où l’on constate la première occurrence d’une arme à feu dans le récit

L’air piteux, Alfonsi franchit cette porte par laquelle la marquise, pas plus tard que la veille, était sortie aux environs de dix-sept heures. Il n’avait rien trouvé ! Pas une seule trace des deux Espagnols. Personne ne les avait vus, ni au buffet (qui, en passant, était devenu depuis sa rénovation d’une tristesse incommensurable, pour reprendre une expression qu’affectait notre héros), ni aux guichets, ni même dans les bistrots alentour où, sens de l’honneur oblige, notre dévoué privé avait systématiquement eu le tact de commander quelque chose. Du pastis, sembla indiquer son haleine quand, penché par-dessus l’épaule d’Emma, il jeta un œil surpris sur la liste du collectif Burma. Lucien Leuwen, Fabrice Del Dongo, Esmeralda… « Ça vous dit quelque chose, tous ces noms de tordus ? » Déconcertée par cette question tout aussi inattendue qu’elle était prononcée d’une voix pâteuse, madame veuve la marquise de la Bôle en demeura bouche bée, se contentant d’hausser les épaules puis, d’un clic qu’un œil observateur aurait pu qualifier de rageur, de fermer le fichier qui jusqu’alors occupait l’écran. Un être aussi inculte pourrait-il lui être d’une aide quelconque ? Elle était décidément bien entourée : J.V. le givré, un privé alcoolique, un commissaire enrhumé et peu amène, sans compter un mari mort, et cette pauvre Marie-Mathilde, sa nièce, que la mort de son oncle affectait tant… Emma en était là de ses réflexions lorsque la sonnette retentit à trois reprises, comme approfondissant le silence déjà lourd qui régnait dans l’appartement. Qui cela pouvait-il bien être ? Sa nièce n’aurait tout de même pas eu l’idée saugrenue de… Mais déjà Alfonsi lui intimait d’un signe de la main de se tenir immobile et silencieuse et, d’un pas que même un témoin très peu observateur de la scène aurait qualifié de fortement chaloupé, se dirigea vers le hall d’entrée, l’index collé à la gâchette de son arme à feu qui, un instant plus tôt placée dans l’une des poches intérieures de son imperméable, ajoutait considérablement, comme la marquise s’en fit intérieurement la remarque, à l’aspect dépenaillé, voire même négligé de sa silhouette. Titubant dans le plus complet des silences, le privé parvint tant bien que mal à s’équilibrer afin de coller son œil au judas de la porte. À peine eut-il cligné pour accommoder sa vision que déjà il blêmissait et, s’accrochant tant bien que mal à la poignée de la porte, se retournait vers la marquise qui l’avait suivie à pas de loup, s’écriant d’une voix blanche : « Mais, je croyais qu’elle… »

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2 Réponses to “où l’on constate la première occurrence d’une arme à feu dans le récit”

  1. 1. avait décidé de passer des vacances en Grèce

    2. dormait dans la voiture

    3. préparait un boeuf-carottes pour Jules

    4. n’était plus attachée au cou du marquis

    Ouh là…!

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