valait mieux aller se cacher dans sa Bretagne natale, loin des agitations et des dangers de la capitale…

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