où l’aubépine fleurit sous les yeux de Swann

Étrange scène que celle qui se déroula sous les yeux désormais plus éberlués qu’hagards de Swann le stranguleur, sorti de sa torpeur par l’irruption tout autant soudaine qu’inespérée, dans le bureau du commissaire Lognon, de cette jeune fille en fleur entièrement vêtue de blanc, ravissante, éclatante de santé, souple branche d’aubépine dont on devinait les formes délicieuses sous le négligé si savamment travaillé de ce survêtement qui lui allait à ravir, et permettait à sa coiffure de trancher si radicalement par sa couleur – un bandana rouge dont les nuances s’accordaient à merveille avec ses lèvres carminées –, l’ensemble lui donnant cet air légèrement canaille dont Swann ne comprit que bien plus tard les motivations artistiques, lorsque, séjournant en prison, il réussit à entamer une correspondance suivie avec Marie-Mathilde – celle-ci put alors lui donner à voir toute l’étendue de sa sensibilité et de son intérêt pour l’art, et notamment lui expliquer la démarche qu’elle avait adoptée en fondant en compagnie de Miss Tyc, une ancienne camarade de lycée, Kill ‘em, ce duo rap underground teinté d’influences diverses allant du slam – new-yorkais, cela va de soi – au hard core le plus extrême, mêlant les subtilités d’une écriture nourrie des plus grands noms de la poésie française à la violence sanguine et sensuelle du gangsta rap, renouvelant au contact d’une langue grosse des réalités douloureuses qui sont le lot quotidien de tant de jeunes aujourd’hui un véritable art poétique, ainsi qu’en témoigna son propos, à la fois tout droit sorti du cœur de celle que sa tante avait pris coutume d’appeler Mâ-Mâ depuis sa plus tendre enfance, et ciselé par l’artiste qui, sur scène, avait choisi de se nommer Mac 5 – clin d’œil à son père vendeur de missiles chez Matra mais aussi au MC5, groupe trop souvent oublié et pourtant digne du plus haut intérêt car tellement représentatif de l’explosion d’une jeunesse en rupture de ban – réunissant ainsi les deux côtés de sa personnalité : « Vous la laissez sortir la marquise, là… et pas dans cinq heures, hein !… Parce que tout d’suite j’vous passe le ministre, moi, si vous voulez… et en ligne directe, attention !… Non, mais c’est quoi c’délire de garde à vue, machin… Vous voulez la kill, ou quoi?… C’est parce qu’elle est marquise, hein, c’est ça !… Mais avouez-le, au moins, qu’c’est pour ça !… Ayez les couilles de l’dire, quoi !… »

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2 Réponses to “où l’aubépine fleurit sous les yeux de Swann”

  1. je ne sais si Emma va apprécier mais elle s’efface là, comment exister à côté de pareille nièce

  2. […] pas Emma de la Bôle et l’ineffable Marie-Mathilde, de son état nièce de la précédente et figure haute en couleur de la scène indépendante du slam parisien, attablées à une terrasse de café, et en pleine discussion avec – Lassoupâh n’osait le […]

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