où Lognon, enfin, se retrouve d’aplomb

« Longtemps tu t’es focalisé sur cette marquise sortie à cinq heures !… Bien trop longtemps !… Oh, mais c’est qu’une réaction s’impose, mon Lognon !… Si tu ne veux pas que le collectif Burma fasse de toi une pure fiction, mieux vaudrait que tu cesses le laisser la proie pour l’ombre !… Rends-toi compte !… L’assassin de la petite Aldobrandi, venu de son plein gré s’asseoir dans ton bureau… Le mystérieux stranguleur de la bonniche enfin entre tes mains !… » Certes, l’expression est malheureuse, mais qu’importe ! L’essentiel étant ici que Lognon – et ce après avoir avalé cul sec et sans sucre les six expressos serrés que venait de lui monter le flic de service à l’accueil, envoyés quelques épisodes plus tôt jusqu’à la brasserie voisine – se retrouve enfin en possession de toutes ses facultés intellectuelles, comme en témoigne son monologue intérieur, et puisse par conséquent faire avancer cette enquête. « Dommage que l’orthographe de Décembre soit toujours aussi déplorable !… Passons !… Marrant ça, comme nom… Bref !… Né à Illiers, le 17 avril 1975… C’est quoi cette parenthèse : désormais Illiers-Combray… Qu’est-ce ça fout que le patelin ait changé de nom ?… Un minutieux, Décembre !… Le sens du détail, toujours… Oh ! mais c’est t-y pas beau, ça, monsieur ! Crime passionnel… Drame de la jalousie… Ben voyons !… Pour ça qu’tu l’as étranglée, l’Aldomachin… Marre qu’elle te trompe !… Un sensible !… Comme quoi l’espèce est pas encore perdue !… Nous nous somes disputé au sujet de son retart inexpliqué. C’est halors que j’ai perdu le contraule de ma volonté. Lorsque je suis revenu a moi, j’étais à calife fourchon au dessus de son corp innanimé, mes deux main tenant fermement son cou. C’est alors que j’ais compris que je l’avais tué. Les Assises pour une histoire de cul, j’vous jure !… Dommage qu’elle l’ait pas rencontré, la nénette du taxi… Elle en aurait eu du violon, avec monsieur Swann… » Mais le commissaire n’eut pas le temps de poursuivre plus avant lecture, commentaires et réflexion, la porte de son bureau s’ouvrant brutalement. Même Swann, qui pendant tout ce temps n’avait cessé de regarder ses mains stranguleuses, sursauta et, levant la tête, posa ses yeux hagards sur ce visage tendu à l’extrême, et, aussitôt, fut attiré par deux lèvres dont l’impérieuse mobilité faisait étrangement ressortir un délicieux rouge à lèvres carmin.

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