où il est question d’une 4L et de Rancy-les-Garennes

Ses parents ne jouissant pas d’une fortune comparable à celle de la marquise de la Bôle qui, à l’heure qu’il est, élude encore, malgré les efforts du jeune Lapointe, ce qu’avait pu être son emploi du temps deux jours plus tôt, entre seize et dix-sept heures, horaire jusqu’alors prétendu de la sortie de son appartement, le jeune Doumé dut se résoudre à travailler dans l’agence paternelle. Les premières affaires qui lui furent confiées avaient été choisies pour leur facilité. Simple mise en jambes, pourrait-on dire. Quelques loyers impayés, des paris non remboursés… Rien de bien méchant ! Tout se gâta lorsqu’il se vit confier une affaire un tantinet plus délicate : aller réclamer le paiement de leurs dettes de zinc aux membres du moto-club de Rancy-les-Garennes. Pas des gars vraiment méchants, mais plutôt butés. Et puis, pas vraiment enclins à la conversation. Des sages, qui savent parfaitement qu’un mot en entraîne un autre et qu’on n’en finit plus dès qu’on commence à discuter. L’ont d’ailleurs très efficacement fait comprendre au pauvre Doumé, que sa fréquentation de l’Université n’avait guère préparé au combat de rue. Lui, tout ce qu’il en connaissait, c’était sous la forme d’un 45 tours que lui avait offert un de ces cousins plus âgé que lui : le Street fighting man des Stones. Mais il a très vite compris que ça pouvait lui être d’aucune utilité face à ces molosses qui le battaient comme plâtre. Alors, évidemment, pas d’autre solution que le repli stratégique, dans des situations pareilles. Et ça là que ça s’est gâté. Quand il a sauté dans sa 4L et a foncé fond de deux dans la rue Jean Jaurès, le pauvre Doumé. La gueule en sang et les yeux clos par les coups, lèvres béantes et le corps tout parcouru de tremblements nerveux. Fuir ! Il avait plus que ça en tête ! Fuir loin de ces brutes cromagnonesques à favoris et chevalières qui font si mal quand elles vous tâtent les arcades ou les lèvres! Fond de deux, le Doumé… Embraye… Pousse le manche tout droit pour enquiller la trois… C’est là qu’il a compris… mais trop tard… le type qui sortait de la boulangerie… sa baguette elle est venu cogner contre le pare brise… d’après le bruit, le gars il a rebondi sur le toit… Du rude, quoi ! Le gars, le lendemain, il disait qu’il était mort dans le journal… Une affaire de règlement de comptes, qu’ils disaient les journalistes… Que c’était sûrement pour ça, le délit de fuite… Que tout ça c’était en rapport avec un trafic de drogue… Parce que tout le monde le savait que c’étaient des drogués les chevelus du moto-club… Mais tout ce qu’elle racontait, la presse, c’était pas le plus important… L’essentiel, c’était le dossier que le commissaire Lognon gardait au frais dans un tiroir de son bureau… Avec le numéro de la plaque… Ce dossier qu’il s’était gardé sous le coude en cas de besoin…

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la culture musicale de Doumé:

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2 Réponses to “où il est question d’une 4L et de Rancy-les-Garennes”

  1. […] où l’on est à deux doigts d’en venir aux mains Lognon avait à peine raccroché que, déjà, le privé à la triste allure l’interrogeait, en prenant un air faussement dégagé : « Alors commissaire, ce gamin de Lapointe lui a fait cracher le morceau, sur son horaire de sortie, à la marquise ? Parce qu’entre nous, depuis le début, moi je la trouve louche, la mémère !… » Cette tentative aux buts multiples, effectuée tant dans un espoir de capter de l’information que de faire diversion, voire même de séduire, ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau. Le commissaire, rangeant son portable dans la poche de son imperméable qui, malgré le chauffage poussé à fond par le taxi, n’avait pas encore eu le temps de sécher, se retourna vers le privé à la triste allure en affichant un étrange sourire, tandis que le chauffeur tapotait de ses doigts nerveux sur son volant, traduisant ainsi son désappointement de n’avoir pu terminer son récit quant au trio monté route des Gardes à Meudon : « Il faudra que nous parlions, tout à l’heure… Que nous parlions, en privé, comme on dit !… » Quelques instants de silence s’ensuivirent, silence lourd et plein de menaces, les deux hommes se jaugeant du regard dans un accès de pure animalité, fauves aux abois, retroussant babines et chaque muscle du corps tendu à l’extrême, douloureusement bandé, chacun regroupant ses forces et estimant celles de l’adversaire, comparables aux loups ou à ces chiens de traineaux qui, dans le Grand Nord, se lancent dans de déchirants combats pour décider lequel deviendra le chef de la meute ou de l’attelage. Lognon comme Alfonsi souhaitaient en effet prendre la main dans cette enquête, le premier afin de ne pas basculer définitivement dans la fiction, le second afin de laver son honneur professionnel qui avait été si lamentablement bafoué pendant sa filature ratée de Vanessa Aldobrandi. Sans doute le privé à la triste allure revoyait-il à ce moment l’immeuble à double entrée grâce auquel Vanessa était parvenue à se volatiliser, et, remontant encore plus loin dans le passé, entendait-il le bruit mat de la baguette s’écrasant sur le toit d’une 4L. […]

  2. […] non plus… Mais bon, depuis le temps qu’on se connaît !… » Alfonsi allait raconter ses frasques de jeunesse du côté de Rancy-les-Garennes quand toute son attention fut captée par le gyrophare  magnétique bleu apposé sur le toit […]

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