où l’on est à deux doigts d’en venir aux mains

Lognon avait à peine raccroché que, déjà, le privé à la triste allure l’interrogeait, en prenant un air faussement dégagé : « Alors commissaire, ce gamin de Lapointe lui a fait cracher le morceau, sur son horaire de sortie, à la marquise ? Parce qu’entre nous, depuis le début, moi je la trouve louche, la mémère !… » Cette tentative aux buts multiples, effectuée tant dans un espoir de capter de l’information que de faire diversion, voire même de séduire, ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. Le commissaire, rangeant son portable dans la poche de son imperméable qui, malgré le chauffage poussé à fond par le taxi, n’avait pas encore eu le temps de sécher, se retourna vers le privé à la triste allure en affichant un étrange sourire, tandis que le chauffeur tapotait de ses doigts nerveux sur son volant, traduisant ainsi son désappointement de n’avoir pu terminer son récit quant au trio monté route des Gardes à Meudon : « Il faudra que nous parlions, tout à l’heure… Que nous parlions, en privé, comme on dit !… » Quelques instants de silence s’ensuivirent, silence lourd et plein de menaces, les deux hommes se jaugeant du regard dans un accès de pure animalité, fauves aux abois, retroussant babines et chaque muscle du corps tendu à l’extrême, douloureusement bandé, chacun regroupant ses forces et estimant celles de l’adversaire, comparables aux loups ou à ces chiens de traineaux qui, dans le Grand Nord, se lancent dans de déchirants combats pour décider lequel deviendra le chef de la meute ou de l’attelage. Lognon comme Alfonsi souhaitaient en effet prendre la main dans cette enquête, le premier afin de ne pas basculer définitivement dans la fiction, le second afin de laver son honneur professionnel qui avait été si lamentablement bafoué pendant sa filature ratée de Vanessa Aldobrandi. Sans doute le privé à la triste allure revoyait-il à ce moment l’immeuble à double entrée grâce auquel Vanessa était parvenue à se volatiliser, et, remontant encore plus loin dans le passé, entendait-il le bruit mat de la baguette s’écrasant sur le toit d’une 4L.

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Une Réponse to “où l’on est à deux doigts d’en venir aux mains”

  1. Alfonsi, on ne traite pas une marquise de « mémère » : malappris, malotrou (comme disait Francis Blanche), malhonnête privé, la honte soit sur lui (Emma, une mémère, et quoi encore ? dans ce rôle, on y voyait Françoise Fabian) Goujat ! (tout ça pour de ses gonds Lognon faire sortir, c’est douteux, comme combat…)

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