où Lognon termine son histoire

La marquise était dans l’escalier, ayant cette fois franchi la porte de son appartement, non pas seule comme l’avant-veille désormais aux environs de dix-sept heures, mais en compagnie des flics de l’Inspection judiciaire, dont nous ne décrirons pas l’incroyable et néanmoins hétéroclite fatras qu’ils emmenaient avec eux, en vue d’analyses prochaines dans leurs labos. Pas le temps! Car pendant ce temps, au quai des Orfèvres, le commissaire Lognon poursuivait sa narration, tenant ses inspecteurs en haleine et cependant toujours aussi modeste: « … et sa femme qu’est bien incapable de lui expliquer où elle est passée la troisième pomme… bien trop honnête pour lui dire qu’elle l’a mangée alors que c’est pas vrai… mais je vous en dis trop !… l’oncle Édouard, lui, il savait tourner tout ça !… il savait amener le moment fatal où le mari, fou de douleur et de jalousie, il sort un couteau de sa poche et vlan ! il tue sa femme… comme qui dirait qu’il devient un assassin, comme ça, d’une minute à l’autre, sans rien prévoir… terrible !… et qu’il te la découpe en morceaux… et qu’il te met les morceaux dans un panier en osier… et qu’il va te jeter tout ça dans le Tigre… pas la bête, hein !… le fleuve que c’est là-bas qu’il s’appelle comme ça… une drôle d’idée… alors le gars, il fait sa besogne, aussi discrètement possible, pendant la nuit… il rentre chez lui sans bruit, pour pas attirer l’attention des voisins et pis aussi pas réveiller ses gamins qui sont couchés… seulement, quand il arrive près des chambres, il entend que ça pleure… il entre, toujours à pas feutrés… et il voit un de ses fils… il en avait trois, je crois… donc, il voit un de ses fils qui pleure comme c’est pas permis… il s’approche parce qu’il comprend pas… vu qu’il a rien dit à ses gamins au sujet de leur mère… il se demande si le gamin il aurait pas compris quèque chose… il lui demande ce qu’il a… et le môme qui lui explique en reniflant que ce matin, il avait pris une pomme dans le compotier pendant que sa mère dormait, et que la pomme, il l’avait emmenée dans la rue pendant qu’il jouait… mais seulement, la pomme, il se l’était fait piquer par un type qui passait par là et qu’avait rien voulu savoir de lui rendre ou quoi que ce soit… bref, pour ce qui est d’avoir commis une sacrée balèze d’erreur, on peut dire que le mari en question il était servi !… » Tous autour hochaient la tête en signe d’assentiment quand on frappa à la porte du bureau.

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