où Lognon lit quelques lignes

Drôle de patchwork qui s’était affiché sur l’écran, ces phrases sans queue ni tête, où pas une seule fois n’apparaissait la moindre référence, même déguisée, ni à la marquise ni à sa sortie à cinq heures : ça a débuté comme ça / dans ce bureau de crasse et de sommeil, dans ce décombre de ville momifiée et recuite dans son immobilité ruineuse, c’était comme une lézarde de ténèbres entr’ouverte en plein midi, comme le cauchemar pourri de ce sommeil séculaire qui crevait, qui se levait devant nous, qui descendait les marches / quelquefois pourtant, un curieux se haussait par-dessus la haie du jardin, et apercevait avec ébahissement cet homme à barbe longue, couvert d’habits sordides, farouche, et qui pleurait tout haut en marchant / il cessa d’éprouver comme un scandale d’être entouré d’éléments qui n’étaient pas à leur place, car, ayant pris conscience d’un monde différent, il comprit que cette vision pouvait s’étendre à la rue, à la Galera, à son complet bleu marine, à son emploi de la soirée, à son bureau demain matin, à sa décision de faire des économies, à ses vacances d’été, à son amie, à sa vieillesse, à l’heure de sa mort / comme c’était loin déjà, mille fois plus lointain que le souvenir de son premier amour ou de sa mère mourante, eût-il dit ! / la voiturette de la marchande de glaces et de sucettes était toujours à la même place, contre le mur de l’ancienne caserne, et, de son banc, il pouvait voir les enfants se presser autour, se bousculant, se haussant sur la pointe des pieds pour essayer de voir à l’intérieur de la glacière, quand la femme soulevait un des étincelants couvercles en forme de chapeau chinois, plongeait le bras et le ramenait avec au bout de la palette la motte de glace aux couleurs pâles : rose, vert d’eau ou jaune. Lognon ne poursuivit pas sa lecture plus avant. Birotteau avait certainement raison. Tout cela était codé. De l’anodin en apparence qui vous emmenait sûrement beaucoup plus loin. Le commissaire poussa un profond soupir. Quelle affaire ! « Birotteau, évidemment, vous me tenez au courant dès que vos gars ont pu décrypter ne serait-ce que le début d’un petit quelque chose… Je dois filer ! Il faut que j’aille jusqu’à Meudon… l’ancienne bonne chez les de la Bôle… J’y vais à tout hasard… Au point où on en est !… »

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Une Réponse to “où Lognon lit quelques lignes”

  1. Plus ça va, moins y voit (en même temps, on s’en fout un peu, vu que c’est du Moneste tout craché, ça) (je croyais qu’elle habitait Pont Lévêque, Félicitation, non ?) (je me suis planté lamentablement, mais ça ne fait rien, je suis toujours là, je la suis toujours disait Brel, vous vous souvenez auteur ?) (il y en a une autre que j’aime beaucoup c’est celle de Ferrat , ma môme, c’est celle qui fait :
    on habite un meublé,
    elle et moi (et l’émoi),
    la fenêtre n’a qu’un carreau, qui donne sur l’entrepôt
    et les toits (elle et toi))
    (fiction, tout ça…)

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