où les tourments intérieurs agitent tout autant le commissaire Lognon que l’auteur

Le commissaire, visage fermé et en proie à de douloureux tourments intérieurs, claqua la porte du bureau, ressassant amèrement les dernières paroles du patron: « Mon bon Lognon, la placer en garde à vue sous prétexte qu’elle est sortie la veille, à dix-sept heures, serait tout de même un peu cavalier. Surtout une femme de son rang !… Allons ! Un peu de retenue !… Je ne sais pas si vous mesurez bien les conséquences qu’aurait une telle initiative, mon pauvre !… Comme me le rappelait tout à l’heure, monsieur le ministre… » Si l’oncle Édouard avait vu ça !… Quelle époque !… Mais puisque c’était comme ça, pas de problème !… Pas de problème !… Décembre allait l’emmener leur marquise… Elle allait pouvoir se recueillir devant son décapité marquis et puis après rentrer chez elle. Après tout, bon débarras !… Non mais c’est vrai, quoi !… Mais attention, qu’elle surveille tout de même ses arrières, la ci-devant de la Bôle… Qu’elle confonde surtout pas repli stratégique avec déconfiture !… Oh ! là… Ne perdait rien pour attendre, la veuve au bras long. Parce que, foi de Lognon, on allait voir ce qu’on allait voir… Oser tenter de lui mettre des bâtons dans les roues !… Oh ! les imprudents !… N’imaginaient pas à quel point c’était dangereux, d’ainsi vouloir l’empêcher de faire son travail correctement. La France était en danger, et lui resterait les bras ballants… Ah mais, c’est qu’il avait de beaux jours devant lui, leur collectif Burma !… Si à peine l’enquête démarrée, on ne pouvait pas interroger les principaux témoins… Heureusement, il restait Alfonsi. De quoi se passer les nerfs. Parce que pas mal louche aussi, l’asticot… Lui demander, tiens, pourquoi donc qu’il s’est retrouvé chez le Yann-Erwann Le Bris, monsieur le privé !… Par hasard ! Sûrement par hasard, qu’il va me dire !… Tous les mêmes, les privés !… Tous !… Passent leur temps à noyer le poisson !… Et dire qu’il se trouvait encore des couillons pour se faire emberlificoter le porte-monnaie par ces saloperies de bondieu de… Mieux vaut sans doute, lecteur, quitter ce flux de conscience bouillonnant et résumer, à partir des procès-verbaux d’interrogatoire que nous avons eus la chance de consulter*, l’échange que Lognon eut avec Alfonsi quelques minutes plus tard. Après avoir tenté d’éluder la question, Alfonsi finit par révéler la manière dont il avait découvert non seulement l’existence de Yann-Erwann, mais aussi son adresse : profitant de la présence prolongée de la marquise dans sa cuisine, afin de laborieusement lui préparer un verre de Suze, le privé fouilla ignominieusement dans le sac à main de celle-ci, et découvrit, glissée dans un agenda, une photo d’un type en survêtement, avec, au dos, griffonné d’une écriture maladroite, les coordonnées du bellâtre. Méthode d’investigation qui, on s’en doute, ne fit pas remonter les privés dans l’estime de Lognon et qui, en ce qui nous concerne, nous a posé de sérieux problèmes de conscience : la rapporter ? ne pas la rapporter ? Entre morale et vérité, nous avons – pourquoi ne pas l’avouer ? – longuement tergiversé, et ce n’est qu’après mûre réflexion que nous avons décidé de mettre à mal notre sens moral au profit de la cohérence de ce récit.

*Chacun comprendra aisément que nous ne puissions révéler ici par quel biais nous avons eu connaissance de ces documents. Que le lecteur soit cependant assuré que toutes les informations rapportées ici sous une forme romancée mais toujours très proche de la réalité, ont systématiquement fait l’objet de vérifications et de recoupements variés, et s’appuient à chaque fois sur une documentation qu’un jour, peut-être, nous pourrons enfin rendre publique.

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Une Réponse to “où les tourments intérieurs agitent tout autant le commissaire Lognon que l’auteur”

  1. que vous ne puissiez pas nous dévoiler vos sources, bien entendu, mais vous nous devez la vérité quant aux agissements d’Alfonsi, dans la mesure où cela ne nuit pas à l’enquête

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