où Lognon, de nouveau, marche d’un pas décidé

Sortie la veille à dix-sept heures, mais évanouie pour cause de retour d’une sortie le même jour et par la même porte à seize heures, et même à tel point de retour qu’elle avait tout d’une revenante, madame la marquise veuve de la Bôle gisait sur le parquet du hall d’entrée n’ayant pu, cette fois, profiter des bras du commissaire Lognon* qui, conscient de l’importance de la mission qu’on lui avait confiée**, se dirigeait, d’un pas décidé, vers le domicile de Milan Moneste, quelque part dans Paris***. Loin de se laisser griser par cet immense privilège que lui offrait Moneste d’avoir accès à un dédoublement fictionnel, Lognon souhaitait le rencontrer non seulement pour l’informer du sujet de son prochain roman, mais aussi afin de bénéficier de son éclairage sur cette affaire. Le collectif Burma n’avait-il fait pas de la fiction son champ de bataille ? Pragmatique, le commissaire était persuadé que le romancier pourrait lui apporter ce petit plus qui est le garant des enquêtes réussies. Car, comme le répétait souvent l’oncle Édouard, « il faut toujours s’adresser aux spécialistes !… ». Parvenu devant la grille du jardinet, le commissaire ressentit cette émotion qui le gagnait à chaque fois qu’il allait tirer cette sonnette. Bientôt, Moneste apparaîtrait là-bas, sur le balcon. Puis s’avancerait dans l’allée bordée de rosiers. Lui ferait signe d’entrer, de s’avancer. Un vrai gosse, à chaque fois, le pauvre Lognon. Bredouillait comme les jours de récitation, à l’école. Butait sur les syllabes. En oubliait des mots. Après tout, ça se comprenait ! Sans lui, Lognon n’aurait été que Lognon. Mais depuis qu’il en avait fait un héros… Pas à tout le monde que ça arrive, des trucs pareils !… D’ailleurs, quand le commissaire réfléchissait à la question, il s’étonnait toujours de cet acharnement de tant de ses contemporains à vouloir écrire à tout prix. À devenir auteur comme on dit !… Alors qu’héros, hein ! Devenir héros !… Bizarre qu’il y en ait si peu pour y songer…

*Voir les épisodes précédents: où Lognon cause et la marquise le suit (20 janvier) et où le lecteur est initié à l’art de la filature (21 janvier)

**Voir l’épisode précédent : où le collectif Burma explicite ses intentions

***Le lecteur comprendra aisément que nous ne puissions pas lui transmettre l’adresse de l’immense écrivain (notre maître, avouons-le), ni même donner de quelconques indices permettant d’identifier son voisinage, ceci afin de préserver sa tranquillité créatrice et donc, d’une certaine manière, de préserver la littérature elle-même.

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2 Réponses to “où Lognon, de nouveau, marche d’un pas décidé”

  1. ne trouvera pas ses mots peut-être, mais n’en aura pas besoin. Moneste sait, forcément, et plus encore que ce que voulait dire ce pauvre Lognon, que bien entendu il n’éclairera pas trop

  2. Le lecteur ne comprend pas « aisément ». Les limiers parisiens se doutent que le Moneste en question vit dans un havre : il y en a pas mal tout de même – vous pourriez indiquer au moins une piste (mouzaïa ? montmartre ? 17° porte pouchet ? tous les alentours de la petite ceinture ? 14° vers ex chez Brassens ? tant d’autres ?- auteur vous ne nous aidez pas) (c’est vrai aussi, on s’en fout) (encore que) (peut-être devrait-on chercher vers Milan ? et donc Europe ? …)

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