où Lognon se fâche

Lognon craignait tellement de devenir une pure fiction, allant même jusqu’à se demander, durant quelques instants, si la condition d’être-de-papier était plus enviable que celle d’être numérique, qu’il faillit, quand s’ouvrit enfin la porte de l’appartement, se jeter dans les bras de la marquise : contrairement à la veille, celle-ci n’était pas encore sortie mais, manteau sur le dos et sac en mains, s’apprêtait seulement à le faire. « Il faut absolument que je vous parle, madame de la Bôle… » Le commissaire était certain qu’Emma ne lui avait pas tout dit. Il l’avait appris, et même parfois à ses dépens, au cours de toutes ses années d’enquête : ces gens-là vous cachaient toujours quelque chose, ne serait-ce que par réflexe de classe. « Il serait temps d’arrêter jouer avec le feu, madame la marquise. Les à peu près et les zones d’ombre, Lognon en a eu sa dose, si vous voyez ce que je veux dire ! » Emma le regardait, interloquée, se demandant quelle mouche avait piqué ce fonctionnaire insignifiant. Une telle rupture de ton ! Lui qui auparavant semblait plus bête que méchant prenait soudain des airs de dur à cuire… Décidément, elle n’était pas au bout de ses surprises ! « Procédons méthodiquement, si vous le voulez bien. Deux morts : votre mari d’un côté, Vanessa, de l’autre. Quand je dis d’un côté et de l’autre, c’est façon de parler. Parce que les deux côtés, selon moi, présentent nécessairement un point de jonction logique sinon spatiale. Parlons clair, parlons bref : les deux morts sont liées (féminin pluriel), parce que les deux morts sont liés (masculin pluriel). Reste à déterminer la nature du lien. Ou des liens ! Car j’ai l’impression que cette affaire est un sacré sac de nœuds. Il faudrait, je crois bien, que vous m’en disiez un peu plus, sur cette Vanessa Aldobrandi. Et peut-être pourriez-vous commencer par m’expliquer depuis quand les bonniches, strangulées la veille, se baladent, le lendemain, à proximité du domicile de leur patronne, suivie par un privé qui ne lésine pas sur le sens du devoir, et prend en filature aussi bien les vivants que les fantômes. J’ai comme qui dirait besoin qu’on éclaire ma lanterne, madame de la Bôle… »

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