Où la marquise implore une pause qui révèle au lecteur sa passion secrète

C’est aujourd’hui le premier vendredi du mois: vases communicants tous azimuts!.. Kill that Marquise reçoit Anthony Poiraudeau, que l’on peut lire habituellement sur son blog, Futiles et graves, ainsi que sur Le convoi des glossolales.

La marquise, dont on dira bien un jour que c’est l’avant-veille qu’elle était sortie à dix-sept heures, mais seulement le lendemain du jour pendant lequel se déroule le présent épisode, aspirait à un peu de calme en cette fin de journée. Comme elle désespérait d’alors en trouver dans son luxueux et germanopratin foyer, que les hommes du commissaire Lognon fouillaient sans ménagement ni discrétion mais avec de probables sarcasmes intérieurs, madame la marquise s’en remit à des instances supérieures, en implorant le narrateur comme on s’adresserait à Dieu – ce qu’en temps normal la croyante et affligée veuve aurait tenu pour un honteux et proscrit blasphème, mais qu’exceptionnellement ce jour elle ne s’interdit point, étant données les circonstances extrêmes où elle se trouvait. Un épisode, pria-t-elle, un épisode où elle figurerait sans que, par pitié, un désagrément supplémentaire lui fût infligé. Hasard ou intuition féminine, il se trouve que la marquise éplorée mendia la grâce de ce sursis précisément l’un des rares jours où le narrateur n’est pas aux mains de l’auteur principal du feuilleton mais à celles d’un invité ponctuel. Et l’auteur du jour, sensible peut-être à la plastique demeurée avantageuse de la marquise (Yann-Erwann le confirmerait volontiers, vantards comme le sont les sportifs, orgueilleux tant de leurs victoires en tournoi que de leurs conquêtes sexuelles, les unes et les autres acquises grâce à l’admirable mécanique qu’est leur athlétique outil de travail), et estimant que, d’abord, la marquise n’avait effectivement guère été ménagée depuis qu’à dix-sept heures la veille elle avait quitté son domicile, etc. L’auteur du jour imaginant aisément, ensuite, que les épisodes suivants ne manqueraient pas d’opposer à la marquise d’épineuses embûches et de nombreux périls – songeons un instant à l’ombre menaçante que projette le titre de ce feuilleton sur son infortunée héroïne… Bref, l’auteur d’aujourd’hui, tel un enseignant débutant qui un jour de rentrée aurait pensé emporter la sympathie de ses classes en se présentant à elles sous un jour amical (et qui le regretterait ensuite jusqu’au mois de juin, car sachant bien qu’il aurait mieux valu affirmer d’emblée autorité et fermeté, quitte à se montrer d’abord antipathique pour s’assouplir ensuite), l’auteur donc cède et accorde ce jour à la veuve Emma de la Bôle née Saint-Nazère un épisode de répit. C’est la raison pour laquelle il sera aujourd’hui question de chanson country-music en langue française interprétée avec instruments acoustiques, telle qu’elle était il n’y a pas si longtemps pratiquée et appréciée dans le Québec rural, ainsi que dans la plupart des communautés francophones du Manitoba, de l’Alberta et du Saskatchewan (la marotte secrète de madame la Marquise, dont elle ne s’est ouverte que furtivement à Yann-Erwann, peu avant que ce bougre de playboy tennisman disparaisse ; un violon d’Ingres que monsieur le marquis lui-même – qui jusqu’à hier encore coulait des jours prétendument paisibles – ignorait largement, peu attentif qu’il était aux sensibilités esthétiques et exotiques de son épouse : [à ce moment le narrateur fournit effectivement à la marquise de savants développements et de pittoresques récits au sujet de son péché mignon, mais l’auteur préfère quant à lui les épargner au lecteur, tout en pouvant bien sûr les lui fournir sur demande – s’adresser à l’auteur de ce blog qui transmettra]. Enfin, la marquise avait trouvé un peu de calme à l’évocation des yoddles, des banjos, des couplets en joual et des rigodons endiablés. Mais, lecteurs, narrateur et auteurs, ne soyons pas dupes : il est fort probable que tout va très bien madame la marquise ait surtout roublardement manœuvré pour différer de fort compromettantes révélations à son endroit voire à son envers, du type de celles qui pourraient par exemple contester l’heure réelle de sa sortie la veille à dix-sept heures.

NOTA BENE: que les lecteurs se rendant sur le blog d’Anthony ne soit pas étonnés de ne pas trouver un texte signé Kill that Marquise. Nous avons dû en effet céder à la demande impérieuse que nous a adressée le commissaire Lognon qui, comme la loi l’y autorise, souhaitait exercer son droit de réponse: c’est pourquoi Futiles et graves publie ce jour une lettre ouverte signée du commissaire… Encore merci à Anthony pour sa compréhension et sa diligence.

Pour toujours plus de vases communications, on peut consulter la liste brillamment établie par Brigitte Célérier, fidèle commentatrice des aventures de la marquise et néanmoins blogueuse (Paumée, ça s’appelle son blog).

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9 Réponses to “Où la marquise implore une pause qui révèle au lecteur sa passion secrète”

  1. jour de revanche de mes héros (délicieusement circonstancié)

  2. C’est vrai que le même jour, Lognon et la marquise trouvent une situation un peu plus avantageuse. Ceci dit, je suis loin d’être sûr que les épisodes suivants soient une promendade de santé pour eux.

  3. Une chose est sûre: la marquise sera sortie sur les coups de cinq heures. ça fait déjà une certitude! Quant à Lognon, c’est délicat: confier l’enquête à quelqu’un d’autre?

  4. Quelle verve ! Est ce que le feuilleton va désormais s’écrire à quatre mains ?! Du moins à quatre mains divisées par 31 ou 30 ou 28 ! Tous les mois quoi !

  5. Je me permets de m’élever en faux contre ce que l’auteur indique dans son commentaire : rien n’est sûr, vu que personne ne l’a vue (encore moins monsieur Poiraudeau que madame Celerier, Arf ou moi-même : personne, dis-je, quand même l’auteur du jour affirmerait, par deux fois, cette hypothèse comme une évidence à force d’être rebattue). Je m’insurge, m’exclame et éructe : Emma sortit à cinq heures, quelque chose de sûr ? Et quoi, encore ? Pourquoi pas un Vendredi qui viendrait en début de semaine s’échouer sur la plage à Robinson ? Pourquoi pas un Belsenza honnête et franc du collier ? Ou un Sorel âgé de quatre vingts ans ? Non, si vous m’en croyez, restez sûr de possibles incertitudes, de probables forfanteries, des mensonges éhontés et d’hypothétiques malentendus. La marquise, l’autre à l’épatant appendice, tout comme le tennisman, le faux fils, la fausse jumelle (qui le sait) et tous les autres ne s’en porteront que bien mieux… (enfin, ce que j’en dis, en même temps…) (je contribue et je commente) (car j’aime lorsque communiquent les vases) (et lorsque vaseux deviennent les communicants) (ce qu’ils sont toujours, je le reconnais aisément)

  6. Rien de tout ceci ne serait arrivé si vous vous étiez interessé à une duchesse, une princesse, voire une simple soubrette. Mais cet excès de zèle, ce marquisanat outrancier vous valent les foudres du sieur Lognon, qui ne va pas vous lâcher la grappe de sitôt !

  7. Ah que c’est bien ! Je me prends mon pied sans avoir besoin de le lever. Votre dialogue est jouissif.

  8. […] aux environs de dix-sept heures. Bienheureuse marquise qui, à cette heure, fredonnait encore quelques chansons cajuns pendant que les sbires de l’Identité judiciaire retournaient tout son appartement – nous […]

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