où il est question d’une course en taxi et de la route des Gardes

Le taxi poursuivait son monologue, aussi imperturbable que la marquise, prétendant toujours – rassurez-vous, nous gardons un œil sur ce qui se passe au quai – être sortie de chez elle vers cinq heures deux jours plus tôt, faisant par là preuve de constance, d’ignominie ou de bravoure – pour savoir quel substantif choisir, encore faudrait-il connaître la suite, ou avoir envie de vous la dévoiler, autrement dit avoir envie de vous faire plaisir ou de vous de la gâcher, en fonction du type de lecteur que vous êtes. « Remarquez, j’aurais dû m’en douter d’puis l’début qu’j’avais à faire à des drôles de loustics, rapport à où c’est qu’j’les avais pris, les trois… là-haut, sur la route des Gardes… de chez un vioque, qu’ils sortaient… une espèce de grand zig qui les a raccompagnés jusqu’à ma bagnole… avait vraiment plus l’air tout jeune, le gars… et puis, sûrement pas une grosse retraite… vous auriez ça, un peu, cet empilement de gilets tout rapiécés qu’il portait… ou alors, le gars, il était en train de jardiner… aussitôt j’me suis dit qu’il voulait s’en débarrasser, du trio… d’ailleurs, lui qu’avait appelé pour qu’on envoie un tacot chez lui… j’ai d’mandé après, au standard… rapport à c’qui s’était passé ensuite pendant l’trajet… vu que ça sentait l’louche, fallait voir comme, cette équipe-là… pour ça qu’j’vous en parle, à vous… parce que, hein !… le 36, au quai des orfèvres… deux gars en imperméable… enfin, vous voyez, quoi… avec l’expérience, bon !… quand même bientôt trente-cinq piges que j’fais c’boulot… alors évidemment, on r’père, à force… on voit passer tellement de monde !… et de tous les styles, j’vous prie d’me croire… un peu comme vous, en fait… en tout cas, les trois en question, pour être gratinés, ils étaient gratinés… moi, j’ai bien compris tout d’suite que l’vieux, c’était les mettre à la porte de chez lui, qu’il voulait… il leur disait, comme ça, avec un d’ces accents parigos !… vous l’auriez entendu !… c’est devenu des raretés, des types qui jactent dans son style… il leur disait, comme ça : « Parce que, vous comprenez, n’est-ce pas !… ce n’est pas que vous me dérangiez, mais… comment dire ?… je n’ai aucune envie de renouer avec ce passé, n’est-ce pas !… et puis, en grande partie à cause de vous que j’en ai autant bavé… l’hallali, toute la meute, pourquoi d’après vous, hein !… » Le vioque, tout en causant, il les poussait les deux mecs… une main sur une épaule de chaque… la nana, elle, elle suivait… on voyait bien qu’ça l’énervait qu’ils réagissent pas, les deux lascars… mais elle suivait quand même… en tout cas, une chose est sûre, si j’avais su à c’moment-là l’jeu qu’c’est qu’ils allaient m’jouer dans ma bagnole, jamais j’les aurais montés, ces trois-là… parce qu’à mon âge, c’est pas maintenant qu’on va commencer à m’emmerder !… et puis, bon, hein !… comme j’dis tout l’temps, vaut quand même mieux perdre une course que d’risquer d’se prendre une bastos !… »

Publicités

2 Réponses to “où il est question d’une course en taxi et de la route des Gardes”

  1. vais pas dormir dans l’attente

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :