où Binet verbalise ce dont il a été le témoin

La marquise n’eut pas à sortir comme elle l’avait fait, la veille, aux environs de dix-sept heures, occupée qu’elle était à lire et relire, circonspecte, les noms qui figuraient sur la liste établie par son marquis de mari. Circonspecte, oui, et même affichant une moue franchement dubitative. Mais laissons-la à ses réflexions et relectures, trop respectueux que nous sommes de cette nécessaire méditation sur le texte, et rejoignons Alfonsi qui, à tout hasard, s’est rendu au buffet de la gare d’Austerlitz après que Binet lui ait fait quelques révélations. Celui-ci avait en effet aperçu, peu de temps après le passage du privé, deux hommes aux vêtements plus que défraîchis entrer dans l’immeuble du bellâtre aux raquettes (c’est ainsi que l’homme au tour à bois nomma Yann-Erwann lorsqu’il fut en confiance avec Doumé). Deux types qui avaient l’air bizarre au moment de leur arrivée, et qui étaient carrément plus que louches à leur sortie de l’immeuble. Comme paniqués, un peu. On sentait bien qu’il s’agissait d’un départ précipité. Et en plus, ils étaient pas d’accord tous les deux. Pour parler simple, on aurait même pu dire qu’ils s’engueulaient. Non pas que Binet ait cherché à entendre ce qu’ils disaient, mais comme ils étaient sur le trottoir de l’autre côté de la rue, pile poil en face de chez lui… Ce qu’ils se racontaient exactement, il n’en savait trop rien. Parce qu’ils avaient un accent drôlement marqué, genre espagnol ou Amérique du sud. Mais il avait bien vu comment qu’ils gigotaient des bras et des mains comme deux gars en colère. Il lui avait même semblé à un moment que le petit gros – parce qu’il y avait un petit gros plutôt rougeaud de teint, et puis un grand échalas tout maigre, l’air malade du foi, bruns tous les deux – que le petit gros, il expliquait à l’autre que c’étaient pas des méthodes comme il fallait en avoir aujourd’hui que de cogner comme ça… Que ça se terminerait forcément mal un jour, toutes ces bagarres à la moindre occasion. Ils s’étaient engueulés cinq dix minutes comme ça, et puis après ils avaient essayé de choper un taxi. Sans succès ! Trois ou quatre taxis qui étaient passés. Et libres, pourtant ! Mais pas un seul qui s’était arrêté. Faut dire aussi, vu la dégaine des deux lascars !… Avec un peu de chance, ils étaient arrivés d’Espagne il y a peu. Comme vous pouvez le constater, ça gambergeait dans la tête d’Alfonsi. Si habillés comme des clodos, plutôt en train qu’en avion. Se remarquait pareil duo. Avaient peut-être pris quelque chose au buffet en arrivant. Interroger les taxis aussi. C’était quand même pas des manières d’assommer les gens comme ça!

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2 Réponses to “où Binet verbalise ce dont il a été le témoin”

  1. le foie, c’est juste comme la cirrhose, ça prend un E à la fin (ahahah) et vous savez quoi ? ça m’a fait penser à ce numéro de Tintin je crois que c’est l’Oreille Cassée avec les deux sbires, non ? (j’irai voir, mais plus tard) (et la vache, le buffet de la gare d’Austerlitz, c’est plus que ce que c’était hein…)

  2. […] de chez elle sur les coups de cinq heures. Lognon en aurait mis sa main à couper : il s’agissait des mêmes qui avaient mis une trempe à ce pauvre Alfonsi lors de sa visite dans l’appartement de […]

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