où la marquise reprend ses esprits et quitte les bras du commissaire Lognon

Un coup de klaxon rageur sortit Alfonsi de ses réflexions au moment même où il allait s’engager sur le passage piétons, ce qui, vous en conviendrez, ne risquait pas d’arriver à la pauvre Emma, marquise de son état qui, quoique sortie la veille à dix-sept heures, s’était évanouie en ne trouvant rien de mieux que de tomber dans les bras du commissaire Lognon. Celui-ci, ne sachant trop quoi faire de l’inconsciente, et ce d’autant plus que son épatant appendice nasal réclamait de sa part un peu d’attention*, toussota et, l’air grave, demanda un peu d’aide auprès de l’employé de la morgue qui se trouvait là (mais si, allons, faites un effort, le gars en blouse blanche, pas bien grand, et avec des mains poilues… ça y est, vous le remettez ?). Chronologiquement enfin débarrassé d’Emma, qui était revenue à elle tandis qu’on l’emmenait prendre l’air de la rue, et non moins enfin mouché, le commissaire, après avoir remisé son mouchoir dans sa poche, poche de laquelle il tira le petit carnet à couverture noire qui ne le quittait jamais, carnet sur lequel il griffonna quelques mots dont nous ne savons malheureusement rien au moment où nous écrivons ces lignes**, s’adressa à la marquise en ces termes : « Madame, j’irai droit au but. Car, comme avait coutume de dire l’oncle Edouard, « hardi, petit ! hardi ! ». Ah ! il était comme ça l’oncle Edouard, un type épatant, vous savez. Je pense toujours à lui quand je dois prendre une décision importante. Toujours ! Tenez, tout à l’heure, par exemple, je vous vois qui vous évanouissez devant la bonniche strangulée, et aussitôt, je me dis : il aurait fait quoi, l’oncle Edouard ? » Lognon continua ainsi, allant de digressions en parenthèses, sans même remarquer le teint de papier mâché de la pauvre marquise qui, lorsqu’elle comprit enfin où il voulait en venir, pâlit à tel point qu’un œil exercé aurait peut-être pu apercevoir sa boîte crânienne. « Je vous prie de bien vouloir me suivre à mon bureau de quai des Orfèvres. J’ai quelques questions à vous poser…»

*voir précédemment, « où Lognon cause et la marquise le suit »

**on n’imagine sans doute pas à quel point la publication dudit carnet pourrait bouleverser la vision que nous pouvons avoir de l’enquête, privés que nous sommes (c’est du moins mon intime conviction) de la plupart des informations capitales permettant une réelle compréhension non seulement du déroulement de cette affaire, mais aussi de ses enjeux

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Une Réponse to “où la marquise reprend ses esprits et quitte les bras du commissaire Lognon”

  1. le type en blouse blanche doigts poilus boudinés chevalière est une enflure, et Lognon sous ses airs d’enrhumé babillant et digressant ne vaut pas mieux, je crois : oser soupçonner EDLB du meurtre de V sous prétexte que les statistiques de ce putain de ministère de l’intérieur de merde (pardon, je m’emballe, je voulais parler de l’autre, celui au 29 000 reconduites qui dépasse ses propres menées débiles et répugnantes : mais c’est la même chose, dlamerdenboite) indiquent que la strangulation est plus pratiquée par les femmes que par les hommes, je trouve ça dégueulasse. Petit. Mesquin. Incongru. Lâche. Indigne. Débilitant. Dénué et de tact et de compassion (cette marquise aux beaux yeux vient de perdre son époux étêté je rappelle). En même temps, l’a pt’ete pas tort. Et je me dis aussi, par la même occasion, que le petit merdeux qui klaxonne Alfonsi, rue marcadet, serait bien un des membres du comité de libération du Bouthan… J’échafaude, je construis, je bétonne et j’y colle des tonnes de stucs…

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