où Lognon écoute ses inspecteurs

Si la marquise était sortie la veille, aux environs de dix-sept heures, c’était dans l’espoir de retrouver Yann-Erwann à la gare Montparnasse. Aussi, le jeune Lapointe, qui venait de rentrer dans le bureau de Lognon après son coup de fil à la brasserie voisine, s’était-il vu confier, aujourd’hui, la mission de contacter les collègues bretons, afin de localiser l’amant, et néanmoins tennisman, de madame veuve de la Bôle. Pour répondre aux sourires ironiques de plus d’un lecteur, précisons illico et non moins prestement qu’il ne s’agit évidemment pas de même inspecteur que du temps de Maigret – ce que Lognon, bien évidemment, n’aurait jamais supporté – mais du petit-fils de celui-ci, détail qui, loin d’éloigner ces lignes des rivages du réalisme, comme on pourrait le croire, témoigne au contraire du souci d’ancrer ce feuilleton au plus profond des réalités sociales contemporaines : Lapointe, comme tant d’autres, témoignait de l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler des dynasties (à moins qu’il ne s’agisse de l’une de ces pannes récurrentes de l’ascenseur social, allez savoir !). Après avoir passé une bonne partie de la journée pendu à son téléphone, l’inspecteur était enfin parvenu à savoir où se trouvait Le Bris : la gendarmerie de Douarnenez avait repéré sa présence dans un hôtel de la ville. Lucas, autre exemple du phénomène social évoqué précédemment, avait lui aussi des informations pour le moins intéressantes : Vanessa Aldobrandi, dont les papiers d’identité arguaient d’une naissance à Saint-Florent-le-Vieil, dans le Maine-et-Loire, aurait débarqué il y a peu de temps en France, en provenance de la principauté d’Orsenna. Décembre, quant à lui, avait discrètement filé Alfonsi qui lui-même suivait la prétendue sœur jumelle de Vanessa au sortir de chez la marquise, ce qui lui avait permis d’assister à l’enlèvement, ni plus ni moins, de la supposée dénommée Sofia Aldobrandi, par un duo apparemment rôdé à ce genre d’exercice : un petit gros rougeaud, et un grand échalas au teint maladif. « Sûrement pas la première fois qu’ils enlevaient quelqu’un comme ça en pleine rue !… Ils ont été d’une rapidité !… C’est simple : ni moi ni Alfonsi, on a eu le temps de dire ouf !… » Lognon hocha la tête en silence, ne prêtant qu’une attention relative à ce livre tombé de la poche de la supposée Sofia lors de son enlèvement, et que Décembre avait pris de soin de ramasser : une édition de poche intitulée Les Vases communicants

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2 Réponses to “où Lognon écoute ses inspecteurs”

  1. tant d’informations que la tête m’en tourne – il se confirme que je ne saurais être un policier

  2. […] ! C’était du solide que lui amenait le tennisman mais néanmoins breton… Certainement les mêmes qui, sous les yeux de Décembre et d’Alfonsi, avaient enlevé de façon magistrale […]

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