où l’on écoute la supposée jumelle de Vanessa

Ses deux grands yeux exorbités posés sur le visage de la jeune femme, la marquise qui, la veille, aux environs de dix-sept heures, était sortie ou du moins le prétendait-elle, n’osait y croire : ces traits à ce point ressemblants, cette même façon de s’asseoir, et jusqu’au timbre de la voix qui était identique à celui de Vanessa. « On avait rendez-vous vers cinq heures, dans un bistrot du 11ème, rue Alexandre Dumas. Vous connaissez peut-être. Entre le boulevard Voltaire et l’avenue Philippe-Auguste. Je l’ai attendue un peu. Vanessa, elle a jamais su ce que c’était que l’heure. Elle a fini par s’amener, et on a discuté un peu. De tout et de rien. Comme deux jumelles qui se sont pas vues depuis un moment. Parce que, sauf votre respect madame, mais, depuis qu’elle travaille chez vous, Vanessa, je la vois beaucoup moins qu’avant. Enfin, bon, c’est comme ça. Alors, comme je vous dis, on a papoté toutes les deux, et puis tout d’un coup, pfuit ! la voilà qui se lève et qui me dit qu’elle doit s’en aller vite, qu’elle a pas le temps de m’expliquer là maintenant, qu’elle me rappellera, bisous bisous tchao à plus !… Et moi, comme une conne, plantée là toute seule dans ce bistrot, à me dire que vraiment elle s’arrangeait pas à vieillir, la frangine ! C’est vrai qu’elle a toujours été un peu fantasque, mais quand même… Moi, je veux bien admettre que dans une paire de jumelles, comme on dit, y’en a toujours une de plus délurée que l’autre, mais moi je dis que là, elle pousse le bouchon un peu loin… Me filer rencard et filer comme ça, à peine on s’était fait la bise ou presque !… Et si encore elle répondait quand on l’appelle sur son portable ! Parce que je lui en laissé, moi, des messages, sur sa boîte vocale. Et que dalle ! Pas un petit mot, rien !… À la fin, même que je me suis inquiétée !… Surtout qu’à plusieurs fois quand j’ai appelé, c’est une voix d’homme que j’ai eue au bout du fil. Un type avec une voix nasillarde, qui parlait comme s’il était sacrément enrhumé !… Il disait : « Allôôô… Qui est à l’abareille ? » Et puis après, plus rien !… Moi, je dis, c’est quand même pas des manières ! Parce que, comme on dit, hein ! les blagues les plus courtes c’est quand même souvent les meilleures !… C’est pour ça, moi, que je me suis permis de venir ici vous déranger… Parce que, si vous aviez des nouvelles de Vanessa… » Alfonsi hocha la tête tout en se resservant, selon son expression, une dernière larmichette de whisky. Il avait besoin d’encore un peu de fortifiant pour mieux réfléchir. Tellement d’informations dans le bla-bla de la gamine ! Un rencard rue Alexandre Dumas !… À en gros une demi-heure à pinces du boulevard Richard Lenoir… Et à cinq heures, en plus… Pile poil au moment où le marquis se faisait envoyer ad patres… Décidément, un drôle de sac de nœuds, cette affaire…

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