où le privé récemment tabassé a des choses à dire et à montrer

Ce n’était pas tout d’être sortie la veille à dix-sept heures, encore faudrait-il pour la marquise pouvoir rentrer le lendemain à une heure encore raisonnable. Parce que le temps avait beau passer lentement dans le bureau de Lognon, il passait néanmoins, inexorable. Vraiment, on aurait pu croire qu’ils n’avaient que ça à faire, tous autour d’elle. Décembre avait à peine fini de raconter ce qui s’était passé dans l’appartement de Yann-Erwann – « mon dieu ! pourvu qu’il rentre vite !… » – que le commissaire s’adressait à cette épave d’Alfonsi sur un ton plus que suspicieux, avec dans le regard et l’intonation une sorte de goguenardise chafouine et malintentionnée : « Et vous vous trouviez là par hasard, bien entendu. Vous vous êtes dit : « Tiens ! Si j’allais visiter l’appartement de Yann-Erwann pendant son absence… » C’est bien cela, Alfonsi ? » Le privé alluma une cigarette avant de commencer, les yeux mi-clos tant par la fumée que par les coups qu’il avait reçus le matin : « Tout ça est un peu compliqué, commissaire. Si j’osais, je dirais même alambiqué… Oui, vraiment, on touche ici à la quintessence de l’intrigue policière. Et je ne sais pas qui nous a fourrés dans un tel micmac, mais si je le tenais, je peux vous dire que je lui ferais passer un sale quart d’heure !… Mais soyez patient, commissaire, je finirai par vous expliquer pourquoi je me suis retrouvé assommé dans cette baignoire, promis ! Seulement, pour l’instant, je crois que je possède en stock des informations qui vous intéresseront bien davantage. Asseyez-vous, commissaire : non pas que ce sera bien long, mais quand vous saurez enfin où je voulais en venir… » Lognon lui fit signe d’abréger. « Oui, venons-en aux faits. La seule chose dont je me souvienne clairement, c’est mon arrivée chez Le Bris. Moi aussi, j’avais remarqué ce type derrière sa fenêtre, en train de bricoler derrière son tour. Faut dire qu’il a une tête pas banale, mais bref !… J’arrive devant la porte de l’appartement, je bricole un peu la serrure – facile, vraiment facile – je fais vite fait le tour du propriétaire, et là, je me dis qu’il fallait d’abord sentir le lieu, ses ondes… Surtout que j’étais venu là sans savoir précisément ce que je cherchais, alors dans ces cas-là, je préfère prendre mon temps. Je me suis permis de me servir un verre dans la cuisine, et là j’ai commencé à réfléchir, tranquillement. C’est mon temps de méditation, comme j’appelle ça. Et c’est à ce moment-là qu’on m’a attaqué par derrière. Malheureusement, j’ai rien vu de mes agresseurs : les volets de la cuisine étaient clos et comme j’aime bien méditer dans l’obscurité… Une chose est sûre, c’est que je devais avoir l’intention de me servir un coup à boire quand ils m’ont surpris, vu qu’on a retrouvé la bouteille de bourbon brisée au pied de la baignoire. Ou à moins que je m’en sois servie dans la bagarre… Mais tout ça est tellement flou, vous comprenez… Par contre, il y a un point positif dans cette mésaventure. Si, si… Voilà, quand l’inspecteur m’a expliqué que je devais le suivre jusqu’à votre bureau… » Mais autant résumer le propos d’Alfonsi qui, l’esprit encore brouillé par l’alcool et les coups qu’il avait reçus, et, qui plus est gêné de devoir parler de ses ruses d’alcoolique, multiplia digressions et parenthèses avant d’enfin expliquer que, souhaitant ne pas incommoder le commissaire Lognon par son haleine, l’épatant appendice nasal de celui-ci étant, malgré ou à cause de son rhume permanent, extrêmement sensible, il chercha dans la poche de son imperméable déchiré le paquet de chewing-gum menthe extra forte qu’il savait devoir s’y trouver, et, farfouillant d’un geste mécanique, eut la surprise de découvrir cette lettre qu’il remettait maintenant au commissaire Lognon, sous les yeux stupéfaits de Décembre : « Ça devrait vous intéresser, non ? Une lettre signée du collectif Burma… »

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4 Réponses to “où le privé récemment tabassé a des choses à dire et à montrer”

  1. la vache, ça fait déjà 26 épisodes ? C’est dingue…! Mais vous savez, auteur, à ce rythme là, vous allez pouvoir nous balader pendant au moins 365 épisodes : c’est votre but ou quoi ? Ca durera autant que ça durera, c’est ça ? Tant mieux. (quand à Yé un petit texto c’est pas le bout du monde, non , quoi….) (et j’ai vu que la devise de Mama est « restons zen » ce qui n’est pas mal du tout)

  2. […] peu de perspicacité de son collègue qui, dans son raisonnement quelque peu primesautier, oubliait les coups distribués par les membres du collectif Burma à ce pauvre Alfonsi, privé de son état, mais contrariété trouvant son origine dans le spectacle que venait de […]

  3. […] désordre, si notre mémoire est bonne, pas plus tard que la veille (ou sinon l’avant-veille) par les investigations désordonnées d’Alfonsi et sa piteuse bagarre avec ces deux ombres hispanisantes qui hantent ce feuilleton sans jamais se laisser suffisamment […]

  4. […] que j’y ai cru !… «…poussés dans nos derniers retranchements, nous avons eu recours à la violence à l’encontre du dénommé Alfonsi qui, malgré sa triste allure, commençait à en savoir un peu trop… » Mais pourtant, à la […]

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