où il apparaît que mademoiselle Aldobrandi devrait parler

La marquise ayant à peine repris ses esprits, et s’étant péniblement relevée (sans doute en raison de son âge, même si, ça aussi, hein ! on n’en sait trop rien…), il aurait sans aucun doute été inconvenant de l’abandonner aussitôt, et ce sous prétexte que Milan Moneste allait bientôt répondre au questionnement du commissaire Lognon sur la fiction – propos qui, émanant d’une telle sommité du monde des Lettres, ne peuvent que susciter une impatience certaine et bien compréhensible de la part des lecteurs de ce feuilleton – ou, autre prétexte à notre disposition, parce que la pauvre Emma pourrait nous avoir menti en déclarant qu’elle était sortie la veille à dix-sept heures. Laissons plutôt notre éminent flic enrhumé siroter quelques gorgées de Chartreuse et tirer quelques petites bouffées de sa pipe, et le pauvre Alfonsi enfin replacer dans l’une des poches de son imperméable déchiré son arme à feu qui, comme il l’écrivit plus tard dans son autobiographie, n’avait pas plus d’utilité face à une jeune femme sans défense que devant un spectre… Ayant refermé la porte d’entrée, le privé toussota puis déclara d’une voix qui se voulait assurée : « Mesdames, je crois qu’une petite discussion s’impose… Mais ne restons pas dans ce hall d’entrée… Madame la marquise, sans vouloir vous commander ni abuser de votre extrême bonté, mais, si vous aviez quelque chose d’un peu revigorant dans vos placards… Je crois qu’après toutes ces surprises et rebondissements imprévus, mes facultés cérébrales apprécieraient un petit coup de pouce, si vous voyez ce que je veux dire… » Assis, à l’invitation de la marquise, dans les fauteuils du salon, et tous trois munis d’un verre de scotch qui, ma foi, satisfaisait parfaitement Alfonsi tant du point de vue gustatif que pour son effet revigorant, ils se regardèrent mutuellement en silence pendant quelques instants. Des minutes qui, comme la plus jeune d’entre eux devait le déclarer plus tard à un magazine pipole**, lui parurent une éternité. C’est Alfonsi qui, après avoir émis un claquement sec de la langue et s’être resservi, rompit enfin la glace : « Mademoiselle Aldobrandi, je crois que l’heure est venue de parler… »

*Dominique Alfonsi, Un cave se débriefe, aux éditions L’Égo Land (à paraître en mai 2010).

**néologisme euphémisant désignant une presse consacrée aux gens importants qui ne comptent pas et s’adressant aux gens sans importance qui eux comptent. N’ayant pu obtenir d’accord auprès de la rédaction du magazine en question, qui, pour des raisons que certains devineront, ne souhaitait pas voir associer son nom à quelque fiction que ce soit, nous nous voyons dans l’impossibilité de reproduire ici cet interview.

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Une Réponse to “où il apparaît que mademoiselle Aldobrandi devrait parler”

  1. Ou euphémisme néologisant, hein, car « point de vue, images du monde » (que chacun a reconnu sous cette appellation plutôt glorieuse si on pense à ce qu’il répand comme ignobles et odieuses nouvelles), « PdVIdM » donc a bien tort de se priver de cette publicité : pour une fois qu’il y avait là matière à redorer un blason terni depuis tant d’années (d’autant plus terni d’ailleurs que Claritta- qui par son sang, couleur ligne lointaine par temps clair des Vosges, a plus que l’obligation (contractuelle) d’y apparaître- a épousé son nano le petit de mari et que, depuis, elle n’y apparaît qu’à son -petit, faut-il le redire ? – bras). Ceci dit sans trop de détours, il me tarde de voir arriver Marie-Mathilde en nièce éplorée (peut-être héritière, qu’en dites vous ?) (on verra bien, c’est quand même dimanche) (le jour du seigneur) (le premier du carême s’il se peut, de plus) (ce que j’en dis, c’est juste pour informer) (je ne pratique rien) (sinon les circonlocutions)

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