où madame la marquise n’est pas au bout de ses surprises

Loin d’entrer en transes à l’écoute des propos du commissaire qui, pour elle, ne constituaient en rien des révélations, la marquise ne perdit véritablement son calme, aux dires des témoins de la scène (ce qui, vous en conviendrez, constitue une différence notable avec sa sortie de la veille aux environs de dix-sept heures, effectuée, on ne le répétera jamais assez, absolument sans témoins), que lorsqu’elle vit pénétrer dans le bureau de Lognon, après que celui-ci en ait ouvert la porte d’un geste théâtral (son oncle Édouard, qui parfois jouait les figurants afin de tant bien que mal joindre les deux bouts, ses talents d’inventeur ne remplissant que très aléatoirement son portefeuille et même, aux dires de madame Lognon mère qui n’avait jamais beaucoup apprécié son beau-frère, son assiette, lui avait transmis son goût pour les arts de la scène), l’inspecteur Décembre, sorte de prototype de l’anonyme noyé dans la foule, ce qui, dans sa profession, devait lui rendre bien des services, suivi d’un homme qui lui, ne devait guère passer inaperçu : la démarche hésitante, les deux mains plongées au fond des poches d’un imperméable non seulement fripé et crasseux mais en partie déchiré, sur la tête une casquette de marin totalement ridicule à de telles distances du premier port de pêche… Emma en était là de ses considérations esthético-géographico-sociologiques quand, malgré le stress accumulé durant ces dernières heures, la lèvre supérieure fendue et l’œil au beurre noir qu’arborait ledit individu, elle reconnut soudain son visiteur matinal, ce Corse buveur de Suze qu’avait embauché André pour surveiller cette pauvre Vanessa qui… Mais Lognon ne lui laissa pas le loisir d’aller plus avant dans ses réflexions, ne lui laissant pas le temps, et vous aussi par la même occasion, lecteur, de faire le point sur ces deux morts coup sur coup dans son entourage le plus proche, cette bague trouvée en possession de sa bonne strangulée, ce mystérieux collectif Burma dont elle avait enfin trouvé trace sur l’ordinateur de son défunt marquis de mari sans avoir eu le temps de pousser plus loin ses investigations, sans compter cette absence de Yann-Erwann qui se prolongeait (entre nous, le commissaire l’aurait laissé réfléchir, ne serait-ce que cinq minutes, plutôt que de la bousculer ainsi, nous aurions peut-être pu savoir où se trouvait le breton voyageur et pourquoi il n’était pas rentré la veille…). « Je vous avais prévenu que vous n’étiez pas au bout de vos surprises, madame de la Bôle. Je vous l’avais bien dit ! Je suppose qu’il est inutile que je fasse les présentations… »

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Une Réponse to “où madame la marquise n’est pas au bout de ses surprises”

  1. Elle se tait, EDLB, elle la ferme, elle ne dit rien, elle pense à son casse-dalle au jambon, a son chapeau un peu de travers, à ses ongles qu’il va lui falloir faire refaire, à l’heure qu’il est (une heure quarante cinq déjà, et mes Feux de l’Amour ?) n’importe quoi, mais elle se tait. Quant à Alfonsi,Doumé, il ne peut pas l’ouvrir, vu qu’il en pris plein la tronche (sans doute ce comité Burma qu’il a surpris dans l’appartement de Yé). Qu’ils se taisent et que Lassoupah fasse les présentations lui-même, qu’on se marre (il est lourd, Lognon, il est lourd) (en même temps, il faut bien exercer son antipathie sur quelqu’un) (ou quelqu’une) (mais pas Emma) (j’aimerai avoir des nouvelles de ces flics qui roulaient à tombeau ouvert et néanmoins à contresens sur le Richard Lenoir quand le Dédé étêté fut)

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