où Lognon élabore un plan d’action

L’inspecteur Décembre n’était pas peu fier quand il sortit du bureau du commissaire, les yeux cernés par la fatigue – il n’était pas loin de sept heures du matin – mais satisfait de son travail : s’il n’était pas parvenu à faire se contredire la marquise sur son prétendu horaire de sortie – il avait eu beau multiplier les questions pièges, elle n’avait cessé d’affirmer être sortie à cinq heures – il considérait néanmoins comme une victoire importante cet aveu qui venait d’échapper à sa cliente : elle connaissait bel et bien l’existence du collectif Burma… Et savait même que sa bonniche en faisait partie !… Elle qui jusqu’alors n’avait eu de cesse d’affirmer n’être au courant de rien quant aux activités de son marquis de mari… Lognon ne sembla pas étonné quand l’inspecteur vint lui annoncer ses découvertes. S’extirpant du fauteuil dans lequel il avait vainement tenté de dormir un peu, le commissaire se rendit jusqu’à la fenêtre du bureau, et là, tournant le dos à ses inspecteurs, ses deux mains posées bien à plat sur le radiateur qui se trouvait là, plongea le regard sur la cour intérieure du quai des Orfèvres. Pas un mouvement à l’extérieur. Pas un bruit, si ce n’est, sur les quais, le crescendo tendu d’une moto dont on poussait à fond les régimes. Lognon demeura ainsi quelques minutes, puis, se retournant en baîllant, s’adressa enfin à ses hommes : « Du bon boulot, les gars !… Quand Milan Moneste va apprendre ça !… Lapointe, mon petit, à ton tour d’aller la cuisiner !… Et surtout te laisse pas impressionner… On est pas du même monde, elle et nous, mais c’est pas pour autant qu’il faut qu’on s’écrase… Au contraire, même !… Tiens ! Tu veux savoir ce qu’il me disait toujours l’oncle Édouard, à propos des gros, comme il les appelait ? Des « pompe-moelle », qu’il disait… Ah ! ils avaient pas peur des mots, à l’époque. Il répétait ça tout le temps, même que ma mère, ça l’énervait… Elle trouvait que c’était pas des choses à dire devant un gosse… Il disait comme ça : « Plus c’est l’opulence et tant plus c’est la charogne ! » C’est ça qu’il faut avoir en tête, avec des clientes comme la marquise !… Ça et pas autre chose !… Ah ! Mais attends ! Elle a voulu jouer avec nous !… Très bien !… Lapointe, tu nous la cuisines à feu doux… Lucas, tu prends le relais dans une heure… Jusqu’à midi, s’il le faut, vous me la lâchez pas !… Toi, Décembre, tu mets le paquet pour nous retrouver la Sofia Aldobrandi… M’a pas l’air beaucoup plus franche du collier que sa sœur, celle-là !… Pendant ce temps-là, je crois bien que j’aurais tout intérêt à rendre une petite visite de courtoisie à Félicité… Pas que les maisons de retraite soient vraiment ma tasse de thé, mais je suis à peu près certain qu’elle aura des choses intéressantes à me raconter sur ses patrons, la pauvre vieille… »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :